« Site archéologique exceptionnel » menacé de disparition, l’oppidum de Verduron sera enfoui

Reportage
Violette Artaud
11 octobre 2017 7

Ce lundi, la mairie doit voter une délibération actant les travaux de conservation de l'oppidum de Verduron dont l'état est "en péril" selon une étude. La même délibération a été votée en 2009 sans que rien ne soit enclenché. Cette fois-ci, la Ville oublie la mise en valeur et opte pour l'enfouissement.

« L’oppi quoi ? ». Dans les petites rues escarpées de Verduron (15e), peu de propriétaires des villas dotés de « la plus belle vue de Marseille » connaissent l’oppidum qui se situe dans leur quartier. Il s’agit pourtant d’un site archéologique de première importance. « Le seul endroit [en France] où vous pouvez voir un village indigène », disait Dominique Garcia, le président de l’Inrap, l’institut national d’archéologie préventive dans une interview accordée à Marsactu.

« Un site exceptionnel » selon les spécialistes de l’archéologie, où, 200 ans avant Jésus Christ, des Gaulois, ou plus précisément des Celto-Ligures, ont établi 37 petites maisons de quelques 14 m² chacune qui s’étalent au total sur 1000 m². Si pour le président de l’Inrap, l’oppidum participe au fait que « Marseille valorise son patrimoine », pour y accéder, il faut de la persévérance tandis que les petites maisons elles, n’ont plus beaucoup de pierre. S’il n’est pas rapidement préservé le village tout entier risque de disparaître comme le souligne un rapport récemment remis à la Ville. « Une étude présentée le 7 juillet 2017 par l’architecte du Patrimoine signale une évolution récente et alerte sur l’état préoccupant des désordres qui pourraient, sans action rapide, conduire à la disparition irréversible du site », peut-on y lire. Pour éviter cette dégradation, la Ville vient d’annoncer une décision radicale : enfouir la totalité du site !

Les services de l’archéologie se refusent à qualifier de « site exceptionnel » la carrière de la Corderie, objet d’ardents débats, ce qui impliquerait une conservation obligatoire du site dans son intégralité. Mais quelques kilomètres plus au Nord, un site exceptionnel officiellement reconnu comme tel se désagrège lentement depuis des années et se prépare maintenant à retourner dans l’ombre.

« Disparition irréversible du site »

« Ah oui l’oppidum ! C’est difficile à expliquer, prenez le boulevard Bellevue et après vous verrez des panneaux. Mais faites attention, ça monte sec ! ». Après un slalom minutieux dans d’étroites ruelles au dénivelé vertigineux, le bitume s’arrête net. Il faut alors emprunter à pied un chemin de terre bordé de figuiers de barbarie et autres plantes à épines typiques de climat aride. Pour un mois d’octobre, le soleil est effectivement puissant sur ces hauteurs des quartiers Nord de la ville. Au bout du chemin, la vue est à couper le souffle, l’horizon se déploie de Niolon à Marseilleveyre. L’endroit parfait pour construire une forteresse. Quelques mètres plus loin, un grossier panneau explicatif en piteux état vient rappeler que d’autres ont eu la même idée… bien avant.

À côté de ce panneau figure une pancarte, en bien meilleur état celle-ci. À sa lecture, on apprend que la Ville de Marseille prévoit d’engager des travaux de conservation du site, sans vraiment en préciser la nature. Lundi prochain, le 16 octobre, le conseil municipal devrait en effet approuver une délibération actant ce chantier et mettre fin au péril imminent. Mais la solution prévue par la Ville va définitivement finir de plonger dans l’indifférence ces vestiges : ce jeudi André Malrait, l’adjoint au maire en charge du patrimoine, a annoncé que la municipalité allait très probablement recouvrir la totalité du site.  En 2009 déjà, la mairie votait une délibération pour la mise en valeur de l’oppidum de Verduron. À l’époque, l’ambition était de restaurer le site pour « préserver et valoriser ces traces fragiles du passé ». La valorisation a donc été abandonnée en cours de route. Montant des travaux en 2009 : 120 000 euros. En 2017 : 285 000 euros, plus du double. 80 % de cette somme doit être financée par le Conseil départemental.

Première alerte, huit ans plus tôt

« En 2009, la mairie a bien voté des subventions qui devaient servir à retaper le site, mais on n’en a pas vu la couleur », se souvient Alain Ninot, membre du CIQ de Verduron. Voilà des années qu’Alain Ninot s’occupe de ce site, tentant tant bien que mal de le mettre en valeur. « C‘est moi qui ai installé le panneau d’informations. L’année dernière, une association est venu avec des jeunes pour nettoyer le site à la main », raconte-t-il. De son côté, la Ville n’a souhaité répondre aux questions de Marsactu concernant les raisons de cet abandon en 2009. « Nous communiquerons plus tard », nous expliquait-on dans un premier temps avant d’annoncer lors d’une conférence de presse la volonté de recouvrement, une méthode couramment utilisée pour protéger les sites archéologiques mais qui met clairement de côté la valeur patrimoniale du lieu.

Loup Bernard lui, se souvient avoir fourni un cahier des charges en 2009 à la mairie pour la réalisation de ces travaux. Ce chercheur du CNRS étudie le site depuis 1999. C’est lui qui, en 2004, fait classer la parcelle contenant les vestiges de l’oppidum. « Nous avions préparé tout le dossier. Il y avait même une ligne budgétaire. Je ne sais pas pourquoi cela ne s’est pas fait en 2009 », s’étonne-t-il encore. Loup Bernard et son équipe avaient pourtant tout prévu : des matériaux aérés pour « laisser respirer l’endroit, surtout pas de béton. » Lui aussi avait envisagé la méthode de recouvrement mais uniquement « la partie érodée », précise l’archéologue. « Nous nous sommes aussi posés la question de la guitoune du gardien et des accès handicapé. Moi j’étais surtout opposé aux rambardes en inox », se remémore-t-il, encore très attaché au lieu. Des propositions qui, en théorie, ne verront donc pas le jour.

Caractère exceptionnel

Aujourd’hui, il ne reste que des ruines de ces habitations du IIIe siècle avant J.-C. Mais sous le regard des spécialistes et avec quelques explications, l’importance du lieu prend tout son sens. Une note datant de 2008 du centre Camille Julian, laboratoire d’archéologie méditerranéenne et africaine de l’université d’Aix-Marseille, du CNRS et du ministère de la Culture évoque « sa destruction violente par des soldats grecs et/ou romains disposant de catapultes. » Un événement qui explique son caractère exceptionnel car grâce à cette courte durée de vie, aucune couche liée à une phase grecque ou romaine n’est venue recouvrir ces traces de vie des Celto-Ligures, peuple autochtone. « L’histoire se passe il y a plus de 2200 ans. Des Gaulois s’installent ici pour y construire une forteresse et grignoter Marseille. Mais dix ans plus tard, les Grecs détruisent leurs habitations », vulgarise Loup Bernard.

Si l’oppidum de Verduron est exceptionnel pour les spécialistes, sa mise en valeur aurait aussi sûrement permis d’attirer le regard des Marseillais sur ce site aujourd’hui à l’abandon. Face à la mer, avec la cité de la Castellane en premier plan et plus globalement Marseille à leurs pieds, ces vestiges ont, comme ne semble l’ignorer la mairie, un potentiel indéniable. « J’ai travaillé avec une professeure d’un collège de la Castellane. Elle n’arrivait pas à expliquer les Gaulois avec Astérix et Obélix. Alors ils sont venus ici et je peux vous dire que c’est une formidable forme d’apprentissage pour expliquer Marseille, ville d’immigrés… » conclut Loup Bernard.

Mis à jour le 13/10 : Après annonce de la Ville de Marseille ce jeudi lors d’une conférence de presse d’enfouir l’oppidum de Verduron pour éviter sa dégradation. Les mises à jour ont été intégrées dans le corps de l’article.

7
commentaires

  1. Antoine de Meria Antoine de Meria

    Ce site important est à l’abandon depuis des années malgré les votes et les annonces de la municipalité . Mais que valent la parole et les engagements de cette dernière, rien.
    La politique patrimoniale de la cité phocéenne est inexistante, ou plutôt non elle consiste a augmenter le patrimoine de VINCI et consort. D’ailleurs à ce titre , au sommet de VERDURON la vue est magnifique, d’ici à ce qu’un programme immobilier se mette en marche ?

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  2. Jean Peuplus Jean Peuplus

    Il faudrait peut être adresser une copie de cet article à Mme La ministre de la Culture Françoise Nyssen, de façon à illustrer les craintes des défenseurs de la carrière antique de la Corderie concernant la protection des 635 m² royalement concédés aux marseillais.

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  3. Electeur du 8e Electeur du 8e

    On reconnaît là la technique marseillaise de gestion du patrimoine historique :
    1. On laisse pourrir,
    2. On constate (en le déplorant) qu’il n’y a plus rien à sauver,
    3. On construit une résidence de standing dans un écrin de verdure.

    Et puis, le 15ème arrondissement, c’est loin. L’ex-prof d’Histoire Gaudin a-t-il jamais mis les pieds sur cet oppidum ?

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  4. veronique iorio veronique iorio

    Un article de Marsactu nous a bien rappelé toutes les richesses du patrimoine laissé au oubliettes depuis des années par tous les élus qui se sont succèdes.

    Peut-être qu’il est temps aux associations et aux défenseurs du patrimoine Marseillais, de s’UNIR pour faire bloc devant le CD13 et la Mairie!

    Vous savez tous que chacun de son coté ne mènera à rien !! Alors que vous défendez une seule et même cause!! Il ne tient qu’à vous de ne faire plus qu’UN…

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  5. Antoine de Meria Antoine de Meria

    C’est pas faux !

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  6. Germanicus33 Germanicus33

    Marseille possède quelques sites exceptionnels à protéger. L’ennui c’est que la ville n’a pas la culture de l’archéologie. Notre maire voudrait bien occulter la valeur du patrimoine historique marseillais soyons vigilants…

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  7. Antoine de Meria Antoine de Meria

    Le niveau culturel de nos édiles locaux est voisin du zéro absolu.
    Nous avons droit à une assemblée d’ânes bâtés. De culture ils n’en n’ont point et celle de l’archéologie est à oublier chez eux.
    Le seul qui vraiment était au dessus du lot était Roger LUCCIONI avec son Festival des Cinq continents.
    Mais malheureusement son œuvre et son esprit commencent à être dévoyés . Nous allons finir avec la Compagnie Créole au train où cela va.
    Pour en revenir à VERDURON qu’ils enfouissent et en espérant qu’aux prochaines élections ils subissent le même sort. Mais vu la typologie marseillaise j’en doute fortement à la vue des élections de ces vingt dernières années.
    Les marseillais (du moins la majorité dont je ne fais pas partie) se complaisent dans ce « pati ». Cela magouille, cela grenouille. Un vrai bonheur.

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