Pollution : l’impossible évaluation des effets de la circulation différenciée

Interview
le 26 Juil 2019
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Qui dit fortes chaleurs dit souvent pic de pollution et, depuis juin, circulation différenciée. Quel est l'impact de cette mesure sur la qualité de l'air ? Difficile à quantifier répond Atmosud, mais toujours mieux que si l'on ne faisait rien.

Fumée sur Marseille, image d'illustration. (Crédit David Lashermes)

Fumée sur Marseille, image d'illustration. (Crédit David Lashermes)

Après celui du mois de juin, un nouvel épisode de canicule touche notre département. Comme souvent, il s’accompagne d’un pic de pollution à l’ozone. S’il devrait être plus court que celui de la fin juin, le seuil d’alerte niveau 2 a été franchi. Un niveau qui permet à la préfecture, si elle le décide, de mettre en place la circulation différenciée. Cette mesure, déclenchée durant onze jours pour la première fois lors du dernier épisode, autorise uniquement les voitures les moins polluantes à circuler. Pour ce faire, leurs conducteurs sont censés avoir commandé sur un site officiel une vignette qui prouve que leur voiture rejette peu.

L’organisme public chargé des mesures de la qualité de l’air dans la région, Atmosud vient de publier ses « premières observations de l’impact de cette mesure ». Mais, à y regarder de plus près, si en théorie l’effet positif de l’application d’une telle mesure est indéniable, il est impossible de quantifier son impact réel. Et encore moins de le relier à la qualité globale de l’air. Sébastien Mathio, ingénieur Atmosud répond à Marsactu sur ces ambiguïtés.

Vous venez de publier un communiqué relatif à l’impact de la mesure dite de « circulation différenciée » sur la qualité de l’air. Quelles sont vos principales conclusions ?

Ce que nous disons, dans les grandes lignes, c’est que s’il y a circulation différenciée, il y a obligatoirement moins de véhicules et donc, moins d’émissions. Cela participe forcément à améliorer la qualité de l’air. Par contre, faire un lien entre la diminution de la circulation et celle de la quantité d’ozone est impossible. Cette dernière ne dépend pas uniquement des émissions des voitures mais aussi, par exemple de celles de l’industrie. La quantité d’ozone dans l’air résulte en fait de la combinaison de plusieurs molécules et le rayonnement solaire, par un processus chimique, entre également en compte.

Si on lit rapidement les comptes-rendus de votre étude, on a l’impression que l’amélioration de la qualité de l’air aux alentours du 30 juin est liée à la mise en place de la circulation différenciée à ce moment. Or, ce n’est pas le cas.

La circulation constitue l’émission primaire d’oxyde d’azote (molécule qui participe à l’augmentation de la quantité d’ozone dans l’air sous l’effet du soleil), donc, la circulation différenciée contrarie forcément la progression de l’ozone. Mais, il est vrai que pour cet épisode en particulier, nous n’avons pas de données précises sur le nombre de voitures en circulation. On peut donner des fourchettes, mais rien de précis. Les conditions météorologiques entrent aussi en compte.

 » réduire les émissions un jour de grande pollution est toujours bon à prendre. »

Par exemple, la qualité de l’air peut-être moins bonne un jour où la circulation différenciée est mise en place qu’un autre jour où il faisait moins chaud et qu’il y avait plus de vent. Ce serait mentir que de dire qu’une diminution de la quantité d’ozone est lié à une diminution du nombre de voitures. Mais réduire les émissions un jour de grande pollution est toujours bon à prendre.

« Selon la métropole, aucune diminution notable de la circulation a été constatée », peut-on lire dans un article de La Provence concernant la mise en place de cette mesure fin juin. Difficile d’évaluer l’impact d’une mesure qui n’a pas véritablement été mise en place…

Pas de comptage

Selon La Provence, la métropole « n’a pas constaté de baisse de la circulation durant la période de circulation alternée ». Il s’agit en réalité d’une « supposition de nos services en l’absence de sanctions », admet finalement la métropole, interrogée par nos soins.

La préfecture dit ne pas disposer  d’éléments concernant la circulation sur la zone où s’appliquait la circulation différenciée. « Nous n’avons pas de possibilité de comptage, nous a répondu le service de presse. Donc les services ne voient pas bien comment la métropole a pu avoir cette estimation, peut-être en fonction des policiers qui ont effectué les contrôles sur place ces jours-là. » 

Lorsqu’on prend pour la première fois une mesure de réduction de la circulation, les citoyens disent ne pas être au courant de l’existence d’une vignette. Les pouvoirs publics ont donc choisi de passer par une phase pédagogique, en remettant les sanctions à plus tard. On peut donc imaginer qu’il n’y a pas eu de gain, mais personne n’a assez de chiffres pour être catégorique. Cette fois-ci, c’était plus de la prévention que de la répression. Mais c’était la dernière fois.

Justement, pour cette prochaine fois serez-vous suffisamment équipé pour évaluer l’impact de la mesure sur la qualité de l’air ?

Dans la zone de trafic limité, nous n’avons pas de stations de mesure dans toutes les rues qui nous permettraient d’être catégorique. Pour répondre clairement à cette question, nous n’avons pas assez de moyens dans les lieux visés. Parce que pour nous, c’est un non sujet, ou en tout cas, une question résolue. Diminuer le nombre de voitures est forcément bénéfique. Donc cette question n’est pas fondamentale. Il n’y a pas que ça. La réduction des émissions de l’industrie, les incitations à réduire sa vitesse ou prendre les transports en commun influent aussi sur les diminutions de polluants que l’on mesure. Et bien malin celui qui peut dire que ces diminutions sont liées à l’industrie, à la vitesse réduite ou à l’utilisation des transports en commun. Ce sont les actions multiples qui portent leur fruit.

Un jour où tout le monde fait des efforts peut être pire en terme de pollution qu’un jour où on ne fait rien mais où il y a du vent. Mais si on ne fait rien, ça sera pire. Le facteur météo est très important mais on ne peut rien y faire. Alors autant faire ensemble un maximum d’efforts.

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Commentaires

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  1. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Je regardai hier, dans les rues de mon quartier, combien de voitures affichent la fameuse vignette Crit’Air désormais obligatoire. Conclusion de cette observation statistiquement non représentative : si la présence de vignettes flambant neuves commence à se remarquer, la majorité des véhicules en restent dépourvus.

    La pratique répandue qui consiste à laisser tourner le moteur même quand la voiture est à l’arrêt pour une durée de plusieurs minutes – y compris en période de pic de pollution – le montre : en gros, nos concitoyens s’en foutent. Il faut dire qu’ils y sont aidés par des torchons comme Le Point qui propose, pour se reposer de la canicule, de… faire un tour en bagnole climatisée ! Je n’invente pas : https://www.lepoint.fr/automobile/innovations/canicule-faites-un-tour-en-voiture-pour-prendre-un-coup-de-frais-25-07-2019-2326798_652.php

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  2. petitvelo petitvelo

    Voilà un interlocuteur plus soucieux d’ouvrir le parapluie scientifique que de faire des estimations instructives. Il y a bien un sujet à l’époque du « big-data » à estimer les impacts des différents facteurs, même avec une fourchette large. La circulation ça se mesure, le vent aussi, l’activité industrielle ça peut aussi s’estimer grossièrement … Ou alors c’est pour ne pas se faire commander un chiffre délirant comme les gains pharamineux pour la ville engendrés par les croisiéristes 🙂
    A sa décharge, la circulation différenciée est tombée comme un cheveu sur la soupe , et jusque là s’était véritablement un non-sujet pour les autorités. Donc pas de matériel de mesure, pas de financement d’étude, … mais ça ne saurait tarder avec tous les dirigeant ayant viré écologiste après les européennes !
    « Impossible n’est pas français » ?

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  3. David David

    On nous prend pour ce que nous ne sommes pas avec cette mesurette.

    D’une, les personnes verbalisées sont libres de repartir : elles se font juste racketter de 68 euros, pour un motif « ecolo »,aïs sont libres de redémarrer et de continuer à (soi disant polluer. Je dis bien « soi disant », car j’aimerais vraiment qu’on m’explique en quoi une petite voiture qui consomme 6 litres aux 100, et qui a dix ans, est classée en crit air 4,et polluerait donc beaucoup plus qu’un SUV flambant neuf, qui pompe 15 l aux 100?
    Sans parler des voitures électriques, en crit air zéro, qui ne pollueraient pas du tout… C’est une blague ? La fabrication de ces véhicules, le coût écologique de l’extraction du lithium des batteries, leur rechargement… Toutes les études sérieuses pointent que le coût écologique de ces véhicules est bien pire que celui d’un diesel !

    Ou je suis complètement bête, ou bien il y a anguille sous roche. Il y a trente ans que le gouvernement favorise massivement l’achat de diesel via des subventions et autres primes. Aujourd’hui, on tente de nous refaire la même à l’envers, en obligeant les consommateurs que nous sommes à consommer toujours plus, en changeant notre désormais « diesel trop polluant » pour un électrique… et dans dix ans, ce sera quoi ?

    Autre grand « absent » de ce reportage : les mega bateaux de croisière, qui empoisonnent littéralement la ville à longueur de temps… Chaque heure à quai, ou les chaudières tournent à plein régime (faut continuer à faire tourner les piscines et autres casinos de ces palaces qui n’appliquent même pas le droit du travail à leurs esclaves philippins qui travaillent en soute..), c
    haque heure donc, équivaut à 1500 diesels en crit air 5 qui tourneraient à plein.

    Pour ces machins là, pas de vignette, bien sûr ! Demandez aux riverains de la joliette ce qu’ils en pensent ! Et je ne parle même pas du reste (industrie, aviation…)

    Pour info,le trafic routier ne représente QUE 35% des pollutions atmosphériques…

    Les vaches à lait vous saluent.

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