[Provence en toc] Les Voiles de Marie-Madeleine la tradition qui vient de naître

Série
Mathilde Ruchou
25 Août 2018 9

L'été en Provence est propice aux marchés touristiques où les savonnettes authentiques côtoient les cigales en plâtre. Marsactu enquête sur cette Provence en toc aux parfums de contrefaçon et se penche pour cet épisode sur une tradition provençale... vieille d'un an.

Des dizaines de personnes suivent du regard le reliquaire, certains pleurent tandis que d’autres continuent inlassablement leur liturgie. Sortie de l’eau quelques instants auparavant, Marie-Madeleine longe le port de La Ciotat, encadrée par la foule émue. Organisées par le frère Marie-Ollivier Guillou, de l’ordre des Dominicains, les “Voiles de Marie-Madeleine” naviguent ces jours-ci avec les reliques supposées (mèche de cheveux et tibia) de la sainte. Les six voiliers de l’opération faisaient escale à La Ciotat jeudi après-midi, avant de continuer le lendemain par Cassis pour finir samedi par Marseille et l’Abbaye Saint-Victor où repose Saint Lazare, frère de la “sainte des Provençaux”.

“J’ai eu cette idée d’emporter les reliques de Marie-Madeleine de port en port pour revivre cette aventure culturelle et spirituelle qui a tellement marqué le paysage provençal”, raconte le prêtre et marin Marie-Ollivier Guillou. L’aventure en question n’est a priori jamais passée par ses ports-là qui, en été, présentent une belle affluence touristique.

Les drapeaux ornés de la croix de l’ordre des dominicains et d’autres aux couleurs de la Provence avec un dessin représentant la barque de Marie-Madeleine dansent dans le vent. Entre tous ces étendards, les équipes maritimes et terrestre des Voiles, mais également des dizaines de Ciotadens et estivants, réunis sur le port ce jeudi un peu avant 18 heures. “On l’attend avec tellement d’impatience. C’est grâce à elle que la Provence a été évangélisée”, se réjouit Michelle, retraitée. Tandis que tout un petit monde se salue, se reconnaît ou se rencontre, les évangélistes entonnent des chants. Et là, c’est l’exclamation : la “sainte patronne des Provençaux” – ou ce qu’il en reste -fait son arrivée sous un reliquaire en verre.

“Surfer sur la tradition de Provence”

Après l’avoir débarqué, la procession avance en chantant. Marie-Ollivier Guillou court à l’arrière, à l’avant, au milieu du cortège pour s’assurer du bon déroulé. Le temps d’une pause, il confirme son envie de créer une coutume estivale en “surfant un peu sur la tradition de Provence qui rapporte que l’évangile est arrivé par la mer”. L’aspect folklorique semble parler aux Ciotadens croyants qui participent à la procession. Les estivants eux, découvrent. “On ne connaissait pas cette tradition, ça rajoute du folklore aux vacances”, s’amuse Anne-Marie, venue de la Loire avec son mari.

En attendant les reliques, un prêtre prend le micro.

Les touristes présents pensent assister à une fête typique de la Provence, sans se douter qu’elle n’existe que depuis l’an dernier. Marie-Ollivier Guillou affirme son souhait de poursuivre les traditions de célébration des Saints de Provence et surtout, de Marie-Madeleine, “à laquelle les Provençaux sont tellement attachés” selon lui. Quelques heures avant la procession, les évangélistes, un peu stressés, essaient de ranger l’église de Notre-Dame de l’Assomption pour la messe prévue lors de l’arrivée de la procession.

Malgré toute cette agitation, Augustin Boyer, étudiant en droit à Toulouse contemple le port depuis le parvis. “Cet événement permet d’imiter l’arriver des saints de Provence. Je suis originaire de La Ciotat, et c’est vrai que c’est quelque chose de très connu ici”, raconte l’étudiant avant d’aller se préparer avec hâte, car il est le thuriféraire de la procession, soit celui qui porte l’encens.

Pour les fidèles des Voiles, ce serait donc l’occasion de faire connaître une partie de ce qu’ils estiment être la culture provençale. “C’est le mélange entre la tradition de la mer et celle de Marie-Madeleine. On aimerait vraiment que cela devienne un rendez-vous pour les Provençaux et les touristes”, complète le prêtre matelot. Pourtant, il est rapporté que Marie-Madeleine serait arrivée aux Saintes-Marie-de-la-Mer et aurait ensuite traversé la Provence par les terres pour se rendre jusqu’à la Sainte-Baume. Rien sur Cassis, La Ciotat ou Toulon. “La question a été débattue mais nous avons choisi ce trajet pour des contraintes maritimes et nautiques. On ne pouvait pas vraiment faire d’escales entre les Saintes-Maries-de-la-Mer et Marseille”, poursuit frère Marie-Ollivier Guillou.

L’évangélisation par la mer

Si le nombre d’escales possibles paraît tant important aux Voiles de Marie-Madeleine, c’est notamment pour pouvoir remplir leur objectif principal. Lequel? “La mission d’évangélisation par la mer”, comme indiqué sur la première page du dossier de presse. Et cela se remarque dès l’arrivée à l’église de la procession. Les chants continuent, certains suivent avec concentration leur partition, les enfants font voler les drapeaux. À côté de cette agitation, sur la gauche du monument un stand est monté, avec l’aide logistique du club de motards Kudaciés, dont fait par ailleurs partie le frère Marie-Ollivier Guillou. Brochures, t-shirts, chapelets et autres agréments sont disposés pour récolter des fonds, mais aussi attirer l’œil. Les saints de Provence seraient donc une bonne accroche pour évangéliser les vacanciers, par le biais de la découverte culturelle du lieu de leurs vacances. “Nous voulons rappeler l’importance de Marie-Madeleine en Provence tout en rappelant également les valeurs de l’évangile”, définit Marie-Ollivier Guillou.

“Du patrimoine provençal”

Une mission d’évangélisation dont les villes d’escale sont érigées en “partenaires” sur le site des Voiles de Marie-Madeleine. Interrogées par Marsactu, les Villes de Cassis, La Ciotat, Marseille et la métropole qui gère les places de port démentent pourtant tout partenariat. Même si la ville de La Ciotat a en revanche bien envoyé un communiqué de presse, relevé par La Marseillaise, et prônant la “mission d’évangélisation […] en partenariat avec la ville de La Ciotat” et “au profit des estivants”.

Sur les sites internet municipaux, trois villes informent de l’événement : La Ciotat (où la mention a semble-t-il été retirée) Six-Fours et Marseille. Sur le site commun à la Ville et à l’office de tourisme, les éléments de langage de l’événement sont repris tels quels “venez naviguer, chanter, prier, évangéliser pendant une semaine !”. La Ville de Cassis quant à elle affirme simplement accueillir un événement s’inscrivant dans la tradition : “C’est du patrimoine provençal, comme d’autres fêtes reliées historiquement à l’église mais qui font désormais partie de l’histoire”, explique le service communication de la mairie, sans relever la jeunesse du pèlerinage marin. Quand il s’agit de prêcher la bonne parole, il n’est jamais trop tard pour créer des traditions.

Article en accès libre

Soutenez Marsactu en vous abonnant

1 € LE 1ER MOIS

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.


Commentaires

Vous devez être vous-même abonné pour écrire un commentaire sur un article réservé aux abonnés.

Ajouter un commentaire

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire