Municipales 2026 : Renaud Muselier s’avance au risque de fracturer la droite

Actualité
le 12 Déc 2024
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Ce mercredi, Renaud Muselier, le président Renaissance de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, a créé la surprise en déclarant sa candidature dans les 6e et 8e arrondissements marseillais aux municipales de 2026. À droite, l'annonce est lue comme une démarche fédératrice par les uns, et une volonté d'imposer son leadership à Martine Vassal par les autres.

Martine Vassal et Renaud Muselier, le 8 septembre 2024,  à la halle Léo-Ferré de Gardanne. (Photo : C.By.)
Martine Vassal et Renaud Muselier, le 8 septembre 2024, à la halle Léo-Ferré de Gardanne. (Photo : C.By.)

Martine Vassal et Renaud Muselier, le 8 septembre 2024, à la halle Léo-Ferré de Gardanne. (Photo : C.By.)

Pour une surprise, c’est une surprise. Dans une lettre de deux pages, transmise le mercredi 11 décembre “aux élus de la droite et du centre et à tous ceux qui partagent nos valeurs”, Renaud Muselier affirme son leadership sur la droite locale et affiche ses ambitions en caractères gras pour 2026 : “Pour contribuer à la victoire, et si cela peut aider, je serai tête de liste dans les 6e et 8e arrondissements, le quatrième secteur.”

Révélée par La Provence, la communication du président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, ex-membre des Républicains et désormais patron régional de Renaissance, sonne comme un vibrionnant réveil au clairon. Le courrier appelle à serrer les rangs autour de lui et à se mettre en ordre de bataille, sous sa bannière. Principale cible ? La mairie de Marseille. Une ville où “rien ne va, et pas grand-chose ne fonctionne”, dit-il.

Dream team

Mais s’il fustige, en rival potentiel, l’action du maire divers gauche Benoît Payan, c’est surtout auprès de son camp que Renaud Muselier communique. Et qu’on se le tienne pour dit : il se positionne en moteur incontournable de la campagne à venir, sinon en acteur principal. Muselier candidat à la mairie centrale ? Comme depuis plusieurs années, à chaque fois qu’on lui pose la question, il répond par la négative : “Je répète que je ne suis pas candidat à la mairie de Marseille, étant président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur jusqu’en 2028.”

Soit. Mais pas question de ne pas être au centre du jeu. Raison pour laquelle ses troupes sont, dit-il, en train de mettre sur pied une “dream team” qui se mettra au service du futur candidat ou de la future candidate : “Je participerai depuis la région au soutien de tous les sortants qui le souhaitent et ont montré leur compétence.” Il ajoute, toujours à la première personne : “Je vais participer à la construction du programme, organiser cette équipe et transmettre notre expérience politique à tous ceux qui ont envie de s’engager.” La semaine passée, Renaud Muselier a lancé une série de discussions auprès des cadres de la droite sur les têtes de listes pour 2026. Dont un “apéro”, lundi 2 décembre, sur le thème des têtes de listes marseillaises et que Martine Vassal et les siens ont décliné.

Rumeurs d’un rapprochement Vassal-Payan

“L’engagement de Renaud Muselier, c’est extrêmement positif, se satisfait Sylvain Souvestre, le maire Les Républicains des 11e et 12e arrondissements de Marseille, car cela permet de couper court à certaines rumeurs.” Le maire de secteur reprend quasiment mot pour mot une phrase écrite par Renaud Muselier dans sa lettre. Des rumeurs ? Celles d’un possible rapprochement avec Benoît Payan, préconisé par les forces de Martine Vassal, en vue des municipales de 2026. Ce scénario, qui bruisse dans les couloirs des états-majors politiques depuis plusieurs semaines, n’a jamais été officiellement proposé, “mais il hérisse pas mal chez nous”, convient un cadre de la droite locale. Tout comme l’accalmie affichée entre Benoît Payan et Martine Vassal, notamment au dernier conseil métropolitain, agace certains.

“Il y a eu dernièrement cette petite musique de l’élaboration d’une vision transversale qui irait de la sociale-démocratie aux Républicains du fait de la poussée des extrêmes que sont LFI et le RN”, analyse Lionel Royer-Perreaut, ancien maire des 9/10 et député Renaissance battu lors des dernières législatives. Lui aussi salue la démarche du président de la région, qui a pris le temps de l’en informer en amont. “Il est bien d’envoyer ce message de non-résignation et de volontarisme”, insiste encore LRP. Quant à Bruno Gilles, ancien sénateur LR, passé chez Horizons et désormais président du groupe de Martine Vassal à la métropole, il veut y voir “du positif” : le rappel de “la nécessité de l’union préalable à toute victoire.

Communiqué aigre-doux

Il s’agit de fédérer, de montrer que le camp existe, qu’il ne faut pas se décourager, se laisser abattre“, embraye un proche de Renaud Muselier. Même son de cloche du côté de Ludovic Perney — responsable des Républicains dans les 6e et 8e arrondissements — qui voit dans cette lettre “une démarche politique rassembleuse”.  Pas sûr que l’enthousiasme soit exactement le même dans les rangs de la présidente divers droite de la métropole et du département. Dans sa lettre de deux pages, Renaud Muselier ne cite jamais Martine Vassal. Et s’il a pris le soin de prévenir mardi soir quelques élus de sa communication, il n’a pas tenu Martine Vassal informée de son contenu. Sollicitée par Marsactu, cette dernière n’a pas donné suite.

Elle s’est bornée à une réaction par communiqué :Je suis fière que Renaud Muselier vienne s’ajouter aux hommes et aux femmes compétents qui m’entourent”, se félicite la présidente, dans un court texte au ton aigre-doux. Vous le savez, Renaud Muselier avait toujours dit qu’il ne serait jamais présent à Marseille, ni avant, ni pendant les élections municipales à venir. J’ai réussi à le convaincre de me rejoindre dans cette grande aventure des idées et du programme à construire pour tous les Marseillais”, écrit-elle dans une pirouette pour se positionner comme celle qui est à la manœuvre et non celle qui subit. 

“Gros sur la patate”

Il n’empêche, “certains chez Vassal en ont gros sur la patate”, témoigne un rouage de la droite locale. Il n’a échappé à personne que Renaud Muselier a posé son pion sur le 6/8 et non sur un autre secteur marseillais. “C’est un enfant de Marseille, un enfant de ce secteur, c’est donc tout à fait normal, dit Ludovic Perney. Et je serai de tout cœur à ses côtés dans cette bataille.” Lionel Royer Perreaut — qui rêve de reprendre sa mairie du 9/10 abandonnée pour cause de cumul des mandats — ajoute : “Il a plus de valeur ajoutée là que dans le 4/5 ou dans le 9/10, par exemple.”

Vassal, c’est un colosse aux pieds d’argile. Elle a la force institutionnelle, mais la faiblesse politique.

Un élu de droite

Cœur de la gaudinie, chasse gardée de Jean-Claude Gaudin pendant des décennies, le 6/8, ou quatrième secteur, est aussi celui de Martine Vassal. Celui dans lequel elle a été battue en 2020, celui dans lequel tout le monde l’attendait en 2026. “Elle peut tout à fait être deuxième derrière Renaud”, analyse un élu de droite. Du côté de chez Renaud Muselier, on souffle qu’il y a “une entente claire” entre les deux présidents sur ce point. Mais une deuxième place — et donc une victoire possible sur le nom d’une autre tête de liste — serait-elle suffisante pour asseoir la légitimité métropolitaine de celle qui désire ardemment conserver son fauteuil de présidente en 2026 ? Un élu proche de Martine Vassal imagine la possibilité “d’inverser le binôme pour devenir un ticket Martine Vassal – Renaud Muselier.” Rien n’est moins sûr. Pas même le fait que, s’il l’emporte, Renaud Muselier adouberait Martine Vassal pour rempiler à la métropole. Tous les acteurs politiques locaux ont en tête son accession avortée à la tête de la communauté urbaine en 2008…

Le RN renouvelle son appel du pied

“Vassal, c’est un colosse aux pieds d’argile. Elle a la force institutionnelle, mais la faiblesse politique. Car elle est sans étiquette. Or, ce sont les partis qui vont décider des investitures pour les municipales. La stratégie de Renaud, là, c’est de reprendre la main fermement, de figer autant que possible le contexte politique local et d’empêcher d’autres stratégies d’émerger. Il veut empêcher Martine Vassal d’être maître des horloges”, souligne un élu. Mais imposer son leadership sans concorde n’est pas sans conséquence. Renaud Muselier risque de torpiller son propre camp et de fracturer une droite locale déjà bien hétérogène, malgré la mise en scène de son union en septembre dernier. “Renaud a vu que son idée de lancer [Romain] Simmarano (son directeur de cabinet, ndlr), ça ne prenait pas. Et il s’est énervé que le dernier sondage ne le teste pas sur Marseille. Il ne se sentait plus dans le jeu, alors il a balancé ce truc. C’est la méthode à la Renaud, à la Belmondo : attention, c’est moi, j’arrive !”, décrypte un élu de premier plan.

Du côté de la mairie, on ironise sur cette droite “aux airs de radeau de la méduse”. La faille n’a pas échappé non plus à Franck Allisio, député Rassemblement national et patron de la fédération départementale du RN. Il jubile de voir que “Renaud Muselier vient d’exécuter Martine Vassal en direct et de fracasser son propre camp”. Cette droite en pleine tourmente n’est pas pour lui déplaire. Au contraire. “Pour éviter un deuxième mandat de Payan avec cette fois Delogu comme premier adjoint, je dis à Renaud Muselier : rejoignons-nous, discutons. Nous sommes les seuls qui puissions contribuer à l’alternance à Marseille“, indique-t-il en réitérant sa main tendue et en appelant à une union autour des valeurs de ce qu’il appelle la droite populaire. “On ne demande même pas d’adhérer…”, rappelle-t-il aux transfuges potentiels.

À un an et demi des échéances municipales, le paysage politique promet de se montrer encore mouvant et les frontières entre ses composantes, d’être tantôt poreuses, tantôt infranchissables. Mais une chose est sûre, comme le signale un gradé de la droite marseillaise, pour éviter que celle-ci n’explose, “il va falloir mettre de l’huile.” Des bidons entiers, conclut un autre.

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Commentaires

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  1. MarsKaa MarsKaa

    “Je suis fière que Renaud Muselier vienne s’ajouter aux hommes et aux femmes compétents qui m’entourent”
    Alors ça c’est très fort ! De la puntchline bien ciselée ! Bravo l’équipe de communication du clan Vassal.

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    • Electeur du 8e © Electeur du 8e ©

      “Quand les événements nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs.”

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  2. MarsKaa MarsKaa

    Sur le fond, cela fait guerre de seigneurs locaux pour un fief… ils ne lâcheront jamais le pouvoir. Ils veulent continuer à régner sans partage, reprendre leurs petites affaires entre amis.
    Les Marseillais, tous les habitants, quelque soit l’âge, le sexe, le quartier, le niveau social, l’origine, la religion, l’orientation politique ? Ils s’en fichent. Leur objectif n’est pas de répondre aux besoins de tous les habitants de ce territoire.

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  3. mrmiolito mrmiolito

    Un sondage donne Benoit PAYANT réélu et c’est la panique.
    Comme on dit aux USA : “just sit back and watch” !
    Prévoyez du pop-corn, on va se marrer !
    Ce petit monde va s’entredévorer, le FN et ses candidats fantômes (façon Monique GRISETI) va de toutes façons finir devant eux …
    …Et Benoit PAYAN être réélu, espérons-le 😉

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  4. Manipulite Manipulite

    Muselier saute en parachute…sans parachute comme à son habitude. Le RN se frotte les mains face à cette droite explosée. En plus le RN profite des moyens de la Région PACA grâce à Muselier : véhicules, bureaux…

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  5. Vand Vand

    Rien de bien neuf sous le soleil marseillais… Merci toutefois pour cette merveilleuse photo d’illustration, où Shenzi et Ed nous offrent leurs plus beaux sourires.

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  6. julijo julijo

    Moi je mets un peu en cause le titre…. Au risque de fracturer la droite !!!
    Elle semblait déjà bien fracturée, et l’ensemble des gens ” compétents ” autour de vassal ou de Muselier ou de Royer Perault et quelques autres ont tous cassé un peu quelque chose…..
    De la droite LR à la Renaissance ça n’a jamais trop semble très facile.

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  7. barbapapa barbapapa

    Muselier, un communiqué qui sent la poudre !

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  8. Electeur du 8e © Electeur du 8e ©

    Ca va se bousculer dans le 6-8, à droite. Avec du sang neuf : des jeunes qui ne sont élu·es que depuis deux ou trois décennies ; avec aussi des personnalités lucides, qui n’ont pas manqué de faire un bilan sans concession de l’immobilisme gaudiniste ; avec enfin beaucoup de courage, il en faut pour s’attaquer à un secteur aussi peu favorable à la droite 😉

    Sans oublier un regrettable dommage collatéral : il est à craindre qu’à la fin, l’excellent M. Moraine soit chocolat.

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  9. Félix WEYGAND Félix WEYGAND

    “Puisque ces mystères me dépassent, feignons d’en être l’organisateur.” Electeur du 8e a raison de convoquer Cocteau à propos de la réaction de Martine Vassal, c’est effectivement son effarement face à ce qui lui arrive qui explique sa réaction. Ils viennent l’exécuter.
    Elle n’est présidente de la Métropole (renouvellement en mars 26) que parce qu’elle tient la caisse du Département (renouvellement en mars 28), les maires du reste du territoire (de droite et de gauche !!) ne la soutiennent que dès lors qu’elle n’est pas trop complaisante avec Marseille. Les remerciement ostentatoires de Payan la semaine dernière ont été un “baiser de la mort”, s’il lui en remet une couche au Conseil Municipal d’aujourd’hui, il la piège un peu plus.
    Renaud Muselier tout occupé qu’il est à mettre la région à sac pour organiser “ses” jeux olympiques d’hiver, fait des déclarations mais si c’était un organisateur et un stratège, cela aurait sans doute déjà été remarqué…
    Si Benoit Payan ne commet pas de bourde, il n’a plus qu’à se laisser glisser en pente douce vers un renouvellement sans problème.

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  10. Richard Mouren Richard Mouren

    Ah, les premières lueurs sur la Dream Team! Sylvain Souvestre, Lionel Royer-Perreaut, Bruno Gilles (ex LR, ex Horizons, ex vassaliste, l’ex par excellence). Ca c’est sûr que ça fait rêver.

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    • Jeanne 13 Jeanne 13

      Richard Mouren j aime bien votre commentaire plein d humour une dream team de la vieille droite locale c est sûr ça va faire rêver les électeurs 😂

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  11. TINO TINO

    Utilisera t il des véhicules de fonction de la Région pour mener sa campagne électorale municipale à Marseille ? A observer !

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  12. vékiya vékiya

    mais qu’ils sont beaux sur la photo en attendant de se bouffer le foie…

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  13. Patafanari Patafanari

    Renaud, négligemment vêtu d’un polo de podium Équipe de France Le Coq Sportif , 90 euros, talonné par Martine qui porte un charmant chemisier MAYJUNE 89.50 euros, conservera t-il son léger avantage au concours des élégances de la saison 2025 -2026 ? Il se pourrait bien que Benoît, intemporel dans son petit costume noir cintré, ne tue le game en fin de compte.

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  14. GB GB

    Bonjour Marsactu,
    Ce n’est pas cet article qui va rester dans les annales de ceux qui me font m’intéresser à la politique locale.
    Une brève ok mais un article …. Beaucoup de blabla, de suppositions et d’analyses contradictoires selon qu’elles viennent des uns ou des autres (sans surprise)…
    Si ça interesse certains de vos lecteurs-lectrices, ça me laisse moi dans la plus totale des indifférences…
    En gros, j’ai perdu 5min de mon temps de lecture 🥱.
    Dommage…

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    • Richard Mouren Richard Mouren

      Bon, donc vous ne lirez pas non plus l’article (conséquent) publié par Le Monde daté d’aujourd’hui. Vous gagnez encore 3 minutes, bravo!

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  15. Marc13016 Marc13016

    Un rapprochement Payant-Vassal ?! ça alors, sacrée nouvelle que voilà ! Bon, ça reste une rumeur à ce stade, nous dit Marsactu.
    Ma foi, ça aurait le mérite de l’originalité. Les “dream team” composées de caciques droitiers promettent d’être mortellement ennuyeuses. Au moins, avec les alliances mixtes, contre nature, ou improbables, on va se marrer, peut être qu’on va même rêver.
    Perso j’adooooore ce genre de feuilleton. Du cinéma, oui, du basket, bof …

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    • Charles Albert Charles Albert

      Le mec qui décide qu’il sera tête de liste dans le 6/8….quel remarquable sens de la démocratie…

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