Avant d'être absorbée par la métropole, la communauté du pays d'Aix a couché sur son testament le centre aquatique de Venelles. 28 millions d'euros à la construction, près de 2 millions d'euros de frais de fonctionnement, 22 agents affectés : le lieu représente une forme de gabegie aux yeux des élus marseillais. Pour leurs homologues du pays d'Aix, il est en revanche le symbole d'une intercommunalité efficiente.

Il est grand, il est beau, il est tatoué, il est conseiller municipal de Marseille. Pour ceux qui l’auraient oublié, le nageur médaillé olympique Frédérick Bousquet est aussi un des élus qui siègent face à Jean-Claude Gaudin dans l’hémicycle de Bargemon : conseiller municipal délégué à la capitale du sport et conseiller métropolitain. Jeudi soir, il a sorti son mini slip de bain bleu-blanc-rouge pour participer à grands coups de battoirs à l’inauguration de la piscine de Venelles, petit bijou aquatique avec vue sur le Luberon et la Sainte-Victoire.

L’histoire peut paraître belle comme une réconciliation métropolitaine. Un élu marseillais se met à l’eau pour le centre aquatique du pays d’Aix. Elle fait sourire Georges Cristiani, maire de Mimet, opposant farouche à la métropole devenu un de ses vice-présidents chargé justement des équipements métropolitains. « C’est un beau symbole, c’est ça que vous devriez mettre dans votre journal ».

Pourtant l’élu le sait bien. Cette piscine dernier cri, son bassin de 33 mètres taillé pour les épreuves internationales de water-polo, sa piscine olympique extérieure chauffée, sa « rivière à courant » et « ses banquettes massantes » sont loin de faire l’unanimité dans la métropole, notamment à Marseille. Totalement payée sur fonds publics, elle est un symbole des travaux qui ont poussé un peu partout avant que les intercommunalités ne fusionnent dans la métropole le premier janvier 2016. « A la métropole, quand on parle de Venelles, on parle beaucoup de sa piscine », avoue le maire de la commune depuis 2015 Arnaud Mercier (Les Républicains).

28 millions d’euros la piscine

La communauté du pays d’Aix (CPA) était le seul territoire où les 36 communes membres avaient décidé de mutualiser les piscines. Après les 10 millions dépensés pour la piscine Virginie-Dedieu de Fuveau en 2013, 28 millions d’euros ont été investis pour ce bassin de natation qui vient compléter le parc des sports Maurice Daugé, sis en bordure de l’autoroute A51. A l’année, elle devrait coûter entre 1,4 et 1,8 million d’euros par an pour son seul fonctionnement, avec 22 agents métropolitains affectés à temps complet. De quoi faire baver les rares piscines municipales marseillaises qui fonctionnent avec trois ou quatre fois moins de moyens.

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Alors la piscine de Venelles fait partie de ces petites histoires que l’on glisse au journaliste curieux pour dénoncer les charges que la métropole va devoir assumer à l’insu de son plein gré. Forcément, l’exemple concerne toujours le territoire voisin alors que le sien s’est évidemment montré vertueux. « C’est comme l’Arena du pays d’Aix, ils se sont précipités parce qu’ils pensaient, ou feignaient de penser que la métropole allait les manger. Alors la logique ç’a été : dépensons tout l’argent qu’on peut », maugrée-t-on dans l’entourage de Jean-Claude Gaudin, le président de l’institution. Lors d’un déjeuner avec la presse en juin, Jean Montagnac, le maire de Carry-le Rouet et vice-président en charge du budget, avait lâché une petite pique entre deux coups de fourchette : « On n’a pas fait la métropole pour faire des piscines. » Le leitmotiv est aujourd’hui repris et complété par Roland Blum, le vice-président aux finances proche de Jean-Claude Gaudin :

« C’est un héritage du passé et je peux vous dire qu’il n’y en aura pas deux comme ça, en tout cas, tant que je suis là. On vient d’embaucher 22 personnes pour ce centre aquatique. Je trouve ça tout à fait démesuré. Ce n’est pas le job de la métropole ni de construire ni de gérer ce genre d’équipement. »

Dans le pays d’Aix, l’histoire racontée est bien différente. Pour eux, il n’était pas question de faire la planche en attendant la métropole. « Nous avons simplement suivi un plan de charge que nous avions dessiné en 2003-2004. Nous n’avons pas accéléré les choses particulièrement », justifie Michel Boulan, vice-président aux sports du pays d’Aix, devenu depuis conseil de territoire, dépendance de la métropole. Dans une ex-CPA où les clivages politiques n’ont jamais vraiment existé, le député-maire du Puy-Sainte-Réparade venu en voisin, Jean-David Ciot (PS) admet tout de même « la métropole a obligé à tout accélérer ». Mais tout cela a du sens, ainsi résumé par le maire de Venelles : « il s’agissait d’un choix politique, celui de développer l’apprentissage de la nage pour que tous les enfants du pays d’Aix sachent nager ». Cet argument est repris par tous les élus aixois avec en sous-texte : « suivez mon regard, tel n’est pas le cas partout dans la métropole ».

« La métropole allait nous ruiner »

Ce jeudi, toute l’ancienne communauté s’est réunie et c’est Maryse Joissains qui s’est présentée en cheffe de rang, fière du bon coup réalisé : « La métropole allait nous ruiner mais on a continué ! ». En vantant « un miracle de la continuité républicaine puisque trois maires se sont succédés pour impulser ce projet », la maire d’Aix-en-Provence a répondu à distance aux détracteurs du projet : « Si Jean-Claude veut faire l’égalité complète, je ne suis pas contre un gros tuyau qui nous amène la mer dans le pays d’Aix ! »

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Le projet paraît clairement démesuré pour la seule ville de Venelles. Mais pour l’heure, l’équipement semble rencontrer son public bien au-delà des frontières communales. Les tarifs sont attractifs et la Ville revendique la venue de 2200 personnes en moyenne depuis l’ouverture au mois de juin. Aux yeux des élus présents, la piscine serait donc le symbole d’une intercommunalité heureuse où chaque commune y trouve son compte, où l’on se répartit les équipements : à toi la salle de spectacles, à moi la piscine. Les poloïstes du PAN, le Pays d’Aix natation, viendront jouer leurs matches dans l’enceinte avec tribune. Les écoliers du secteur viendront y apprendre le crawl. « Mais nous avons conscience que nous découvrons là un vestige du passé », résume Michel Boulan. En clair, la piscine de Venelles est sans doute le dernier équipement aquatique de la métropole avant longtemps.

La barque surchargée de la métropole

L’avenir immédiat est celui d’une institution encore balbutiante qui doit faire face à des enjeux colossaux, notamment en terme de transports et de développement économique. Loin des piscines donc. La loi prévoit d’ailleurs que les équipements sportifs soient une compétence optionnelle de la métropole. Avant de regarder la championne de natation synchronisée Virginie Dedieu exécuter un de ses numéros, Arnaud Mercier a interpellé le représentant dépêché par Jean-Claude Gaudin, Eric Le Dissès. « C’est la métropole qui gère ce centre, et on l’espère pour longtemps », soutient-il face à une large assemblée. À lui seul, le seul budget piscine correspondrait à près de 20 % du budget de fonctionnement communal. Venelles ne peut donc rien faire sans une aide extérieure. Le conseiller métropolitain chargé des équipements sportifs lui répond qu’il l’aidera dans ce sens. « Avec mes cheveux blancs, j’ai passé l’âge de croire au Père Noël, abonde Roland Blum. C’est un héritage et, encombrant ou pas, la métropole va devoir le gérer. »

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La plaque commémorant l’inauguration mentionne la présence du président Jean-Claude Gaudin même s’il n’était pas là.

Avant de passer la main, les précédentes institutions ont chargé la barque de la future institution en lançant des projets, tout en négligeant quelque peu leur financement futur. Il y a des doublons mais personne n’est alors prêt à lâcher. Marseille et Aix tiennent tous deux à leur Arena, celle d’Aix est d’ailleurs déjà en chantier aux Milles. A l’arrivée, Roland Blum a fait le calcul : « Les territoires ont pris le catalogue et ils ont tout coché. Pour cette année, si l’on cumule toutes les demandes des territoires qui sont des coups partis ou presque partis, on atteint 680 millions d’euros. Or, la métropole ne peut investir que 480 millions d’euros. » Le maire de Carry-le-Rouet, Jean Montagnac qui gère le budget de la métropole mène donc les discussions pied à pied pour convaincre les uns et les autres de différer leurs projets : « Je l’ai dit au maire de Venelles : les maires me disent tous qu’eux aussi, ils ont des dépenses et que ça coûte en fonctionnement. Je trouve un peu cavalier d’avoir chargé la mule des dépenses. C’est un mariage où la mariée est déjà enceinte avant la cérémonie – et pas du mari ! »

En réponse, Georges Cristiani dénonce « la dette d’un milliard et demi d’euros transmise par la communauté urbaine de Marseille » et « les réalisations pharaoniques comme la piétonnisation du Vieux-port et son ombrière ou le tramway rue de Rome ». A qui que revienne la faute, la conclusion est là : « Je ne vois pas ce que la métropole va pouvoir décider de nouveau avant 2020 car on ne pourra pas absorber l’ensemble des projets qui ont été lancés, explique Roland Blum. Mais on ne peut pas rater le lancement de la métropole en ne faisant que de l’accessoire ! » A défaut de se mettre d’accord, chacun se tourne désormais vers l’Etat, promoteur de la nouvelle institution. Du montant de son aide dépendra quasi exclusivement l’avancée de la métropole. Réponses attendues d’ici la fin de l’année. Cette fois, les plongeons de Frédérick Bousquet ne suffiront pas à sauver la mise.


Eaux pluviales : quand Marseille a aussi ses petits secrets

Les gros sous ont leur saint des saints. Une organisation où tout se mesure à l’euro près quand il s’agit de décider qu’un domaine géré auparavant par la commune doit être géré par la métropole ou inversement. A chaque fois, la collectivité qui cède une compétence doit compenser ; c’est-à-dire verser une somme d’argent équivalente au travail supplémentaire que cela va représenter pour la collectivité qui la reçoit. La Clect, pour commission locale d’évaluation des charges transférées, est là pour ça. C’est un des prochains chantiers de la métropole et nul doute que les élus présents veilleront à ce que leurs voisins ne se paient pas sur la bête métropolitaine.

C’est sans doute ce que Marseille a anticipé. Peu de temps avant la naissance de la nouvelle institution, la Ville a transféré à la communauté urbaine la gestion des eaux pluviales, une mesure imposée par la plus haute juridiction administrative du pays, le Conseil d’État. Le hic ? La somme versée en compensation a été largement sous-évaluée. Comme l’a remarqué la chambre régionale des comptes, en 2014 et en 2015, la Ville de Marseille a versé 7,2 millions d’euros quand l’ensemble de la compétence pluviale s’élevait à 21 millions d’euros. « Les montants retenus par la ville de Marseille s’appuient sur des évaluations datant de 2001, qui ne sont plus d’actualité », se sont émus les magistrats financiers.

Il faut dire que cette décision était intervenue après une simple convention signée par la Ville et la communauté urbaine. Pas de Clect donc. Celle-ci ne se réunira qu’en 2015 et le montant bondira pour atteindre un nouveau montant de 10,8 millions d’euros, soit une augmentation significative de 50%. L’accord a finalement été validé le 16 décembre 2015, quinze jours avant l’entrée en vigueur de la métropole, en accord avec la communauté urbaine mourante. Mais on est encore  loin du montant global et la Ville de Marseille réalise toujours une belle économie. La situation sera-t-elle révisée ? Si ce devait être le cas, les discussions s’annoncent tendues entre le vice-président aux finances de la métropole Roland Blum et son homologue à la Ville, Blum Roland.

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