Marseille Provence Métropole pose les bases d'une politique agricole

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le 2 Jan 2012
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Marseille Provence Métropole pose les bases d'une politique agricole
Marseille Provence Métropole pose les bases d'une politique agricole

Marseille Provence Métropole pose les bases d'une politique agricole

Les doigts courent sur le plan de la commune, pointant ici une parcelle agricole, là une zone d’activités économiques, qui l’ont parfois grignoté les premières au fil des ans… Conseiller municipal PCF de Châteauneuf-les-Martigues chargé de l’agriculture, Pascal Gillet connaît bien ces 500 hectares de plaine agricole, qui s’étendent au nord et à l’est de la commune, le long de la rive de l’Etang de Berre jusqu’à la frontière avec Marignane et Gignac-la-Nerthe. Salarié d’un chantier d’insertion Graines de Soleil, membre du Réseau Cocagne, qui fonctionne sur le principe des Amap, avec une production de paniers bio par des personnes en difficulté, il est aussi souvent présenté comme le seul agriculteur parmi les 157 conseillers siégant à Marseille Provence Métropole (MPM).

Dans son bureau où l’on trouve un plan castadral, son voisin le maire de Gignac Christian Armiraty (PS) partage les mêmes gestes, et le même combat. « Si on continue à reculer, nos enfants, nos petits-enfants, ne sauront même plus ce qu’est une agriculture péri-urbaine », plaide-t-il, rappelant que MPM ne compte plus que 3% de terres agricoles et qu’à Gignac « les agriculteurs se comptent aujourd’hui sur les doigts d’une main » (en 2006 MPM ne comptait que au total que 290 exploitations).

Dans les deux cas, les élus disent tenter de faire passer un message depuis leur élection en 2008 : on ne touchera plus aux terres agricoles. Une idée qui est désormais, à leur grande satisfaction, affichée dans le Schéma de cohérence territoriale (Scot) qui fixe à horizon 20 ans l’avenir de MPM.

Habitats illégaux et héritiers dispersés

« Quand je suis arrivé, j’ai envoyé des signes forts pour montrer que toute personne qui s’implantait pour détourner l’usage ne resterait pas impunie », lance Christian Amiraty, qui a vu de nombreuses terres occupées et dégradées par des habitations illégales. « J’ai donc dressé des PV d’infraction, même si c’est très difficile car le temps que l’affaire soit instruite cela peut durer 4 ans. Nous avons avec d’autres élus rencontré le procureur pour le sensibiliser à cette question et lui demander de ne pas classer sans suite si possible ». Actuellement il tâche de trouver la parade aux donations, qui permettent de biaiser en évitant une vente officielle sur laquelle la mairie pourrait intervenir.

A l’ouest, Pascal Gillet connaît quelques cas similaires, pointant sur la carte « des terrains que l’on n’ira pas visiter ». Mais globalement il est davantage confronté au problème classique de « propriétaires qui pensent qu’un jour ce sera constructible et ils pourront faire une affaire ». Si l’on ajoute les héritiers disséminés aux quatre coins de la France voire du globe, qui ont parfois jusqu’à oublié qu’ils possédaient un lopin ou les retraités qui ne trouvent pas d’exploitant pour prendre leur suite, « la moitié de la plaine n’est pas cultivée ».

Rachat de terres

D’où une action plus volontariste, via des achats de terres et de bâtiments. La commune de Châteauneuf le faisait déjà, et MPM est en train de s’y mettre, bien qu’il ne s’agisse pas à proprement parler d’une de ses compétences, avec pour symbole un hangar au carrefour des routes qui relient les trois communes de la plaine. Un lieu « stratégique en terme de communication, de visibilité », résume Pascal Gillet :

A court terme, l’idée est donc d’acheter et regrouper des parcelles isolées pour créer des exploitations plus larges, de faire la promotion des produits et de favoriser la vente directe « car la commercialisation est ce qui fait le plus défaut ». Avec comme effet à moyen terme espère-t-il de « revaloriser les revenus et de redonner une attractivité aux métiers de l’agriculture. Depuis 3 ans, j’ai trois suicides d’agriculteurs sur la commune ». Et « beaucoup d’agriculteurs à la retraite touchent l’équivalent du RSA ».

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Bricard, 13700 Marignane, France

Intérêts multiples

Mais de manière plus large, Christian Amiraty plaide pour « un Euromed agricole. C’est un intérêt municipal, communautaire, et même national ». Euromed agricole, un mot-obus davantage destiné à faire réagir, qu’il s’empresse de nuancer avec un « à une moindre échelle ». Mais l’idée est là : pour lui, par essence, cette plaine n’est déjà pas qu’une question gignacaise, elle concerne également Châteauneuf et Marignane, et c’est aussi « la possibilité pour une grande ville comme Marseille d’avoir une vitrine, un outil éducatif ». A moins d’une demi-heure des 850 000 habitants de Marseille, elle pourrait être un lieu de « visites pour sensibiliser à l’équilibre alimentaire ». Des bénéfices qui peuvent même être plus concrets : dans le vallon de Valtrèdes, non loin de

là où est parti l’incendie de Carry en 2009, « nous avons installé une chevrière en sylvopastoralisme (une pratique de gestion des espaces naturels via le pâturage aussi utilisée par l’agglo d’Aubagne, ndlr) », annonce Pascal Gillet.

Cela permet d’allier un soutien à l’agriculture et l’entretien des massifs, en particulier contre le risque incendie », explique Pascal Gillet. Doté d’un budget de MPM d’un million d’euros sur quatre ans, ce volet comporte également plusieurs autres zones identifiées par une étude de la chambre d’agriculture (plateau de la Mûre, Luminy, Allauch, Carry).

Les deux élus y voient aussi la piste d’un autre modèle de développement. « On peut à la fois préserver nos terres agricoles, conserver des zones vertes, et en franges permettre des constructions nouvelles et reconstruire la ville sur la ville », assure Christian Amiraty. Une manière de dire aussi qu’il ne sert à rien de vouloir étendre les constructions à tout prix si c’est pour un perdre un « cadre de vie ». Pascal Gillet lui « aimerai[t] que l’on entende » qu’il pourrait là y avoir une source d’emplois que les zones économiques, faute d’une superficie extensible à loisir, ne pourront pas seules fournir.

Un lien Menace sur les terres agricoles provençales, sur Marsactu

Un lien Scot : quand Marseille se rêve à horizon 2030, sur Marsactu

Un lien Débat sur le mitage des terres agricoles dans La Voix est Libre sur France 3 Provence-Alpes

Un lien ZAP et PAEN : deux outils de protection des sols qui pourraient être utilisés par MPM à l’avenir

Un lien Les chiffres et les pistes du Scot :

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Commentaires

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  1. Alain Le Lougarou Alain Le Lougarou

    Excellent article dont devraient s’inspiere le trio GAUDIN BLUM MUSELIER qui ont vendu voire brader les terrains communaux toujours aux mêmes promoteurs immobliers.
    Félicitations à ces deux élus courageux et à l’esprit novateur.
    Meilleurs voeux à l’équipe de MARSCATU et à ses lecteurs.

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  2. titoune titoune

    Bonjour Julien,et ,meilleurs voeux à tous.
    En réponse à mon commentaire,vos écriviez ,le 13 juin 2011: l’info sur le web,permet de retrouver des archives concernant un mème sujet..
    En effet, comme sur votre article du 13 avril 2011 :Menace sur les terres agricoles provençales,on retrouve aujourd’hui les mèmes problèmes!
    La disparition de 10500 hectares de terres agricoles en 20 ans,n’a pas mis un frein aux spéculations nées du profit créé par l’urbanisme…
    S’ajoute aussi le non-respect des lois sur la protection du patrimoine agricole,paradoxalement pratiqué par certains maires plus intérressés par l’afflux du tourisme.
    Les Bouches du Rhône,,”étaient” le premier département producteur de fruits et légumes.La spéculation foncière ajoutée à la pression de l’urbanisation, ont inversé la tendance.
    Il est vrai qu’un terrain se vend plus chèr pour y installer une grande surface que pour y planter des salades.
    Il est vrai aussi que beaucoup de gens aimeraient habiter dans le sud. Mais doit-on pour autant supprimer les poules parceque les paons sont plus beaux. Leur beauté ne nous nourrira pas!
    La provence possède des terres capables de fournir tous les jours ,toute la France en fruits et légumes frais.
    On n’aura pas l’air c.. quand après avoir construit partout ,nous importerons nos fruits et légumes !!(du Japon peut-être,comme on le fait déja).
    Prenons le temps de regarder les étiquettes sur les produits maraichers que nous achetons.
    Gare aux surprises!
    Avant de promettre et de faire les forts,pas mal de responsables feraient bien de se contenter d’appliquer les lois existantes.Sous le béton, la terre est morte!

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  3. Anonyme Anonyme

    Mm

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  4. Anonyme Anonyme

    Bonjour je remercie tous ces personnes pour préserver les terre agricole ou ( mettre la main)au portefeuille de certain elus qui se reconnaîtront

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