Portes ouvertes au Bastion social Marseille et manif pour les fermer

Reportage
Julien Vinzent_
23 Mar 2019 4

Malgré la procédure de dissolution annoncée par Emmanuel Macron, l'organisation identitaire fêtait ce samedi le premier anniversaire de son installation près du Vieux-Port. Manifestant pour "maintenir la pression", un collectif tente de mobiliser les riverains pour qu'ils appuient la demande de fermeture du local.

La fin de la manifestation contre le Bastion social samedi 23 mars.

La fin de la manifestation contre le Bastion social samedi 23 mars.

Il n’y aura peut-être pas beaucoup de bougies, mais la première est soufflée. Ce samedi, le Bastion social Marseille fête le premier anniversaire de son installation rue Fort-Notre-Dame, près du Vieux-Port. Et malgré l’annonce il y a un mois par Emmanuel Macron de la dissolution de cette organisation d’extrême-droite née à Lyon, la “journée portes ouvertes” se tient sous la garde d’une dizaine de cars de CRS, avant une conférence sur le nationalisme révolutionnaire. Mais pour Marsactu, les portes du Bastion se referment. “Pas d’interview.”

“Un an de trop” et “pas un an de plus”, proclamait l’appel à manifester pour réclamer la fermeture du local d’une quarantaine d’organisations. Une manière de “maintenir la pression”, alors que la parole présidentielle tarde à se concrétiser, souligne Cédric Bottero, du collectif Vigilance initiatives syndicales antifascistes. “Annoncer la dissolution d’un groupe plusieurs mois à l’avance, cela n’avait jamais été fait. Cela leur laisse le temps de s’organiser”, regrette-t-il. Selon Mediapart, la procédure, qui s’appuie sur la législation sur les “groupes de combat”, était à ce moment-là enclenchée depuis deux mois. Mais pas finalisée.

La manifestation sur la Canebière.

Derrière la banderole unitaire, la tête de cortège est assurée par Les squales, récent collectif dont les mâchoires rêvent de happer le phare du Bastion social. Conjuguant son anti-fascisme avec un anti-capitalisme revendiqué, le cortège de plusieurs centaines de personnes profite du tournant de la Canebière pour rappeler la mort de Zineb Redouane lors d’une autre manifestation. “Les autorités, le maire et la préfecture, n’ont jamais rien fait contre ce local et ils continuent à faire leur travail de répression”, harangue Cédric Bottero au micro du camion du syndicat Solidaires.

La nasse de la rue Papère, où un photographe a été blessé.

Un peu plus tôt, sur le trottoir encombré de terrasses du bouvelard Dugommier, une première étincelle se déclenche avec la brigade anti-criminalité, présente au plus près de la marche. Et plus loin sur la Canebière, la tension prend un tour plus solide avec une charge de CRS qui repousse une partie des manifestants dans l’étroite rue Papère. Plusieurs manifestants, dont un photographe indépendant, sont blessés par des tonfas et au moins un, probablement à l’origine de la charge, est interpellé.

Après un temps d’arrêt, le cortège reprend et parvient sans nouvel incident jusqu’au Vieux-Port. Il n’ira pas plus loin. Du côté de la préfecture de police, l’événement avait été anticipé avec un arrêté d’interdiction de manifester dans un périmètre proche autour du local. “A la fin de la manifestation du samedi 6 octobre 2018 sur le Vieux-Port, une vingtaine de militants de la mouvance d’ultra gauche marseillaise avaient tenté de dégrader le local du Bastion Social Marseille (…) un des individus avait été interpellé en possession de quatre engins pyrotechniques”, rappelait l’arrêté, qui listait plusieurs autres épisodes de “velléités d’actions à l’encontre du local”.

“Ça n’a pas été facile de les décroûter” de la rue de Navarin

L’historique des faits remonte d’ailleurs bien avant mars dernier. Baptisé “Le Navarin”, le local du Bastion social Marseille accueille en effet une partie des membres de l’Action française Provence, qui disposait d’un local rue de Navarin, dans le quartier Lodi (6e). “C’étaient des affrontements, avec des jets de bouteilles”, raconte Antoine, présent dans le cortège. Il habitait tout proche de l’immeuble, devenu un point de crispation dans le quartier, et a longuement témoigné ce vendredi lors d’une projection à la Marseillaise :

Ils sont arrivés de manière calme, douce et c’est allé crescendo jusqu’à faire des assemblées générales en mettant des tables dans la rue. Ils disaient “on est chez nous”, car ils étaient propriétaires. Cela n’a pas été facile de les décroûter, il a fallu des années, des pétitions, des plaintes.

Après une réaction tardive de la mairie (lire notre article) et face à la mobilisation d’un collectif d’habitants, la rue de Navarin a été désertée début 2018 au profit du Navarin,  le local où trône une plaque de nom de rue. Consacrée au documentaire d’Al-Jazeera Generation hate sur un local lillois de Générations identitaires, la soirée qui précédait la manifestation avait aussi pour objectif de nouer le contact avec les riverains du Bastion social. “Il est important pour obtenir une fermeture d’avoir de nombreuses demandes de riverains”, a insisté l’un des organisateurs.

Appel lancé aux riverains

“On a commencé à diffuser des tracts dans le quartier et à récolter des contacts afin de pouvoir faire signer une qui sera lancée prochainement”, détaille Cédric Bottero. Même si selon lui “après l’expérience de la rue Navarin, ils ont réadapté leur mode de fonctionnement”. Une plus grande prudence bien en ligne avec le projet affiché du Bastion social, basé sur une solidarité appliquant la préférence nationale. Le 18 février, l’organisation signalait ainsi sur Facebook “une collecte alimentaire dans le centre-ville de Marseille” qui aurait reçu la contribution des “habitants du quartier”.

Capture d’écran d’une publication Facebook.

Et si certains membres se sont signalés par des agressions (lire ici et ici), “c’était à chaque fois loin du local”, observe Cédric Bottero.

Pour l’heure, la mairie de Marseille ne s’est pas montrée mobilisée sur ce dossier, au point de confondre l’interdiction de manifester autour du Navarin avec l’acte 19 des gilets jaunes. Figurant parmi les oratrices de la manifestation, la conseillère municipale Valérie Diamanti devrait rééditer son interpellation dans l’hémicycle lors de la séance du 1er avril.

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