Raymond Depardon offre son "moment si doux" aux Marseillais

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le 28 Oct 2014
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Si le moment était doux, il était aussi propice à la confession, ce lundi, au Mucem, avec Raymond Depardon  : "Je suis un voleur, je n'arrête pas de voler". Des images, cela s'entend, lorsque l'on connaît le célèbre photographe et son désir insatiable de parcourir le monde. Le commissaire général Hervé Chandès, directeur de la fondation Cartier pour l'art contemporain a donc pioché dans les réserves innombrables du "voleur" pour y retenir 167 clichés en couleurs, jusqu'à présent peu ou jamais exposés. Des reportages pris en Éthiopie, en Amérique du Sud, à Glasgow et ailleurs côtoient les premiers clichés de l'homme, tel celui d'Edith Piaf ou encore son autoportrait pris sur son scooter à Paris, à l'âge de 16 ans. Et enfin Marseille – dont il présente 23 clichés inédits – qu'il immortalise en douceur, l'appareil tenu à bout de bras, le long du corps, comme pour laisser l'objet de sa photographie prendre de la hauteur sur lui.

Est-ce parce que Raymond Depardon considère que "les gens qui vivent près des ports sont plus tolérants comme à Marseille" qu'il s'y est dit inspiré par de "doux moments" ? Quoi qu'il en soit, l'artiste était d'humeur à mettre de la couleur sur ses 23 clichés de Marseille. "Je suis plus en colère quand je suis en noir et blanc et plus contemplatif quand je suis en couleur", décrit-il. Même si la couleur a un problème, "elle s'efface très vite", comme pour rappeler que tout instant furtif saisi sur la pellicule reste éphémère.

Et si Depardon aime la douceur de Marseille, c'est aussi parce qu'elle a longtemps été la porte d'entrée de son retour aux pénates, après des reportages à l'autre bout du monde. "Quand j'arrivais d'Afrique, du Tchad notamment, j'étais heureux de trouver des terrasses de café, des glaces, le Monde, et la foule."

Raymond Depardon porte un regard sur l'ensemble de l'exposition, mais aussi, en filigrane, sur son propre parcours. "J'étais au fond un jeune photographe ne sachant pas très bien photographier, mais ce n'est pas pour cela que je suis meilleur aujourd'hui !" lance-t-il avec humour.

Il n'était pas question pour Raymond Depardon de se contenter de sortir de vieux clichés. En quelques mois, il est reparti sur les lieux d'anciens reportages pour reprendre de nouvelles images. "Je ne voulais pas être un photographe mort-vivant, déjà enterré". Avec son vieil appareil, il a parcouru Marseille, San Francisco, Hawaï. "Et tout cela se marie très bien". Aujourd'hui, ce sont les musées d'art contemporain qui sont les commanditaires, et non plus comme autrefois, des magazines, "dans les choux".

Devant l'image d'une petite fille en robe orange en train de manger une glace sur la Canebière, Raymond Depardon définit ce que révèle le titre de l'exposition. "Une photo plus proche des gens, où on n'est plus dans le photojournalisme. On n'est plus dans la catastrophe, le drame, la guerre civile, mais dans quelque chose de commun, de quotidien."

Pour celui qui se définit comme un "africain", il considère qu'il est plus facile de prendre des photographies en Afrique qu'en France à cause du droit à l'image. "Mais ici, j'ai fait des photos comme un touriste pourrait faire, ou comme un Marseillais".

Devant une photographie de Peugeot 404, Depardon raconte. Les liens entre l'Afrique et la France. Ses voyages entre un continent à l'autre. Symbolisé par cette voiture ancienne. "En tant que jeune photographe, je suis souvent parti de Marseille pour aller en Algérie, en Libye, au Sahara, couvrir la guerre au Tchad, mes terrains de photographies…" Et quand il revenait chez lui, il passait, encore et toujours à Marseille.

Il a fallu quatre jours à Raymond Depardon pour prendre ses quelques clichés de la ville. Il serait bien resté plus longtemps, mais "je crois beaucoup au premier regard, celui du visiteur. Si j'habitais Marseille je ne prendrais plus les mêmes photos, je serais moins surpris, moins naïf". Il a troqué son Leica contre un vieil appareil, un Rolleiflex. "Avec un Leica j'agressais, et on m'agressait, ce n'est pas du tout la bonne technique pour Marseille." Avec le Rolleiflex, en revanche, le photographe a réussi à travailler. "Le visage est à découvert". "Et puis peut-être aussi que je n'insistais pas, je ne mitraillais pas".

Le regard du documentariste n'est jamais loin. Pour Depardon qui se souvient des Variétés comme d'un cinéma porno, avant de devenir ce cinéma art et essai qui projettera ses propres films. "Le documentaire est un moyen d'approfondir les choses…" Sauf qu'à Marseille, "il y a des cinéastes comme Guédiguian. Marseille est à eux, lui a-t-on fait comprendre. Mais peut-être que Marseille appartient aux Marseillais d'abord !"

Un moment si doux, à découvrir au Mucem jusqu'au 2 mars 2015, ainsi que l'exposition Food, produire, manger, consommer, jusqu'au 23 février.

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