Pollution de l’air : Costa croisières veut se racheter une conduite à Marseille

Actualité
le 18 Avr 2018
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Alors que la pollution émise par les paquebots de croisières est régulièrement pointée du doigt, la compagnie la plus présente à Marseille tente de redorer son image en signant un partenariat avec le Grand port maritime sur le contrôle des émissions de gaz.

« C’est bien qu’ils acceptent de communiquer. De toute façon, nous ne sommes rien sans eux, et ils ne sont rien sans nous », se réjouit le président du club de la croisière, Jean-François Suhas, dans l’ascenseur doré du clinquant paquebot Costa Mediterranea, un navire appartenant à la compagnie Costa croisières. À ses côtés, Christine Cabau-Woehrel, la directrice du Grand port maritime de Marseille, acquiesce. Cette dernière vient de conclure avec l’armateur italien un accord de principe. De la formation à la réparation navale en passant par le contrôle des gaz polluants émis par les navires, ce partenariat acte « une coopération entre le port et Costa, d’un degré supérieur », se félicite-t-elle devant la presse ce mardi.

Le PDG de Costa, Mickael Thamm, a ainsi profité de l’annonce de cette signature pour mettre en avant la mise en service prochaine de son premier bateau à propulsion au gaz naturel liquéfié (GNL), dont les émissions de certains gaz polluants sont quasi-nulles. Le navire accostera pour la première fois à Marseille en avril 2019. De quoi redorer le blason d’une activité pointée du doigt pour la pollution qu’elle engendre [lire notre article].

Michael Thamm, PDG de Costa croisières et Christine Cabau-Woehrel lors de la signature. (VA)

« Changer de paradigme »

Il ne s’agit pour l’instant que d’un accord de principe aux contours qui restent flous pour la compagnie la plus présente à Marseille. Il est censé porter, entre autres, sur « le contrôle des émissions de gaz polluants » des navires de la compagnie, membre groupe américain Carnival. Mais pas question pour autant de pénaliser Costa. « Plutôt que d’imposer des malus, nous préférons une coopération positive afin d’objectiver les investissements » dans les nouvelles technologies moins polluantes, fait savoir Christine Cabau-Woehrel, qui pointe « le déploiement d’une unité GNL et l’équipement en scrubber », ces filtres qui absorbent une partie des particules et gaz toxiques dont sont équipés les deux tiers de la flotte Costa. « Il faut maintenant établir une méthodologie et une certification internationale pour mesurer avec des éléments objectifs, des échantillons par exemple, les impacts dans l’environnement », conclut la directrice du port.

L’été dernier, Air PACA a rappelé que le transport maritime est responsable d’environ 30 % des oxydes d’azote et de 10 % des PM10 (type de particules fines) dans le centre-ville de Marseille. Avec un navire équipé d’un moteur à propulsion GNL, les émissions d’oxyde d’azote, nocives pour les organes respiratoires, sont drastiquement réduites, tandis que les émissions d’oxyde de soufre, qui constitue l’un des principaux polluants des navires de croisière, sont quasi-nulles. L’objectif de ce partenariat serait donc de mesurer les améliorations en terme de qualité de l’air induite, entre autres, par ces genre de système.« Nous voulons être vu comme une force pour les ports dans lesquels nous accostons. S’il y a un problème, alors nous dialoguons car nous ne voulons pas être vu comme une menace, tente de rassurer le PDG de Costa. Bien sûr, il y aussi des bénéfices économiques. Ils permettent de réinvestir dans la recherche. L’étape suivante est de passer à une seconde génération de carburant et de changer de paradigme. »

Stratégie à long terme

Autrement dit, de troquer le diesel contre le gaz naturel liquéfié, qui, pour le moment, s’avère beaucoup moins onéreux en plus de présenter un atout commercial et environnemental indéniable. Mais cette stratégie ne pourra se mettre en place qu’a long terme. « Nos bateaux ont une durée de vie entre 30 et 40 ans », précise Mickael Thamm. Or, équiper un navire vieux de plusieurs années d’un moteur à propulsion GNL n’est techniquement pas d’actualité.

En ce qui concerne le branchement à quai qui permettrait aux navires de croisière de couper leur moteur une fois amarrés, là encore le sujet n’est pas vraiment à l’ordre du jour. « À ma connaissance, sur les 300 ports dans lesquels nous faisons escale, un seul permet le branchement à quai de navire de croisière, il s’agit de celui d’Hambourg », rappelle Mickael Thamm. À Marseille, le branchement à quai n’est possible que pour deux ou trois ferries de la Méridionale et, à partir de 2019 pour Corsica Linea. Les paquebots de croisière demandent eux une puissance quatre fois supérieure (1,5 mégawatt pour les ferries et entre 4 et 6 pour les paquebots de croisière) et une fréquence beaucoup plus importante. « Techniquement, c’est possible, mais il faut se mettre d’accord sur qui paye quoi », avance de son côté le président du club de la croisière. Les acteurs pourraient trouver de l’aide auprès de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur qui souhaite « accompagner » la démarche de Corsica Linea et a annoncé vouloir « contribuer à la transition énergétique des grands ports maritimes, nouvelles places fortes du ravitaillement GNL » dans son plan climat. La forme 10 [lire notre article], inaugurée en octobre dernier, doit ainsi être adaptée pour recevoir les bateaux à propulsion GNL.

Les compagnies les plus vertueuses en matière environnementale bénéficient aussi chaque d’une exonération des taxes portuaires, se partageant ainsi une enveloppe de 100 000 euros : « avec le GNL, ça sera le max », assure Jean-François Suhas. C’est donc bien le principe du travail « main dans la main » vanté par Christine Cabau-Woerhel qui semble être privilégié, comme dans ce partenariat entre le GPMM et Costa, plutôt que celui du « pollueur-payeur ».

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Commentaires

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  1. Hélène G. Hélène G.

    Merci pour toutes ces précisions. Mais en attendant, ça continue….
    Au lieu de se disperser dans une agitation potagère urbaine sympathique, nos militants écologistes ne pourraient-ils y consacrer un tout petit peu d’attention ?
    Le Paoli qui est amarré devant les terrasses, on ne pourrait pas l’occuper quelques heures, histoire de rigoler, mais pas seulement ?

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  2. mrmiolito mrmiolito

    L’Etat et la Région ont prévu d’aider les navires de la Corsica Linea à se connecterau quai pendant les escales. Tout comme le font déjà les navires de la Méridionale dpeuis plus d’un an. Patience, tout ça est long mais les choses avancent…
    Cela dit le protocole signé entre Costa et GPMM sent un peu le courant d’air, pour le moment…

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  3. corsaire vert corsaire vert

    Ils doivent faire des croisières à l’oeil pour les remercier de leur aveuglement et de leur tolérance envers ce pollueur .
    D’ici 2020 si c’est vrai …Costa va continuer en toute impunité à polluer la ville , sous le regard bienveillant de GPMM §

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  4. JacquiMONDON JacquiMONDON

    Voilà six mois, jour pour jour, que j’ai cru devoir m’engager en confiance dans une humble contribution citoyenne:
    Lutter contre la lenteur de la puissance publique à agir efficacement face au problème majeur auquel sont exposés chaque jour environ 2 millions de personnes, du bébé au vieillard, du bourgeois des quartiers sud au prolo des quartiers nord:
    Dans la ville la plus polluée de France, (au moins), une activité portuaire nouvelle, celle des croisièristes, rajoute -pour 10% estimé- son bada comme on dit ici, aux effets létaux des activités industrielles subis dans le triangle géographique Fos-Aix-La Ciotat.
    Il y a six mois, donc, le 14 novembre dernier, Air PACA ouvrait un forum intitulé « Journée Méditerranéenne de l’air -les ports- » au City Center Vieux Port.
    Toute association, entre autre, pouvait s’y faire inviter.
    Pour ma part, j’ai suivi le train de mes voisins de Mourepiane membres de l’association de quartier nommée Cap au Nord, supposée contribuer activement à cette lutte citoyenne. Et j’ai écouté:

    Air PACA est un organisme public, qui a devoir d’étudier avec précision et avec les moyens ad hoc mis à sa disposition la qualité de l’air de sa vaste zone (100 km x 100), et ceci en continu (un équivalent mieux connu: Air PARIF par exemple, qui signale les pics de pollution permettant la prise de mesures immédiates de ralentissement de la circulation sur le périf’, comme on dit là bas).

    M’attendant, à tord, à un enfumage poli du genre « Continuez, braves gens, à circuler, il n’y a rien à voir », j’ai au contraire recueilli, non seulement les informations majeures (et d’une extrême gravité!) nécessaires à la juste appréhension du problème, mais aussi une quantité de libres contacts possibles à faire avec des personnes ou institutions expertes quelque part dans ce phénomène nouveau de pollution commun à de nombreuses villes-port.

    Ainsi par exemple, j’ai repéré l’intervention du Pr Denis CHARPIN, chef de service pneumologie et président de l’Association Prévention Pollution Atmosphérique (selon la plaquette remise à tous les participants à ce forum et contenant tous les noms et fonctions des personnalités intervenantes programmées).
    Ce docte expert de la santé indiquait donc qu’à Marseille, ce n’était pas les pics de pollution qui importaient, mais l’exposition permanente d’une large population à un air vicié, au surplus, des plus graves éléments chimiques issus des industries environnantes: gaz et particules divers très toxiques.

    Autre intervention, cette fois directement liée à l’article de Violette ARTAUD ci-dessus, le représentant d’ENEDIS chargé de l’étude de l’électrification des navires de croisière a clamé par deux fois: « Nous sommes prêts pour l’équipement des portiques (fourniture électrique) des bateaux de croisière à quai ».
    Ce qui veut dire que depuis 6 mois au moins, le dossier qui permettrait de réduire dans les meilleurs délais la pollution de la cité phocéenne par l’émanation des fumées des navires de croisière à quai est bouclé, aussi bien sur le plan technique que financier (son coût précis).

    J’essaie donc de dire:
    . que ce forum n’était pas un club de bisounours convenu, on pouvait repérer qui traînait les pieds et qui poussait à l’action,
    . que les conditions d’un débat contradictoire étaient à peu près rassemblées et surtout, à retenir, que pour la première fois à Marseille, parait-il, la société civile d’une part et les différents acteurs institués pour le développement de la Ville (élus, technocrates spécialisés, etc) d’autre part étaient appelés à se rencontrer (dixit un certain Alexandre GALLESE, conseiller MPM sur les questions Prévention des risques environnementaux et vice-président d’Air PACA).

    Que retenir de tout cela (suggestion):
    – Contrairement à l’exercice courant du pouvoir consistant à masquer le plus longtemps possible des effets toxiques graves sur telle population par des activités commerciales à haut profit, eh bien dans ce cas précis, la puissance publique a pris les devants en balançant, ce 14/11/2017 historique, l’essentiel de ce qu’il est permis et possible de savoir sur les graves risques de santé, présents et à venir, et concernant 2 millions d’habitants.
    – Le simple instinct de conservation (propre à tout le vivant), dans ce cas de figure, devrait faire agir les victimes, réelles ou potentielles.
    – Contrairement à ce groupuscule de quartier évoqué plus haut, Cap au Nord, qui m’a signifié fermement en réunion qu’ils ne le feraient pas, je suis persuadé qu’une action citoyenne organisée et bien instruite de la question pourrait efficacement accélérer la mise en oeuvre des différentes mesures connues, établies et chiffrées par les instances locales et nationales (le GPMM est un établissement public).
    – Ces instances agissent, mais lentement, à leur rythme propre du profit privilégié:
    Ainsi, vous aurez pu apprendre, dans les pages de Marsactu, que les ferries du port sont progressivement sous portique électrique à quai, que l’un d’eux, de Corsica Linea, a été condamné récemment (pour la première fois dans l’histoire du port!) pour émission illégale de fumées nocives, etc.

    Mais l’enfumage des citoyens, lui persiste, c’est le jeu.
    Exemples issus de l’article:
    . Mme CABAU-WOEHREL dit aujourd’hui, la bouche en cœur, que les portiques électriques pour les navires de croisière sont en cours d’étude… (j’ai fourni la preuve, si vous avez suivi, que cette étude était bouclée depuis 6 mois); mais attention, ajoute-t-elle, ça va être difficile: côtés technique et coût, c’est pas gagné! (Faux: sur des ports plus vertueux, il a été prouvé que la conso à l’escale en énergie propre était bien moins coûteuse que de brûler du fioul).
    . Le discours rapporté dans l’article prête à croire que COSTA prendrait l’initiative de la vertu, pour le bien commun… Ce n’est pas le rôle d’une entreprise!
    En revanche, il appartient aux pouvoirs publics de faire simplement respecter la loi à TOUS les croisiéristes, sans exception, selon le calendrier des contraintes internationales imposées. Celles-ci le sont, et contrôlées dans la plupart des grandes villes-port. Sauf dans celles, françaises, de la Méditerranée…
    Bref:
    – La balle est objectivement dans le camp de la société civile de la métropole depuis au moins 6 mois. Celles de Toulon et Nice semblent mieux se défendre…

    Ma connaissance du dossier est celle que des centaines de gens pourraient avoir.
    Agir, c’est résister.
    Il ne s’agit là que de résister à la lenteur de la mise en oeuvre des mesures connexes indispensables au développement fulgurant de l’activité touristique par les bateaux de croisière (et non d’en contester l’existence, une aubaine pour ce port en déserrance).

    Concrètement il suffirait, me semble-t-il, qu’un groupe de travail informel, mais instruit, s’emploie régulièrement à aller poser les bonnes questions aux différents acteurs institués du développement de la Ville, de la santé publique, etc.
    Et d’en rapporter publiquement les réponses.
    Marsactu contribue régulièrement à l’instruction de cette question, et son principe interactif en ligne est un atout de poids. Mais c’est un quotidien, ce qui contraint à une longue compilation pour qui souhaite connaitre ce sujet évolutif un peu correctement. Et il le faut, pour pouvoir s’engager utilement dans un contre-pouvoir citoyen, (le fondement d’une vraie démocratie).
    Je n’ai pas connaissance à ce jour de l’existence à Marseille d’un tel groupe qui serait seulement représentatif des intérêts vitaux de l’immense population concernée et n’agirait que pour le bien commun.

    Enfin, je ne sais que faire de plus, à mon humble niveau, que je n’ai déjà fait.
    Par exemple, si vous cliquez dans l’article de Violette Artaud sur le premier « lire l’article », vous pourrez lire mon commentaire du 15/11 dernier:
    Je rapportais ce qui me paraissait essentiel à retenir sur le forum Air PACA de la veille. Je n’ai guère fait d’autre aujourd’hui que de recommencer…
    Julien VINZENT m’invitait alors, et j’en suis honoré, à ouvrir un blog sur cette question. Je ne sais pas trop dire pourquoi je ne l’ai pas fait. J’avancerai juste que je n’arrive pas à comprendre l’inertie légendaire marseillaise quand il s’agit d’une telle mise en danger de la population. On se bat pour bien moins que ça.
    Comment se fait-il que n’émerge pas, parmi les deux millions d’individus concernés, une élite vertueuse (oui, je sais, ça fait un peu cul-cul) qui tente de limiter les dégats?
    Tiens, pour finir, je m’autorise à interpeller Samia GHALI, sénatrice-maire honoraire des 15 et 16ème arrondissements, parce qu’on m’a rapporté qu’elle cherchait à constituer un groupe de travail sur cette question (sauf erreur).
    Chiche?
    Bien à vous, votre obligé,
    J.M.

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