On a testé le tourisme assisté par smartphone

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Julien Vinzent
4 décembre 2013 5

Des expos et des plages. Ce qui pourrait être un slogan de Marseille Provence capitale européenne de la culture est aussi la recette gagnante de Dozrok. Ce collectif de professionnels du web et de l'audiovisuel a cumulé le "coup de coeur du jury" et le prix "coproduction citoyenne" du concours Open Paca pour ses applications Musambule et Vamos a la playa. Lancés par la région en parallèle de sa plate-forme d'ouverture de données publiques, ces prix ont récompensé fin novembre les meilleures exemples de réutilisation des informations mises en ligne. Vamos a la playa a même été primée ce mercedi au concours Dataconnexions d'Etalab, la mission du gouvernement sur les données ouvertes.

Vu la température actuelle de l'eau, nous avons préféré tester l'application qui nous emmènerait au musée plutôt que celle qui nous promettait des criques, aussi pittoresques soient-elles. Lieu de départ : la préfecture. Après quelques pressions du doigt sur notre smartphone, Musambule nous propose le musée Cantini, le plus proche de notre position parmi les 165 référencés. En second choix, le musée d'histoire.

Marseille n'est pas à jour

Va pour la rue Grignan. Avant de se mettre en route, un rapide coup d'oeil nous confirme qu'il est ouvert. Au besoin, un numéro de téléphone est indiqué. En chemin, rue Saint-Ferréol, ceux qui peuvent – et veulent – marcher le nez sur leur écran peuvent en apprendre plus sur la collection et le bâtiment "un très bel hôtel particulier édifié en 1694". Arrivé sur place, en plus des mosaïques au sol, on découvre une autre information non affichée dans l'application : il y a en ce moment une expo sur César, le sculpteur natif de Marseille. À l'accueil une autre surprise, mauvaise celle-ci : le billet plein tarif n'est pas à 3 mais 5 euros.

"Avant l'application, nous avions un portail où les musées avaient un accès pour entrer leurs informations. Nous les avons contactés pour leur dire qu'une application allait sortir et qu'il fallait être vigilant à ce qu'elles soient à jour", commente Lucile Oberson, coordinatrice du réseau des conversateurs de Paca et Languedoc-Roussillon, à l'origine de Musambule. Mais avec la capitale européenne de la culture, certains avaient surtout pour priorité de rouvrir ou de mettre en valeur leur collection et ont donc laissé les infos telles qu'elles étaient. Tout cela prend du temps, il faut mobiliser les personnes."

Du côté de Dozrok, chargé de la partie technique, on confirme être "partis de données sans réflexion open data". Marc Alcaraz, fondateur du collectif qui a suivi ce projet, a retrouvé le même souci de fiabilité avec les données disponibles sur les plages, utilisées pour Vamos a la playa. "Certaines étaient localisées au coeur du massif central", s'amuse-t-il. Souvent, il s'agit aussi de problèmes de formats, de codes non standards…

"Faire remonter l'info"

De ce point de vue, l'open data peut aussi constituer une aide pour les institutions publiques. Vamos a la playa déploie ainsi "des outils participatifs. Si un utilisateur signale qu'il y a des méduses sur une plage, peut-être peut-il aussi indiquer si c'est du sable ou des rochers, s'il y a des toilettes, un accès handicapé". Recoupé, cela permet d'améliorer la qualité et la quantité de données disponibles, y compris pour leurs producteurs initiaux.

Ainsi, dans le cas de Musambule, une mise à jour s'impose pour les musées de Marseille. Les tarifs du musée d'histoire sont tout aussi anormalement bas que ceux de Cantini, même si les navires grecs présents depuis l'ouverture sont mentionnés dans la fiche. De manière plus anecdotique, l'appli pourrait renvoyer vers la page de chaque musée sur le portail culture, au lieu de se contenter de la page d'accueil du site de la mairie. "Il est possible de mettre un commentaire sur les réseaux sociaux via Musambule, Dozrok fera remonter l'info, nous répond Lucile Oberson. D'autres éléments peuvent aussi être signalés par l'usager, c'est comme ça qu'on améliore les applications."

Mutualisation et nouveaux usages

Pour l'association des conservateurs de musée, cette initiative permet surtout de "mutualiser les moyens et donner la possibilité aux petits musées d'être valorisés. Certains n'ont pas forcément la possibilité d'avoir un site internet, Musambule leur offre un endroit pour être référencés". Passée la porte du musée en revanche, vous pouvez ranger votre téléphone. "C'est un outil de préparation de visite, dans une logique de saut de puce, ça ne remplace pas un audioguide. Si vous êtes dans le centre-ville d'Aix et que vous avez visité la grande expo de Granet et que vous avez envie de poursuivre, on vous dit quel est le musée le plus proche. Et on vous dit si celui qui est à 1 km est ouvert aujourd'hui, s'il y a un accès parking."

Pour Marc Alcaraz, qui travaille beaucoup dans le secteur culturel, "les usages numériques, c'est le pas que doivent faire tous les musées, qui ont un vrai problème de dynamique". L'audioguide par Nintendo DS développé au musée du Louvre est le dernier avatar. Musambule avait bien réfléchi à cette logique, avec par exemple la possibilité de lier quelques tableaux emblématiques à leur fiche Wikipedia. Mais peu de musées proposent cette fonctionnalité. "Par la suite on imagine pouvoir intégrer d'autres contenus, notamment vidéos", précise Lucile Obserson, mais les budgets ont manqué pour aller plus loin dans cette veine.

Si les 15 000 euros du prix Open Paca "ne suffiront pas pour développer l'application telle qu'on la rêve, ça nous permettra plus facilement d'obtenir des aides et c'est un plus en terme de visibilité". Et donc un argument supplémentaire pour convaincre les musées de veiller à la qualité de leurs informations. Du côté de Dozrok, qui a développé Vamos a la playa en autonome, "un prix ça sert surtout à lancer l'amorçage. Une application coûte moins cher qu'un film ou un jeu et le processus est plus court, mais il y a la nécessité d'y croire pendant 2 ans avant que se lance la dynamique de marketing et de financement". Pour Marc Alcaraz, l'open data "constitue un changement stratégique complet" par rapport à "des missions alimentaires pour Total ou la Société générale", mais nécessite de "trouver son modèle économique".

Marier marketing et données publiques

"On ne vend plus les données ou l'application mais le service", résume-t-il. L'accompagnement d'acteurs comme l'association des conservateurs constitue un modèle. Vamos a la playa en est un autre, plus proche des acteurs traditionnels du web comme Facebook ou Foursquare. Le service proposé est alors l'accès pour les professionnels du tourisme à "une analyse sur les usages" d'une communauté, celle que fédèrera l'application. Ainsi qu'une visibilité via les aspects ludiques de l'appli, de type jeu-concours.

Sans forcément totalement s'éloigner des visées d'origine de l'open data estime-t-il : "On n'a pas quelque chose de simplement sérieux – récolter des informations – ou marketing. D'ailleurs on sait que souvent les utilisateurs aiment bien participer s'il y a quelque chose à gagner. On a récolté énormément de photos de plage grâce à un jeu qui proposait des soins solaires." Dans cet exercice d'équilibriste, Musambule se borne à référencer les restaurants labellisés Tables 2013. Du musée des docks romains, tout proche, on a ainsi douze propositions pour se restaurer. En revanche, l'application oublie de mentionner que ce dernier billet est couplé avec celui du musée d'histoire que nous venons de quitter.

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commentaires

Commentaires

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  1. Mathieu

    Beaucoup de choses à dire sur l’Open data dans la région. Et malheureusement, il y a beaucoup plus de points négatifs que de points positifs.
    Heureusement qu’il y a des boites comme Dozrok pour faire avancer la réflexion et essayer d’améliorer les choses !

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  2. Manipulite

    @Julien Vinzent : Savez-vous si Marsactu lit les messages qu’on lui envoie à partir de l’onglet « Contact » du bas de page ?

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  3. JL41

    Open Data, le mieux réussi, c’est une tribune pour de nombreux officiels pour dire voyez comment l’administration (jusqu’aux collectivité) fait bien. Relayée par des manifestations locales, où viennent briller de nombreux intervenants locaux inusables.

    Prenons le nombre de géraniums aux fenêtres. La donnée aura été collectée pour la région Alsace et le département de la Moselle. Vous ne pourrez jamais dire comment se situent les Bouches-du-Rhône par rapport à l’ensemble français. J’exagère, évidemment.

    Chaque indicateur vient avec ses trous qui en compromet l’utilisation, à mesure que le nombre de données rassemblées augments, mais le monstre est célébré comme un veau d’or.

    L’Unedic diffusait avec quelques mois de retard, dans un système ultra pratique, ultra rapide en téléchargement (public et gratuit), des comptages sur l’évolution de l’emploi privé, de la France entière à la commune ou à l’arrondissement de PLM, du total jusqu’au plus petit détail de la nomenclature des activités. Une mine pour la réflexion et la réactivité. C’est terminé depuis la fusion avec l’ANPE et on ne trouve pas ce produit pourtant fini chez Open Data.

    Pôle emploi nous en offre des morceaux, avec deux ans de retard, dans le plus parfait bordel, pour se faire briller ou montrer qu’ils ont un service informatique.

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  4. Anonyme

    A propos du musée des docks romains, l’entrée est gratuite sans avoir besoin de visiter le musée d’Histoire.

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  5. Anonyme

    Je trouve que c’est bien d’avoir ce genre d’application qui peut nous faire gagner du temps voir économiser de l’argent. C’est ce que j’ai fais après avoir utiliser mon téléphone acheté depuis le site http://www.montelephone.fr . J’ai téléchargé quelques appli et celle ci pour pouvoir être informé.

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