Quand les habitants ne laissent pas béton

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le 16 Déc 2012
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Il y a d'abord ce trou, presque obscène, rue Sainte, près duquel les membres du collectif Laisse Béton ont donné rendez-vous à la presse jeudi dernier. Sur le mur de l'immeuble adjacent, on aperçoit encore la trace des cuisines et des cheminées aujourd'hui disparues. Cela pourrait être une "dent creuse" comme il y en a d'autres à Marseille. Pourtant s'élevait là le bâtiment conservé d'une des dernières savonneries du centre-ville. Au mois d'octobre dernier, les derniers vestiges des savonneries dites de "la Vielle" et de "La Gavotte" ont fini sous les dents des tractopelles au grand dam de riverains.

"En 1850, le centre-ville comptait encore 33 savonniers, raconte Serge Menicucci, membre du collectif. Celles de la rue Sainte étaient le dernier témoignage sur pied de cette industrie. On y trouvait des éléments architecturaux remarquables dont un souterrain qui permettait de relier les savonneries entre elles. On aurait pu profiter de ce bâtiment pour y faire un musée de cette industrie marseillaise". Mais, au-delà du regret, ce qui rend furieux ce riverain est de retrouver ledit bâtiment dans les planches du Plan local d'urbanisme en cours de révision au titre des "éléments bâtis remarquables" et dans la liste des "éléments patrimoniaux isolés protégés".

Les Roucas'pieds

De cette dent creuse et du patrimoine envolé, les membres du collectif "Laisse Béton" font leur étendard. Alors que l'enquête publique du Plan local d'urbanisme touche à sa fin ce lundi, ils entendent faire entendre leur voix de simples citoyens auprès du commissaire enquêteur. "Nous aimons notre ville et voulons participer à son développement, estime Annie Skrhak, de l'association Gratte semelles-roucas'pieds. La révision du Plu nous est présentée comme un grand espoir. Par exemple, il protège le Roucas au titre des quartiers en balcon mais cela n'empêche pas les cubes de béton de dénaturer notre quartier. Nous avons fait nos remarques au commissaire-enquêteur. Mais est-ce une mascarade ou une vraie concertation? On nous a habitués à être des alibis…"

Les représentants du 7e en tiennent pour preuve la modification du Plu sur la plage des Catalans et l'édification promise d'un hôtel de luxe en lieu et place de l'ancienne usine de sucre Giraudon. Et les riverains ne sont pas du tout rassurés par la décision de la Commission départementale de la nature des paysages et des sites. Elle a pourtant rendu un avis favorable "sous réserve que, sur la bande littorale du secteur des Catalans, la règle du Plu s'aligne sur la hauteur des bâtiments existants Giraudon soit environ 7,5 mètres". Un sacré écueil pour l'hôtel qui devait grimper jusqu'à 27 mètres. "Leur avis n'est que consultatif, nous restons méfiants", tranche Maryse Cruciani, secrétaire générale d'Ensemble mieux vivre dans notre ville, Marseille 7e. la secrétaire générale. 

Au Régali, pas de cadeau

Au nord, c'est un collectif d'associations baptisé Cap au nord qui se bat depuis 20 ans contre la bétonnisation et les projets économiques non concertés avec la population. Membre du collectif et riverain de Mourepiane, William Robion liste les cas soumis au commissaire enquêteur : "Le projet spéculatif du Régali construit sur une carrière comblée dont les maisons s'effondrent les unes après les autres. La zone franche urbaine où on continue de construire des mètres carrés de bureaux alors qu'il y existe plein de bâtiments vite. Sans compter le projet industriel de Mourepiane et le conteneurs de la Nerthe. A côté de cela, on protège les noyaux villageois. Mais cela ne sert pas à grand chose de mettre les villages sous cloches si on ne traite pas la qualité de vie dans son ensemble"

Même son de cloche au sud, où les militants de SOS nature sud dénonce le projet de "densification de la cité de la soude" financé par les crédits de l'Anru. "On y a mené un semblant de concertation mais tout ce que l'on propose c'est de faire disparaître une place arborée pour y mettre du logements privés et une crêche, témoigne Gilbert Charrier. Or, beaucoup d'habitantes de la cité de La Soude sont assistantes maternelles. Créer une crêche à cet endroit, c'est leur mettre la concurrence sous leurs fenêtres".  

Adieu Denise…

A l'est, c'est autour de l'ancienne bastide de la Denise que les riverains s'associent. "La bastide est classée au Plu comme bâtiment remarquable et pourtant, en octobre, le conseil municipal a voté sa démolition, regrette Danièle Pioli, président du CIQ de la Valentine. Quant au parc de 7,5 hectares qui l'entoure, il est également menacé par une modification du coefficient d'occupation des sols qui vise à urbaniser cet espace vert. Et je ne parle même pas de la voie rapide qui est, elle aussi, inscrite au Plu…"

Face à cette révolte des riverains, la riposte habituelle des élus est de dénoncer un réflexe Nimby, (pour "not in my backyard") qui consiste à n'y voir qu'une défense d'intérêts privés coalisés. Cela fait bondir ces têtes grises anti-béton. "D'abord, on ne parle pas l'anglais", peste l'une d'entre elles. "C'est de la provocation", rugit une autre. Tandis que Paul Picirillo calme le jeu : "Le collectif laisse béton est justement né pour donner la preuve que nous ne sommes pas dans une somme d'intérêt particulier. Nous voulons défendre notre ville qui est défigurée par des projets qui ont ni queue, ni tête. Les politiques font de la politique sans nous parce que Marseille est devenu un bon business, que ce nom fait vendre. Et bien, nous ne nous laisserons pas faire". Le rendu des conclusions du commissaire-enquêteur permettra de savoir si leurs voix unies ont été entendues.  

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Commentaires

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  1. Pizzaiolo Pizzaiolo

    Bravo les Gratte semelles-roucas’pieds! Comment on adhere a votre association? Faut-il habiter le tres exclusif 7e arrondissement ou etes-vous pan-marseillais?

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  2. jexprime jexprime

    Marseille aux marseillais !!!
    cela a des relents de La France aux Français !!!

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  3. jexprime jexprime

    Plus serieusement. On ne peut pas tous les jours expliqué qu’il manque de logements, qu’il faut en donner aux roms qui vivent désespérement dans la rue et refuser toute densification de la ville par la construction de logements. Chacun veut son bout de soleil. C’est normal. D’autres veulent seulement un toit !!!!!!

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  4. Mistral Boy Mistral Boy

    Vous oubliez de signaler que sous les savonneries de la rue Sainte il y a des vestiges… les archéologues de l’INRAP ne sont pas restés longtemps mais il y a un escalier et plusieurs puits ou cheminées… ce serait intéressant de savoir ce qu’il en est avant que les bétonneurs n’enlèvent tout.

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  5. Céhère Céhère

    Si je partage les préoccupations des adhérents de ces associations (et je regrette de ne pas avoir pu donner mon avis sur le nouveau PLU, j’avais étudié les documents mais la perspective de devoir se déplacer en mairie m’a découragé, en résumé : dommage que ce ne soit pas faisable par mail…), je suis circonspect sur les revendications de SOS nature sud à la Soude (sujet déjà évoqué sur marsactu d’ailleurs).

    Le terrain en question est un mauvais rond-point avec des arbres plutôt souffreteux http://goo.gl/maps/CJVfm (des muriers ?) A 50 mètres de là une résidence Bouygues qui elle a tapé dans un terrain boisé a été construite il y a deux trois ans http://goo.gl/maps/sHZbo (passer la souris sur “plan” en haut à droite puis cliquer sur “45°” pour voir la vue avant/après), et malheureusement à ma connaissance cela n’a pas soulevé de protestations.
    Et l’argument sur la crèche qui concurrencerait les assistantes maternelles n’est que peu recevable quand on connaît la pénurie qu’il y a à ce niveau à Marseille.
    Si on veut être crédible, il faut faire attention à ce que l’on raconte. Que les riverains demandent la création d’un espace vert, ils ont raison, mais ce n’est pas la peine de faire passer une espèce de terrain vague urbanistique pour ce qu’il n’est pas. Et il serait dommage de refuser un équipement tel qu’une crèche. Malheureusement nos chers élus le font souvent aller de pair avec un bétonnage en règle privé (voir à une autre échelle le cas du Stade Vélodrome par exemple).

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  6. sophie sophie

    et puis il y a aussi le parc longchamp dont une parcelle jardin boisée vient d’être déclassée… Les beaux jours de QPark?
    des logements, certes il en faut, ou peut-être suffirait-il d’obliger/ d’inciter les proprios d’immeubles vides très très nombreux sur Mars…(rénovation/location/vente?)… D’un autre côté, à qui JCG va-t-il souhaiter ses voeux cette année si les promoteurs ne sont plus?

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  7. Prouvençau Prouvençau

    Tout cela est bien triste : on a l’impression d’une ville du tiers-monde où seuls comptent les intérêts d’une oligarchie financière. Et les citoyens qui aiment leur ville, défendent le patrimoine et la nature face à la bétonisation, font l’objet de moqueries de la part des élus. Pourtant le patrimoine a été déjà largement massacré et il serait temps de sauver le peu qui reste. Quant aux espaces verts et aux parcs, on a l’impression qu’ils ne sont que des terrains “vagues” seulement dignes d’être grignotés par des projets d’aménagement (cf Parc Longchamp ou Parc du XXVIe centenaire), alors que la ville, excessivement minérale a tant besoin d’espaces verts pour respirer. Mais les oiseaux ne paient pas d’impôts et les arbres ne sont pas plantés par des agents immobiliers… Comme si la qualité de vie n’avait aucune importance pour la vie de citadins…

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  8. Anonyme Anonyme

    “une ville du tiers-monde où seuls comptent les intérêts d’une oligarchie financière”, pour re^rendre un comm’ précédent…
    ‘tout ça me rappelle une la visite de Fes, ses souks miteux remplis de baskets contrefaites, ce dédale qu’on parcours les yeux mi_clos, l’esprit essayant d’imaginer ce qu’à pû être la splendeur de cette cité..
    …et dire qu’en 14 vous allez vous manger TAPIE…VIVE l’OM !!!!!

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  9. No pasaran No pasaran

    se faire traiter d’égoïste quand on ne pense qu’à protéger notre Ville à tous de tomber dans les mêmes travers que certaines villes regrettent aujourd’hui – des logements OK mais pour qui ? à quels prix ? des habitants qui renflouent les Caisses de nos chères Collectivités, ai détriment de quoi: manque de crêches – manques d’écoles – manques de Lycées techniques – manques travail – pollution multipliée – la liste n’est pas exhaustives pour ceux qui souhaitent la compléter – voilà ce que nous proposent les BETONNEURS!!!

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  10. Julien Julien

    Bravo les Roucas’Pieds et sa responsable, continuez votre combat, si votre association n’existait pas, le Roucas Blanc ne serait qu’un quartier dortoir d’immeubles et de blockaus (les maisons actuelles n’ont aucun style).

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  11. Julien Julien

    Bravo les Roucas’Pieds !

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  12. Anonyme Anonyme

    Et ça continue encore et encore…Dans le 5ème on construit tout contre l’église St Michel sur une parcelle tellement “encagnée” qu’on se demande si les futurs résidents ne vont pas périr par manque d’air. Les arbres de la parcelle qui apportaient un embryon de verdure à ce quartier qui en manque cruellement vont bien sûr disparaître. A quelques mètres à peine, l’ancien garage Renault rue de Verdun va être remplacé par un immeuble “de standing”. Bizarrement dans le même quartier de très nombreux immeubles portent des pancartes “à louer” ou “à vendre”. Cherchez l’erreur! Un nouvel afflux de population sans qu’une seule école ait été créée, alors que les centres sociaux ferment et que certains services publics disparaissent… Un quartier d’une saleté repoussante où dès le matin des hordes de miséreux fouillent les conteneurs à ordures, où des gens dorment dans la rue, où sur la place Sébastopol, on peut voir à la fin du marché des personnes âgées ramasser les invendus pour assurer leur subsistance après une vie de labeur. En 20 ans Marseille est devenue la ville de la rupture sociale où la seule préoccupation des élus semble être d’enrichir leurs amis les promoteurs.

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