Pollution du golfe de Fos : les élus dénoncent « une chape de plomb »

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Clémentine Vaysse
14 Fév 2017 3

L'agence régionale de santé a saisi sa tutelle nationale Santé Publique France pour analyser les résultats de l'enquête participative menée à Fos et à Port-Saint-Louis. Pour les maires des deux communes, c'est un premier pas salutaire pour faire la lumière sur une problématique sanitaire déjà ancienne.

L'usine Arcelor de Fos-sur-Mer (Photo : Clémentine Vaysse)

L'usine Arcelor de Fos-sur-Mer (Photo : Clémentine Vaysse)

Ce n’est pas un nuage qui s’éloigne mais un voile qui se soulève un peu. Après la publication par Marsactu de l’étude participative d’une équipe de chercheurs (lire notre article ici) sur les effets des pollutions sur les populations de Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône, les maires de ces communes espèrent que la gravité apparente de ces données feront réagir l’État et les institutions sanitaires. Sur un échantillon de 800 personnes, y ont été trouvés deux fois plus de cancers, de diabète et d’asthme que les moyennes nationales.

« À force, on a l’impression d’avoir une chape de plomb. Là c’est peut-être un début. Est-ce qu’on est vraiment plus malades chez nous ? On voudrait le savoir », s’interroge René Raimondi, maire de Fos-sur-Mer depuis 2004. Il ne comprend pas qu’en 2017, avec les fichiers de la sécurité sociale, aucune étude n’ait encore été menée pour voir si c’est réellement le cas.

« Cela fait très longtemps que nous réclamons aux organisations publiques d’avoir une vraie campagne épidémiologique. A l’époque, on était même allés squatter le hall de l’ARS [agence régionale de santé, ndlr] », raconte l’élu socialiste. À chaque fois, les services de l’État lui répondent « on y travaille ».

Quotas d’arrêt de travail

« Ces résultats alertent l’opinion publique et les médias sur la nécessité de porter une attention particulière à la santé publique ici, commente prudemment Martial Alvarez, maire (LR) de Port-Saint-Louis-du-Rhône depuis 2014. Il y avait un vrai besoin de disposer d’éléments. Nous avons toujours été en position d’alerte, y compris mes prédécesseurs ». 

À ses yeux, ces écarts à la moyenne nationale imposent des « particularités de prise en charge des soins » qui reviennent à l’État. « Je ne comprends pas par exemple que l’assurance maladie vienne imposer à nos médecins des quotas d’arrêts de travail alors que nous sommes dans un environnement dégradé, particulier », poursuit-il.

Tout comme son homologue de Port-Saint-Louis, René Raimondi estime que pour poursuivre leur activité, les usines doivent prendre en compte la santé des riverains : « On veut bien vivre de la zone industrielle mais on ne veut pas en mourir. Petit à petit on avance mais on se débrouille tout seul ». Fos cofinance avec la métropole l’institut écocitoyen pour la connaissance des pollutions, une entité associative créée en 2010 par l’ancien syndicat d’agglomération nouvelle Ouest Provence.

Mesurer 50 substances

Il est le seul, à ce jour, à avoir lancé la première étude d’imprégnation pour « comparer les taux de polluants anthropiques dans le sang et les urines entre les populations de Fos-sur-Mer (zone contaminée) et celles de Saint-Martin de Crau / Mouriès (zone témoin) ». Le but est de mesurer « 50 substances » chez « au moins 120 personnes », ne travaillant pas dans les établissements émetteurs. En somme, il s’agit de voir si les différents polluants des usines laissent des traces dans le corps des résidents. L’étude est en cours et ses premiers résultats pas encore connus.

Du côté de l’État, la prudence est de mise. Interrogé à ce sujet en marge d’une conférence de presse consacrée à la reconversion de l’usine pétrochimique de la Mède, le préfet de région Stéphane Bouillon renvoie vers les autorités sanitaires tout en rappelant le dispositif de contrôle déjà en place. « C’est un sujet sanitaire. C’est à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES) qui a financé cette enquête ou à l’ARS de s’en saisir si besoin. Nous, nous vérifions scrupuleusement que toutes les entreprises du secteur respectent la réglementation. »

Une manière de répondre à la préoccupation de René Raimondi sur les efforts demandés aux industriels. « Nous n’avons pas de problème particulier dans cette zone, assure encore le préfet. S’il y en avait un, Air Paca, qui contrôle les émissions de particules, nous avertirait. » Sauf que pour le maire de Fos, cette logique a une lacune : « Il n’y a aucune prise en compte par les services de l’État du cumul des pollutions », entre les différentes usines comme entre les substances.

Une « réalité totalement différente » pour l’ARS

Jointe par nos soins la semaine dernière, l’ARS n’avait pas donné suite à nos sollicitations. Elle le fait aujourd’hui, en soulignant les écarts entre les résultats de l’étude participative et ses propres données. « Nous allons rencontrer les membres de l’équipe qui a mené l’enquête participative car nous ne travaillons pas sur les mêmes méthodes. Nous avons saisi Santé Publique France [l’agence nationale NDLR] pour qu’ils analysent les résultats, répond Muriel Andrieu-Semmel, responsable de la santé environnementale à l’ARS. Cette enquête donne à voir une réalité totalement différente que celle que nous avons relevé. Nous avons déjà rendu un rapport en 2010 sur la question. »

Un document que tout le monde semblait avoir oublié, y compris les maires des communes. Ce rapport (lire ci-dessous), s’intéressait aux « hospitalisations pour pathologies cardio-vasculaires et respiratoires, et pour cancer, dans le secteur de l’étang de Berre », de 2004 à 2007. Ce dernier, portant sur 29 communes, mettait « en évidence un excès de risque d’hospitalisations pour infarctus du myocarde chez les femmes pour les communes exposées à des niveaux moyens élevés de SO2 (dioxyde de soufre) et chez les hommes pour les communes les plus impactées ».

À la différence de l’enquête participative, le rapport de l’époque ne concluait à aucune prépondérance des cancers, « à l’exception des leucémies aigües chez les hommes pour les communes les plus impactées ». Le risque estimé était alors 2,5 fois plus élevé pour les habitants des zones les plus polluées.

L’institut national de veille sanitaire livrait alors une conclusion balancée, dans une langue bien propre aux entités de veille sanitaire. « Il n’est pas impossible que ces résultats soient dus au hasard ou que certains facteurs de risques individuels non pris en compte dans cette étude puissent expliquer les excès d’hospitalisations observés », avertissait-il. « Toutefois, si l’on met en perspective ces résultats avec la situation locale, un faisceau d’éléments cohérents nous conduisent à considérer ces résultats comme des effets sanitaires plausibles du mélange de polluants issus des industries et des autres émetteurs présents sur la zone. »

L’ARS, ajoute Muriel Andrieu-Semmel, a depuis mis en place un observatoire des cancers du rein, de la vessie et des leucémies aiguës, intitulé Revela13, à destination des professionnels de la santé. Les médecins signalent les personnes concernées pour « examiner l’historique du patient, son exposition environnementale et professionnelle. La difficulté, poursuit-elle, est de relier la pathologie à une exposition avérée ». En somme, pour l’ARS, une prépondérance seule ne prouve rien.

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