Retour des trains de marchandises à Consolat : “La fumée ira directement dans l’école”

Reportage
le 1 Déc 2022
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La SNCF et le grand port maritime de Marseille organisaient ce mardi une visite des installations ferroviaires qui traversent le quartier de Consolat (15e). À terme, des trains passeront sur cette voie pour rejoindre Mourepiane. Les habitants craignent que les nuisances progressent avec cette nouvelle liaison ferroviaire.

Le tunnel de Soulat, sous l
Le tunnel de Soulat, sous l'école du quartier de Consolat et le lycée Saint-Exupéry, raccorde le port au terminal de Mourepiane. (Photo : RB)

Le tunnel de Soulat, sous l'école du quartier de Consolat et le lycée Saint-Exupéry, raccorde le port au terminal de Mourepiane. (Photo : RB)

Depuis combien de temps on se bat ?“. L’ambiance a des airs de retrouvailles entre habitués au centre social des Musardises au cœur de la cité Consolat (15e). Ce sont en effet surtout des initiés qui sont rassemblés pour cette troisième étape de la concertation “volontaire” sur “le projet de reconstitution des fonctionnalités ferroviaires du Canet” menée par le grand port maritime de Marseille-Fos (GPMM) et SNCF Réseau. Un vieux sujet autrefois présenté dans le cadre du feu terminal combiné de Mourepiane. “Ils trichent sur la dénomination“, glisse, d’emblée Stéphane Coppey, membre de France nature environnement Bouches-du-Rhône, en attendant le début de la visite autour des voies.

Vue aérienne du quartier Consolat avec les voies du raccordement. Crédits : Google Satellite.

Le quartier est particulièrement concerné par le projet de fret ferroviaire qui dépend beaucoup du raccordement de Mourepiane. Dissimulés par de la mauvaise herbe sur les hauteurs, puis des murs anti-bruit tagués sur le bas, les 400 mètres de voies qui coupent Consolat en deux font partie de cette liaison que veut rouvrir le port. Elles s’engouffrent ensuite sous l’école par le tunnel de Soulat, sous la colline où est perché le lycée Saint-Exupéry. Cette réouverture, maintes fois envisagée, est le thème de l’atelier du jour.

Les profils des participants sont similaires, plutôt âgés et membres d’associations ou de CIQ déjà là en 2015 lorsque le projet de réhabilitation du raccordement déraille face aux craintes exprimées lors de l’enquête publique. Florence Mazzella Di Bosco, directrice de l’association Paroles Vives, vient sur place régulièrement. Elle ne cache pas son agacement durant la visite le long des voies de voir que dans la trentaine de participants “les deux tiers sont du port, de la SNCF, des services de l’État, etc…”. Elle s’étonne de cet atelier “organisé à l’heure de la sortie de l’école quand les parents ne peuvent pas venir“.

Sur la trentaine de personnes qui participent à la visite le long des voies, très peu sont habitants du quartier. Photo : RB

Un manque de communication

Nous avons du mal à mobiliser “, reconnaît Hassan Ali Said, membre de l’amicale des locataires des Sources, l’une des résidences de Consolat. Il compte seulement trois personnes vivant dans le quartier présentes pour cet atelier… dont lui. “C’est un projet important, y compris financièrement, il faut voir comment on peut améliorer notre qualité de vie. Maintenant, mon but, c’est de réveiller les habitants, mais il faut quasiment faire du porte-à-porte“, prévient-il.

Au sein du centre social, on pointe un défaut de communication avec seulement des panneaux indicatifs installés l’après-midi même. “J’ai reçu un appel d’une société nous disant qu’ils organisaient cette rencontre, et puis c’est tout“, raconte Frédéric Travers, le directeur des lieux. Il attrape par la manche le volubile Jean-Luc Mingallon, ancien président du club de foot de Consolat, “si je ne t’avais pas prévenu tu étais au courant ?”. La réponse va droit au but : “Non, ils s’en battent les c…

Si le port obtient l’ouverture de ce raccordement, il sera libre d’augmenter le trafic comme il le souhaite.

Denis Pelliccio, président des CIQ du 16e

Malgré une absence des habitants, les personnes présentes pointent tout de même les risques de pollution au sein du quartier. Mais aussi les répercussions qu’une hausse de l’activité portuaire aurait pour les quartiers autour des terminaux. À l’image de Denis Pelliccio, président de la fédération des comités d’intérêt de quartier (CIQ) du 16e arrondissement et résidant à Saint-André, dont le ton monte vite. “Cette concertation, c’est un cheval de Troie du port. S’il obtient l’ouverture de ce raccordement, il sera libre d’augmenter le trafic comme il le souhaite“, insiste-t-il. Avec une voix plus posée, Stéphane Coppey questionne : “Doit-on toujours chercher plus de croissance ?“.

Présentation, questions et incompréhension

Au terme de près de deux heures de promenade autour des voies et des murs anti-bruit, les échanges se poursuivent à l’intérieur du centre social. Démarrent un peu plus de deux heures de présentation très technique du projet où les questions fusent et l’incompréhension s’installe crescendo. Diaporama à l’appui, Stéphane Piton, responsable maîtrise d’ouvrage du raccordement chez SNCF Réseau, montre “des premières modélisations issues des études en cours sur le bruit“.

Les petits visuels tachés de rouge, jaune et vert selon l’intensité sonore montrent une diminution grâce aux murs installés. “Je ne comprends rien, ça me donne envie de partir“, coupe, un brin provocateur, Denis Pelliccio, béret sur la tête et bras croisés. Les données ne semblent pas convaincre les personnes présentes. Le sujet des vibrations donne lieu à l’un des rares moments où le public peut avoir un poids sur les décisions. “Nous avons besoin de définir avec vous où seront les capteurs pour mesurer l’impact des trains“, lance Stéphane Piton. Le choix se porte assez logiquement au niveau de l’école et de l’autre côté du tunnel à La Calade.

“Ce ne sont que des paroles, vous ne signerez rien”

Vient ensuite le sujet de la pollution. Le trajet des trains, du port jusqu’à la sortie du tunnel, monte. Il faut des locomotives pour tirer mais aussi, selon son poids, pousser le train. Soit deux locomotives par passage, bien souvent carburant au diesel. Ce qui inquiète les représentants des associations et CIQ. “La solution électrique présente le moins de nuisance, mais elle est plus chère, donc un transporteur a peu de chance de la choisir“, présente avec pragmatisme Stéphane Piton. Forcément, l’assemblée grince des dents. “Les fumées iront directement dans l’école“, marmonne une participante. Lydia Frentzel, conseillère municipale, demande à ce que le port s’engage à fournir du diesel le plus propre possible. “Ce ne sont que des paroles, vous ne signerez rien“, coupe Jean-Luc Mingallon, son compagnon.

Lorsque Stéphane Piton évoque l’entretien annuel des voies, remis en place depuis trois ans, qui sera renforcé, tout comme la mise en sécurité, en cas de retour des trains, le pilier du club de foot exprime son ras-le-bol. “Les voies, elles ont toujours été là avec les minots qui peuvent tomber, mais on ne vous intéresse que parce que vous voulez faire passer des trains”. Silence.

Forcément, personne au sein de la SNCF ou du port ne peut s’engager par écrit. La réponse embarrassée témoigne des limites de l’exercice entre des interrogations multiples et des responsables incapables de donner autre chose que des éléments techniques. “On ne nous propose rien, ce sont seulement des faits établis“, regrette Hassan Ali Said. “Le projet, il est fait, maintenant nous voulons savoir ce que vous allez faire pour améliorer la vie des gens”, demande Jean-Luc Mingallon aux représentants de SNCF Réseau.

La pollution au Chrome VI en cours de traitement
Le tunnel de Soulat fait partie des lieux touchés par la pollution des eaux souterraines des Aygalades au chrome VI, une substance cancérigène, découverte à cet endroit en 2019. Un dossier suivi de près par les services de l’État depuis. Lors de l’atelier de concertation sur le raccordement de Mourepiane, la représentante de la Dreal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement), Magali Moinier a expliqué que “les opérations de dépollution ont commencé”. Elles consistent à injecter de l’acide afin que le chrome VI devienne du chrome III qui “n’est pas nocif“. Deux premières injections ont eu lieu et une troisième est prévue la semaine prochaine. Le traitement devrait durer “au moins un an” mais les services de la Dreal se disent “très optimistes” après les effets des premières injections.

Reste alors à évoquer la question de la fréquence des trains. Pour l’ouverture du tunnel début 2026, le port et la SNCF évoquent cinq passages quotidiens en moyenne. Puis une douzaine par jour, d’ici 20 ans. “C’est une projection qui mixe le développement attendu de l’activité sur le port et la capacité à développer le report modal“, précise Frédéric Lemoine, le chef du département assistance à maîtrise d’ouvrage au GPMM. Il précise auprès de Marsactu qu’une limitation du nombre de passages n’est pas envisagé. Discret, il partira sans se signaler à 18 h 54. Les questions se poursuivent, elles, pendant encore deux heures.

Finalement, la réunion de concertation s’arrête vers 21 heures, car l’attention baisse en même temps que la température. Au moment de dresser le bilan de ces quatre heures et demie, l’animatrice note les “attentes” des participants pour obtenir des études d’impact solides et le manque de confiance sur les projets de trafic. C’est dire si la concertation n’a guère fait bouger les positions. La partie sur “l’opportunité du projet” sera abordée la prochaine fois. Il s’agira encore d’une visite, mais sur le port cette fois.

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Commentaires

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  1. LOU GABIAN LOU GABIAN

    Ils vont remettre les trains a charbon?

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    • petitvelo petitvelo

      Oui, à les entendre, si c’est moins cher, notamment parce que moins taxé .. Ca pose question sur la réelle volonté des instances dirigeantes à ‘électrifier les quais, remplacer des camions polluants par des trains propres, …

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  2. Christian Christian

    L’un des exemples de la catastrophique gestion de l’urbanisme par Defferre-Vigourous-Gaudin.
    Il ne fallait pas bâtir à proximité de cette voie ferrée ! Car même hors service à cette époque, elle avait un avenir pour le jour où la France adopterait enfin, avec retard, une politique ferroviaire !
    C’est le rail qui diminuera la thrombose routière !
    Maintenant cette voie absolument utile dans son principe pose légitimement problème à des riverains qu’il fallait éviter d’installer là.

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    • Pascal L Pascal L

      Mais les riverains (et ils sont très nombreux) sont maintenant là, et extrêmement difficile à déplacer. Et il y a un site du GPMM entouré de peu de riverains, ce sont les bassins ouest pour lequel l’état s'(aprète à investir en résea.
      Alors uil est peut-êre temps de redéfinir le périmètre gépographoique – et politique – du GPMM. De remettre tout sur la table avec tous les acteus, ne pas se limiter au “pas dans mon jardin” mais aussi “”pas touche à mes avantages acquis”
      Bref un vrai travail de démocratie citoyenne, celle d’un état qui ne confond pas “citoyen” et “sujet”

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  3. Pascal L Pascal L

    Désolé ! J’ai tapé par mégarde sur la touche envoi avant d’avoir terminé

    Mais les riverains (et ils sont très nombreux) sont maintenant là, et extrêmement difficile à déplacer. Et il y a un site du GPMM entouré de peu de riverains, ce sont les bassins ouest pour lequel l’état s’apprête à investir en réseau routier et ferré.
    Alors il est peut-être temps de redéfinir le périmètre géographique – et politique – du GPMM. De remettre tout sur la table avec tous les acteurs, ne pas se limiter au “pas dans mon jardin” mais aussi au ”pas touche à mes avantages acquis”
    Bref un vrai travail de démocratie citoyenne, celle d’un état qui ne confondrait pas “citoyen” et “sujet”.

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  4. Pascal L Pascal L

    Et si ces rails permettaient la circulation d’un RER, je pense que la plupart des riverains sauteraient de joie !

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    • PierreLP PierreLP

      La pollution au chrome VI à été de ouverte bien avant 2019. De mémoire en 2014. Même que la municipalité d’alors avait mis 5 ans pour prendre un arrêté restreignant l’usage des eaux souterraines Et Marsactu avait ( articles de Nina Hubinet) bien relate à l’époque

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  5. Marc13016 Marc13016

    J’adhère, Pascal L. Tout semble fait pour éviter de poser la question initiale : comment anticipe-t-on les évolutions de l’activité portuaire de Marseille/Fos dans sa globalité. Selon toute vraisemblance, le “lourd” va se concentrer sur Fos, le “léger” sur Marseille. Le multimodal pour charger/décharger des containers, c’est du lourd.
    Il est probable qu’on peut faire bien plus intelligent qu’un centre multimodal à Mourepiane. Les idées foisonnent. Elles s’orientent vers des activités liées à la Cité de Marseille.
    Qui va donc poser cette question fondamentale avant d’entamer des “concertations” orientées dès le départ ?! La Mairie de Marseille ? On la voit pas beaucoup dans ces occasions. Ha si, il y avait Lydia Frentzel. Elle a fait promettre au GPMM qu’ils utiliseront du diesel propre … Désolé, mais ça semble un peu juste comme approche.
    Manque de vision. C’est comme ça que dans 20 ans, on se retrouverait avec de la casse partout : écologie citadine abimée, emplois portuaires éteints, réseau de transport urbain sclérosé.

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