Le mouvement social des employés de McDo à Marseille ne se désamorce pas

Actualité
Violette Artaud
13 Oct 2017 2

Les salariés de six restaurants franchisés McDonald's de Marseille et ses alentours sont en conflit avec leur direction depuis des mois. Entre grèves ponctuelles et manifestations, ils dénoncent la précarité de leurs emplois et la surdité de leurs dirigeants.

La saison estivale n'aura été qu'un répit. Depuis début septembre, le mouvement social au sein de six restaurants McDonald's de Marseille et ses environs reprend de plus belle. À Saint-Barthélémy, la Blancarde, Saint-Victoret, Grand Littoral, Plan-de-campagne et Vitrolles, des employés se mettent successivement en grève, entraînant parfois même la fermeture d'un ou plusieurs restaurants, comme ce fût le cas début septembre. Un comité d'entreprise a rassemblé jeudi soir syndicats et dirigeants, entre qui le dialogue est rompu depuis des mois. Initiées véritablement depuis l'hiver dernier, les contestations découlent en fait de 2015, date à laquelle un nouveau franchisé a fait son apparition.Rachetant quatre, puis six restaurants appartenant à Francesco Brescia - l'un des plus gros franchisés de la marque de restauration rapide aujourd'hui franchisé exclusif du concurrent américain Carl's Jr  -Jean-Pierre Brochiero, est pointé du doigt par ses salariés. Le nouveau patron est l'ex-directeur du service des ressources humaines de la firme américaine en Île-de-France. "Avec Brescia, on pouvait parler. Maintenant ce n'est plus le cas. Aujourd'hui, la seule chose qu'on nous propose c'est une augmentation de deux ou trois euros par mois, autant dire que dalle !", s'agace Saïd Mimun, délégué du personnel au McDonald's de la Blancarde, restaurant d'où part le mouvement social.

800 euros par mois

Les syndicats décrivent une grande précarité de l'emploi au sein des restaurants de la franchise. "Nous sommes certes majoritairement en CDI, mais il s'agit pour la plupart de mi-temps, des 24 heures par semaine, soit 800 euros par mois. Et avec l'éclatement horaire des emplois du temps, on est dans l'incapacité de prendre un autre boulot à côté", décrit Najib Sahraoui, secrétaire général de la CGT McDonald's, et employé à la Blancarde.Les revendications portées par les syndicats concernent notamment l’harmonisation des primes au sein des différents restaurants de la structure, que certains estiment avoir perdues depuis l'arrivée de Jean-Pierre Brochiero. "Nous voulons des primes pour les équipiers [qui remplissent les tâches de préparation, de production, de nettoyage et de service au comptoir, ndlr] et pas uniquement pour les managers et cadres, entame Najib Sahraoui. Et puis des primes sur les bénéfices." Pour expliquer la fin du versement de ces dernières, la direction invoquerait des comptes en perte. Un argument que les syndicats ont du mal à croire. "Nous avons demandé une expertise juridique des comptes de la structure. Par exemple sur Vitrolles, on nous annonce un chiffre d'affaire de 480 000 euros en juillet. Mais il n'y a que 21 % de charges", s'étonne Kamel Guemari, représentant syndical FO qui siège au comité d'entreprise de la structure des six restaurants. Autre inquiétude chez les employés, selon les syndicats : les objectifs de la direction. "On ne sait rien sur l'avenir ! Quels objectifs financiers ? Est-ce qu'il va y avoir des plans de licenciements économiques ? Qu'ils montrent un peu de bonne foi quoi !, poursuit Kamel Guemari. Il n'y a aucun dialogue social !".

McDonald's France dans la contradiction

Sollicité par Marsactu, Jean-Pierre Brochiero n'a pas répondu à notre demande d'interview. En revanche, quelques heures après la formulation de cette demande, le service de communication de McDonald's France a pris le relais en nous contactant directement. "Monsieur Brochiero ne s'exprimera pas sur le sujet mais c'est un directeur très à l'écoute de ses salariés", nous informe une chargée des relations presse basée à Boulogne-Billancourt. McDonald's France dit ainsi "suivre depuis mars 2017" les "débrayages" des salariés qui agitent les six restaurants franchisés de Jean-Pierre Brochiero, dont la direction est très "attachée au dialogue social permanent avec les représentants du personnel".La communication de McDonald's assure aussi que certains de ces mouvements sociaux sont à dissocier de la chaîne de fast-food. "Il y a des gens qui ne dépendent d'aucun de ces six restaurants et qui viennent se greffer au mouvement. On voit par les tracts distribués que certaines grèves sont plus liées aux contestations autour de la loi travail qu'à McDonald's", argumente la chargée de communication, qui ne nie pas pour autant les revendications mais ne tarde pas à les contredire dans un mail :
La direction a proposé aux syndicats de négocier une prime semestrielle pour l’ensemble des équipiers et également, par anticipation, un accord de participation aux bénéfices lorsque la situation financière de certains restaurants (dont celui de Marseille-Blancarde) permettra d'en dégager. Ces propositions pour plus d’équité dans la répartition des primes, initialement réservées aux managers, sont restées sans suite.
Pourquoi refuser ces primes ? "Un prétexte pour tendre la situation, conclut-elle, et empêcher les autres de travailler". De quoi faire rire Saïd Mimun, qui pointe la Blancarde. "C'est ridicule, pourquoi on ne voudrait pas de prime ?".À demi-mot, du côté des employés, on raconte à l'inverse que des méthodes d'intimidation ont déjà été utilisés par certains franchisés pour faire régner l'ordre au sein de leur structure et ainsi éviter les grèves. Entre ces renvois de balles, certains regardent se jouer la partie, comme ce responsable de l'un des restaurants de la structure de Jean-Pierre Brochiero et qui requiert l'anonymat. "J'ai l'impression que c'est plus un combat pour garder les acquis sociaux dont certains sont des spécificités marseillaises. Le problème c'est que McDo considère que tous les employés qui travaillent ici sont des étudiants qui font ça pour gagner quatre sous. Sauf qu'il y a beaucoup de monde ici pour qui c'est un vrai boulot." Le 19 octobre prochain, une réunion entre représentants des salariés et direction est prévue. Si aucun accord n'est trouvé, les syndicats envisagent de reprendre les grèves.

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