Enterré à Marseille, le téléphérique redécolle vers l’aéroport

Info Marsactu
Margaïd Quioc
10 Avr 2019 7

La métropole envisage la mise en place d’un téléphérique pour rallier l’aéroport Marseille-Provence depuis la gare de Vitrolles, située à moins d’un kilomètre. Un projet qui coûterait autour de 30 millions d'euros et que la métropole ne veut pas financer seule.

Vue de la Gare de Vitrolles avec le téléphérique et l'escalator

Vue de la Gare de Vitrolles avec le téléphérique et l'escalator

Alors que le téléphérique de Notre-Dame-de-la-Garde ressemble de plus en plus à une promesse de campagne non tenue par Jean-Claude Gaudin, un nouveau projet pourrait bien voir le jour dans un territoire moins pittoresque. La métropole espère d’ici à quelques années proposer aux voyageurs de relier en télécabine le terminal 1 de l’aéroport de Marignane depuis la gare de Vitrolles.

C’est du moins ce que présente une étude réalisée par DCSA, entreprise spécialiste du transport par câble basée à Grenoble, datée de décembre 2018 et commandée par la métropole. Ce téléphérique, ou plutôt “funitel-va-et-vient” si l’on se réfère au langage technocratique, permettrait d’effectuer le voyage en 6 minutes, avec un départ toutes les 6 minutes. Aujourd’hui, les voyageurs qui arrivent à Vitrolles doivent commander une navette depuis un interphone installé en gare lorsque celle-ci n’est pas en service. Ce bus est la seule manière de franchir le petit kilomètre qui sépare la gare SNCF des terminaux. “L’ambition est d’inaugurer la desserte de l’aéroport avant les JO de 2024”, explique Roland Blum, vice-président de la métropole délégué aux transports.

Une facture entre 25 et 35 millions

Inscrite au plan de déplacement urbain de la métropole, cette liaison est envisagée soit par téléphérique, soit par un bus en voie réservée dit BHNS (bus à haut niveau de service). Le choix n’est pas encore arrêté mais c’est pour la première solution que penchent les élus et partenaires présents en comité de pilotage le 2 avril dernier. “Nous avons examiné le dossier, et cette solution paraît extrêmement intéressante, bien qu’un peu chère.” La facture se situe entre 25 et 35 millions d’euros en fonction des scénarios retenus, selon l’étude de DCSA. Une note que la métropole ne compte pas payer seule. Roland Blum attend donc des autres collectivités (région, département…) qu’elles mettent la main à la poche.

Maxime Tommasini, qui a la double casquette de conseiller régional et président de la Régie des transports marseillais (RTM) ne voit pas d’objection à ce que la région participe. “Les coûts de la desserte sont équivalents dans les deux options. Un BHNS demanderait d’énormes travaux de voirie. Alors pourquoi ne pas être à l’avant-garde avec un téléphérique ?”

Un coup de pouce d’Airbus ?

Roland Blum compte aussi sur la participation financière de l’aéroport mais également d’Airbus. Selon le scénario arrêté par l’étude, le téléphérique marquerait un arrêt au niveau d’Airbus Helicopters situé sur le territoire de Marignane. L’entreprise revendique 9 000 employés sur le site et ses parkings débordent. Nombreux sont les salariés à laisser leur voiture le long de la départementale 20, au mépris des règles de sécurité. Par voie d’e-mail, le service communication nous confirme l’intérêt de l’entreprise pour cette solution “innovante et adaptée” sans toutefois préciser les montants qu’elle serait prête à investir. Même réponse du côté de l’aéroport, qui met en avant sa volonté d’améliorer la desserte en transports en commun, choisit actuellement par seulement un voyageur sur six se rendant à l’aéroport.

Le seul à émettre des réserves est Loïc Gachon, le maire (PS) de Vitrolles. “C’est surtout une logique touristique et marketing”, estime le défenseur d’une desserte en BHNS. Un argument que réfute Roland Blum, qui met en avant les performances attendues du téléphérique. DCSA propose un système qui résiste à des rafales de vent jusqu’à 110 km/h.

Rappel des épisodes venteux

 “Ce genre d’épisode n’arrivant qu’une fois par an selon nos études, le système reste fiable”, rassure Roland Blum. Pas de crainte non plus d’une levée de bouclier de la part de riverains, comme ça a été le cas à Marseille, où le téléphérique a suscité beaucoup d’inquiétudes (lire notre article). Les habitations devaient en effet être survolées. Ici, le trajet entre la gare et l’aéroport survole une zone d’activités.

2000 personnes par heure

Avec deux “trains” de trois cabines, le téléphérique aurait la capacité de transporter plus de 2000 personnes par heure. En heure de pointe, les projections de fréquentation estiment les flux à près de 1400 personnes en direction de l’aéroport depuis la gare de Vitrolles à l’horizon 2048, désignée dans les documents officiels par l’acronyme VAMP (pour gare Vitrolles Aéroport Marseille Provence).

“La desserte de l’aéroport, c’est un point essentiel d’un projet plus global”, rappelle Roland Blum. En l’occurrence un “pôle d’échange multimodal”, comprendre un endroit où l’usager pourra faire sa correspondance entre plusieurs moyens de transport : voiture, train, bus, marche à pied, vélo et donc, peut-être, téléphérique.

“C’est un projet sur lequel on travaille depuis 2010 et qui est sur le point d’aboutir”, explique Loïc Gachon. Situé sur la Zac Cap Horizon, le futur “pôle” doit accueillir entre autres, un parking relais accessible depuis l’A7, une gare routière et un escalator pour rejoindre une gare routière et la zone d’activité au dessus de la gare. Le projet, lancé par la Communauté du Pays D’Aix a été repris par la Métropole qui y investit 30 millions d’euros.

Vue de la Gare de Vitrolles avec le téléphérique et l’escalator

Inaugurée en 2008, construite en contrebas d’un talus, la gare de Vitrolles n’est pour l’instant pas accessible autrement que par la route depuis le village et les zones d’activité à l’Est. Pour réduire cette fracture, des travaux d’aménagements ont déjà commencé, la liaison piétonne vers le village doit être livrée au plus tard en 2021. Loïc Gachon espère le lancement d’un appel à projet pour l’escalator d’ici 2020.

“On est là dans un creux de la métropole mais à mon sens, la gare de Vitrolles a vocation à devenir le principal pôle de mobilité du territoire d’ici 10 ans », estime-t-il. « Les zones d’activité des Estroublans et de l’Anjoly ce sont 15 000 emplois. La majorité est occupée par des salariés extérieurs au territoire et qui prennent leur voiture à 60% », déplore Loïc Gachon. Pour diminuer le recours à la voiture, la métropole compte donc sur le train.

Pour rendre le rail plus attractif, et augmenter les capacités, la région a engagé des travaux pour allonger les quais et permettre à des trains de plus grande capacité de s’y arrêter. “Cela va nous permettre d’arrêter les trains à deux rames ainsi que tous les trains qui viennent d’Occitanie”, détaille Philippe Tabarot, adjoint aux transport à la région Paca. Vitrolles reçoit chaque année 730 000 voyageurs, ce qui en fait la 5e gare TER de la métropole, après Marseille-Saint-Charles, Aix-en-Provence, Aubagne et Miramas.

En heure de pointe la gare reçoit quatre trains par heure, soit un toutes les 15 minutes. La même fréquence que les navettes de bus aéroport au départ de la gare de Marseille-Saint-Charles. “On est là au maximum de la capacité”, regrette Philippe Tabarot. Pour passer à 6 trains par heure, il faudrait d’abord que les projets de ligne nouvelle et la gare souterraine de Marseille voient le jour. Or l’aéroport rêve de ratisser large en faisant venir des voyageurs de Nîmes, Montpellier et Toulon qui, aujourd’hui prennent la voiture ou le car.

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