Dans un livre duel Marseillais du Nord/Les Seigneurs de naguère, Philippe Pujol et Gilles Favier tissent mots et photos pour donner à voir la cité La Renaude et les quartiers Nord qui l'entourent. Le photographe revient sur l'aventure de sa résidence au début des années 1990 en commentant six de ses images.

“Nous avions envie d’un mano à mano entre Philippe Pujol et moi.” Le prix Albert Londres 2014, auteur du livre à succès La Fabrique du monstre (Les Arènes) combat donc à mains nues avec Gilles Favier, photo-journaliste de l’agence Vu, ancien de Libération et directeur artistique du festival Images singulières à Sète. Le champ-clos du duel est un ouvrage qui vient de paraître aux éditions Le Bec en l’air et doublement titré Marseillais du Nord/Les seigneurs de naguère. Les photographies datent du début des années 1990. Le texte est un “conte” lumineux pétri dans la matière réelle des souvenirs d’habitants. Le journaliste est revenu à la Renaude/Hérodote avec les images du photographe. Cette petite cité de Saint-Jérôme (13e) a longtemps été une cité d’urgence décatie, flanquée d’un bidonville où logeaient des Gitans sédentarisés. La cité du haut s’appelle La Renaude, le bidonville du bas a pris le nom de l’avenue qui fait un nœud dans l’enclave. Il a depuis été remplacé par de petites villas. Un jour de 1991, Gilles Favier y débarque pour un an et demi de résidence intermittente.

Il a le rare privilège d’avoir reçu commande de la délégation des arts plastiques du ministère de la culture. Le prince est de gauche et demande depuis l’Elysée à son ministre Jack Lang que des photographes documentent des territoires alors méconnus : les banlieues. À Gilles Favier échoie Marseille. Une belle bourse en poche – “suffisante pour pouvoir rester un petit moment” – le photographe débarque en ville, dans les quartiers Nord et plus précisément dans le théâtre étroit de la cité La Renaude/Hérodote.

Une commande en “achat d’art”

“Il y avait eu la marche pour l’égalité dite “des beurs” dix ans avant mais au fond, on ne savait pas ce qu’étaient les banlieues. On appelait cela à l’époque les quartiers sensibles. C’était d’ailleurs en jouant avec ce nom que ces photos ont été exposées à La Villette. Pour la première fois, l’Etat décide d’envoyer des photographes reporters documenter ces endroits dans le cadre d’un achat d’art. Le ministère achetait des tirages. Ils sont toujours conservés par le Fonds national d’art contemporain. Tout ceci était assez inédit, se souvient Gilles Favier. Quatre photographes travaillent sur la banlieue : Yan Morvan, Jane Evelyn Atwood, Marc Pataut et Louis Jammes. Raymond Depardon lui a en charge le monde rural.”

Le livre présente les photos sans texte de présentation, ni légendes. Elles laissent vibrer l’humanité brute qu’elles charrient. Pour raconter l’aventure qui les sous-tend, Marsactu a choisi trois images et laissé à Gilles Favier le soin d’en sélectionner trois autres. Ses commentaires dessinent le lien complexe qui lie un photographe et son sujet. Il parle de la relation et du temps, matière première de ce livre.

 

Photo Gilles Favier
Photo Gilles Favier

Baraka

“Cette photo a été prise aux Flamants [14e arrondissement, ndlr], j’ai vérifié ça sur mes planches contact. Dans mon souvenir, cette jeune fille s’appelle Baraka. J’ai cette image par la grâce de cette jeune fille qui nous regarde. L’inscription “Mosqué” qui me rappelle l’Afrique et cet univers de béton avec ces volets en plastique. Je me demande toujours comment les gens font pour tenir dedans dans la chaleur de l’été. Je réalise des photos assez frontales. Je ne demande pas. Je prends la photo en essayant d’attendre le moment de malaise où la personne se demande ce que j’attends pour déclencher. Pour cette image, je n’ai pas fonctionné comme je le fais d’habitude. C’est-à-dire créer une relation, prendre une photo, la développer et revenir le lendemain pour en donner un tirage.

Quand je suis arrivé à Marseille, j’avais un peu la fleur au fusil. À Paris, j’avais beaucoup travaillé sur des sujets sociaux, les expulsions, les banlieues. En parallèle de ma commande pour le ministère de la culture, j’avais accepté de travailler comme photographe pour un film de fiction qui se déroulait à Félix Pyat. L’histoire était celle d’un jeune métis qui, pour chercher son identité, prend en photo tous les habitants de son quartier dont il tapisse les murs de son loft pourri dans la cité. Le réalisateur [Bruno Victor-Pujebet, ndlr] m’avait donc chargé de faire ces portraits en sillonnant les cités de Marseille. J’avais pour guide deux filles qui m’ont fait découvrir 20 cités de Marseille. Au départ, je pensais pouvoir travailler à Félix-Pyat. La cité était très chaude à l’époque. Je travaillais alors avec un appareil Hasselblad, assez lourd. On regarde le viseur par dessus et du même coup, on ne voit rien d’autre. Un jour, alors que je prenais une image, je vois passer dans mon objectif, un gars qui court avec des flics juste derrière. Comme dans un film justement. J’ai réalisé qu’il fallait faire gaffe.

Un peu plus tard, les copains que je m’étais fait sur place, ceux qui me servait de passeport pour entrer dans la cité m’ont conseillé de ne pas y revenir. À l’époque, la cité était au centre d’un gros trafic de voitures volées et ils sont tous tombés à cet époque. J’ai donc décidé de choisir un autre lieu et c’est là que je suis retourné à la Renaude. Elle était très différente des autres : elle était bordée de partout par le cimetière, le technopôle de Saint-Jérôme, des jolies petites maisons. Cela formait une verrue, un lieu-clos. Les gens sont là en permanence, sédentaires. Cela correspondait à la manière dont je voulais travailler.”

 

 

Photo : Gilles Favier
Photo : Gilles Favier

L’entrée

“Bon, ce qui me fait un peu chier, c’est que cette photo a été choisie pour faire la couverture du livre de Philippe Pujol, La Fabrique du monstre. Du coup, les éditions Les Arènes qui ont fait beaucoup de com’ sur le livre l’ont un peu tuée. Pourtant elle est vraiment emblématique de l’entrée de la cité avec le mur du cimetière, les enfants, la voiture retournée et la petite fille qui, si on regarde bien, me fait un doigt. Il y avait de la tension à l’époque à la Renaude liée au deal d’héro. Dans les quartiers, des mères de famille se battaient contre la drogue. À la Renaude, c’était tout le monde. À l’endroit où le jeune garçon est assis, il y avait toujours deux ou trois gars qui regardaient qui arrivait. Il y avait un code pour entrer : tu étais censé mettre une K7 de Bibi, de Khaled ou Soy gitano de Camaron. C’était les gars qui m’avaient filé ces K7 pour que je puisse circuler.

Quand je rentre quelque part, je ne me cache pas. J’ai mon appareil avec moi. À chaque fois que je venais là, il se passait quelque chose. Les gars arrivaient avec des voitures volées accrochées à l’arrière de leur J7. Parfois, il y avait encore l’alarme qui hurlait. La bagnole entrait dans un garage et ressortait en pièces détachées. Visiblement, ils avaient des commandes. Il y avait aussi des “coups d’assur”. Un gars se faisait voler sa bagnole exprès pour faire jouer l’assurance. Je ne suis pas très attaché aux choses matérielles. Une voiture qui brûle, si elle est à un prolo, c’est emmerdant mais il y a des choses plus graves. J’ai très vite compris que si je prenais en photo ce type de scène, je ne pourrais pas revenir. C’était une question de survie. Il a fallu s’organiser et c’est arrivé par les femmes. À chaque fois que je prenais une photo de quelqu’un, je revenais le lendemain pour en donner un tirage. Comme les femmes là-bas sont assez malignes et qu’à l’époque une photo coûtait cher, elles envoyaient leurs enfants. Puis elles venaient, elles. Et puis les cadors de la cité ont débarqué en disant : “il paraît que tu photographies les femmes?”. Et ils sont venus se faire prendre en photo à leur tour. Du coup, les gens se mettent en scène. Je leur donne les photos qu’ils veulent et je prends celles que je veux. Ce ne sont jamais les mêmes. La vraie misère sociale, c’est de ne pas avoir de photo de famille. En ce moment je travaille régulièrement dans un bidonville de Valparaiso. Il y a eu un gros incendie, il y a deux ans. Ce que les gens regrettent, ce n’est pas la télé ou un truc matériel, mais leurs photos de famille.”

 

 

Photo : Gilles Favier
Photo : Gilles Favier

La douche

“Dans cette cité, en été, il fait très chaud. Il n’y a rien à part l’eau pour s’en distraire. C’est un élément d’évasion. Les enfants, les femmes ont une propension à se servir du jet d’eau pour se rafraîchir. Ces dernières faisaient un truc très chaud devant moi. Elles prenaient le jet d’eau et l’enfilaient par leur soutif. L’eau dégoulinait, les robes collaient, c’était très sexe. Ce jour-là, je me souviens avoir repéré ce couple de loin tout au fond de la cité. Lui, il était surnommé “Mauro”, le noir. Ils étaient devant leur maison et je me suis précipité sur eux sans rien regarder de ce qui se passait autour. Là, ils sont quasiment nus mais très dignes. Ils sont très beaux avec cette forme de grâce des Gitans.

En haut de la cité, il y avait une bouche d’incendie dont ils avaient la clef. Ils ouvrent, ça gicle. Certains sortent les tapis à laver. Les femmes se douchent, ça s’anime. Ils ne vont pas à la mer. Jamais. Je me souviens de Jean-Marie, un des mes copains sur place. Il était marié à une gitane de la Renaude. Un jour, leurs pères se sont disputés et son beau-père est venu la chercher. Jean-Marie était très malheureux. Nous étions très proches. Je lui ai proposé de manger au resto avec lui pour parler de tout ça. Il était amoureux et pas bien du tout. Du coup, je l’amène dans un restaurant mexicain du Vieux-Port. Déjà, arrivé là, il était perdu. Il n’y allait jamais. Le resto, c’était la première fois. Il ne comprenait pas qu’il y avait une carte, il voulait manger les trois plats. Moi, je lui parle de son couple, qu’il est un homme, qu’il doit s’imposer. Quand il est rentré à la Renaude, tout ça n’existait plus, ne restait que le resto. Il était très fier d’être le premier à y avoir manger.”

 

Photo : Gilles Favier
Photo : Gilles Favier

La Pastora

“Cette femme était une cheffe à l’intérieur du clan. Tout le monde l’appelait La Pastora. Elle n’était pas dans mon cercle d’influence. Elle m’a demandé de la prendre sous ce portrait d’elle jeune qu’on voit au-dessus de sa tête. Je suis fourbe comme n’importe quel photographe. J’ai donc accepté tout de suite. Mais ce qui m’intéressait c’était cette image de femme nue, posée en trompe l’œil sur une porte. Quand je lui ai amené la photo, elle n’a rien dit. Comme si elle ne voyait plus ce corps nu. D’ailleurs, quelqu’un avait ajouté un scotch sur son entrejambe en guise de cache-sexe même si ça ne cache rien. Quand Philippe Pujol est revenu dans la cité avec cette image. Personne n’a tiqué sur cette femme. Tout le monde se rappelait La Pastora.

À propos de femme, il m’est arrivé un truc moins rigolo. À la Renaude, elle étaient nombreuses, certaines sexy et franchement aguicheuses. J’étais avec deux Gitans et un fille passe, bien gaulée, en corsaire. Mon regard s’attarde. La fille en rajoute, se tortille un peu, m’aguiche. Les deux gars me coincent et me disent : “Ne fais plus jamais ça”. Un peu plus tard, on va ensemble au centre social. À l’accueil, il y avait une petite blonde, bien mignonne, une Française j’allais dire. Les deux gars se mettent à la draguer. Quand on sort, je les arrête et leur dit : “Ne faites plus jamais ça”. Ils étaient morts de rire. Nous étions sans cesse sur le fil. On jouait à la pétanque. Je suis pas mauvais à ce jeu. Mais je faisais exprès de perdre parce que celui qui perdait payait une glace au Casino d’à côté. Je perdais et on partait ensemble se payer des glaces. On sortait ensemble de la cité, il se passait quelque chose entre nous. C’est ce que j’aime dans le métier, tisser des relations. La photo, ce n’est qu’un bout de papier. Du coup, j’ai un carnet d’adresse incroyable. Si je veux faire faire venir un nain, une majorette, je n’ai qu’à passer un coup de fil. Je dis toujours que si j’avais pu faire le même métier, sans prendre de photo, j’aurais été aussi heureux. D’ailleurs, photographe, ce n’est pas un métier, c’est un état.”

 

 

Photo : Gilles Favier
Photo : Gilles Favier

La famille

“Je me souviens de cette photo et la petite fille qui sourit. Elle fait partie des gens que j’ai revus en 2005. Libération m’avait proposé de revenir dans la cité plus de dix ans après pour réaliser des diptyques des gens que j’avais photographié à l’époque. J’ai donc revu Yohanna. Elle était devenue une très jolie fille. Cette photo me fait beaucoup penser aux photographes américains des années 30. Souvent quand on me demande une image qui illustre mon travail, c’est celle-ci que je propose. Elle montre aussi la fourberie du photographe. Je prends l’image parce qu’il y a cette enfant au premier plan qui sourit, mais ce qui m’intéresse, c’est le contraste avec le regard des parents et ce garage derrière. Eux, je ne sais pas ce qu’ils sont devenus. Je dis souvent qu’une photo ne se vit pas. Qu’il faut avoir un pied dehors et un pied dedans. Ce n’est pas bon de mettre l’affect. En vérité, là, j’ai les deux pieds dedans.

Il y a une autre photo que j’aime beaucoup. On y voit une jeune femme, très belle, dans une de ces longues robes qui flottent au vent. Je l’ai aussi revue en 2005. Elle avait pris 40 kilos entre temps. Elle me disait que ma photo était sur sa table de nuit. Elle ne reconnaissait plus la jolie fille qu’elle était à 18 ans, 12 ans plus tôt. C’est la force de la photo documentaire, de pouvoir ainsi saisir le travail du temps sur les corps. La télé ne peut pas faire ça, elle est bloquée dans l’instant.”

 

 

Photo : Gilles Favier
Photo : Gilles Favier

Le tailleur de pierre

“Ce gars, je l’aimais bien. Un bon mec. C’était la seule famille à vivre dans les villas et à ne pas être gitane. Il était Algérien d’origine. Ses parents avaient vécu là et puis étaient rentrés au bled. Il était tailleur de pierre. Un des rares à avoir un vrai métier. Lui, le musulman travaillait souvent à la restauration de monuments historiques, de vieille chapelle, dans un rapport de respect très œcuménique. Quand je lui est proposé de faire son portrait, il est tout de suite aller chercher cette photo de ses parents, prises en Algérie. Comme pour reconstituer sa famille alors qu’il en était séparé.

Derrière lui, on devine les petites villas. Elles ont été construites dans les années 80 pour résorber le bidonville. Les gens ont été associés à la construction. C’est eux qui ont choisi ces villas avec un grand garage devant qui sert souvent d’atelier et une petite cour derrière. Les espaces sont tout petits mais les gens sont souvent dehors. Le jour de la fête de la musique par exemple, ils mettaient de grosses enceintes dehors avec la musique à fond qui s’entendait à des centaines de mètres à la ronde. Sauf qu’à la Renaude, la fête de la musique durait plusieurs jours.

Quand je suis parti, ils m’ont fait une fête. Ils m’ont dit : “regarde à l’arrière de ta voiture. On t’a fait une surprise”. Il y avait deux phares avant, deux phares arrière de Clio. C’était leur cadeau de départ.”

Les Ateliers de l’Image en partenariat avec les éditions Le Bec en l’air et la Friche la Belle de Mai / Le Gyptis, proposent une rencontre avec Gilles Favier et Philippe Pujol, le jeudi 23 juin à 20 heures, 136 rue de Loubon, (3e).

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Benoît Gilles
Journaliste
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Commentaires

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  1. Regard Neutre Regard Neutre

    Un grand merci aux auteurs de cet article qui par sa densité du réel populaire des quartiers oubliés de Marseiĺle nous remplit d’émotion.

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  2. AXE13 AXE13

    Le ton des commentaires du photographe est assez représentatif de ces regards permanents que posent sur “les ghettos”, “les banlieues”, bla bla bla la plupart de ceux qui arpentent un réel différent de leur quotidien comme pour vérifier les dits et récits des documentaristes animaliers.

    Mais enfin, comme il y a peu chance que Gilles Favier puisse le percevoir, peu importe. Qu’il continue à briller dans les salons avec son regard sur ce qu’il croit être “la plus grande des misères sociales quand on a pas de photos de famille”.

    C’est tellement explicite en soi qu’il n’y a presque pas à décortiquer le discours pour voir à quel point il est truffé de cette condescendance poisseuse qui se prend et se vante d’être de l’empathie fraternelle .

    Bref. Rappelons malgré tout que la cité des Flamants est dans le 14e. Si l’erreur de localisation est inscrite jusque sur les planches contact, ça en dit long sur l’intérêt que ses sujets inspirent au bon maître…

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    • Benoît Gilles Benoît Gilles

      Bonjour
      l’erreur que vous imputez à Gilles Favier est celle du journaliste qui a retranscrit les propos. La mention aurait dû être accompagnée d’un NDLR. Dont acte.

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    • Regard Neutre Regard Neutre

      Axe 13,vous écrivez “un réel différent de leur quotidien comme pour vérifier les dits et récits des documentaristes animaliers.” Pourquoi exprimez-vous tant de méchanceté et de mépris à l’égard du travail de ce photographe “ethnologue”. Que connaissez-vous, vous, de ce réel que vous qualifiez de différent du quotidien de Gilles Favier. Votre commentaire peut faire penser à de la jalousie ,soit alors vous en êtes amoureux…

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  3. Happy Happy

    Un commentaire suscité par celui d’AXE13, sans chercher la polémique mais pour ne pas laisser le travail de Marsactu et de Gilles Favier sur une note qui me semble trop dure.

    Je suis peut-être moi aussi poisseux de condescendance “à l’insu de mon plein gré”, car j’aime beaucoup ces photos et j’ai été intéressé par le commentaire de leur auteur (je ne connaissais ni Gilles Favier ni ses photos).

    Dans son principe, l’examen critique des représentations des classes populaires construites depuis des points de vue “extérieurs” me paraît légitime et fondée. Il y a un ouvrage classique de sociologie qui explique très bien les deux travers symétriques dans lesquels tombent le plus souvent ces points de vue “ethnocentrés” : misérabilisme ou populisme (c’est le titre de l’ouvrage). (Excusez-moi de la ramener, à mon niveau le forum de Marsactu est le seul salon où je peux tenter de briller un tant soit peu. 😉 )
    Dans le cas particulier de Gilles Favier, je ne partage pas la sévérité du jugement d’AXE13, mais c’est peut-être parce que j’ai le même aveuglement que celui qui lui est reproché. Donner à voir d’autres réalités que la sienne (ou la nôtre, lecteurs) est un exercice très difficile, et chacun peut juger différemment de la réussite de l’entreprise. Qu’on n’hésite pas à nous faire connaître les tentatives de ceux qui ne sont pas “documentaristes animaliers”.

    A moins de penser que toute tentative de représentation, d’ “arpenter un réel différent de son propre quotidien” soit illégitime par principe ou vouée à l’échec ? Faut-il attendre que les habitants de la Renaude (pour garder cet exemple) se donnent leurs propres moyens, sans aucune médiation, de donner à voir leur réalité à ceux qui en sont loin (et pour la plupart s’en satisfont grandement) ? Faut-il renforcer le désintérêt de ceux-ci pour ceux-là, quand le désintérêt pour leurs conditions d’existence confine à la dénégation de leur existence ?

    Pour ma part et avec toutes mes oeillères (qui n’en a pas ?), j’encourage Marsactu à continuer d’être un média de qualité, médiateur entre des univers socialement distants et géographiquement proches , se confrontant avec honnêteté et intelligence aux difficultés de l’exercice. Et merci aussi d’avoir ouvert ce forum pour confronter nos points de vue sur le travail éditorial, et au-delà sur ce qui fait société entre nous tous, lecteurs aux avis divergents, journalistes, personnes citées ou représentées dans ce média.

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  4. atasc13 atasc13

    Les photos de “cette réalité” sont belles et le texte est plein de sensibilité… What else ?
    Ah oui, la réalité vue ( et décrite) par les uns n’est pas forcément celles des autres…. Heureusement, peut-être ?… On attend encore d’autres récits, d’autres approches… dont la diversité ne peut qu’enrichir notre connaissance d’un terrain “étranger” à beaucoup d’égards…

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  5. VitroPhil VitroPhil

    Le travail d’un photographe se juge sur ces photos, ses commentaires sont accessoires.

    Les photos sont magnifiques et poussent au questionnement, cela devrait suffire.

    Les commentaires ont au moins l’intérêt de situer et personnaliser les lieux et modèles.

    Apres on peut penser ce que l’on veut de la motivation et de l’empathie de l’auteur mais à quoi bon ?

    Il est vrai que la genèse du projet, Jack LANG envoyant des photographes dans les banlieues fait penser aux voyages de Bougainville entouré de dessinateurs chargé de ramener des images des antipodes. Cela laisse rêveur mais ne préjuge pas de la qualité finalement obtenue.

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  6. Renardsauvage Renardsauvage

    J’avais ėtė choquė par les propos tenus par AXE 13. Ces photos sont magnifiques! Elles reflètent une réalité qui n’est pas empreinte d’une absence de dignité. Quelle beauté dans des lieux ou la pauvreté ne rime pas avec le misérabilisme. Ces enfants, hommes, femmes nous parlent de leur quotidien, de leur condition d’être humain et accueillent avec générosité le spectateur, non voyeur, qui leur emprunte un morceau de leur vie. Marseille, la belle, se pare ici de sa population fidèle malgré son dénuement. Merci pour ces portraits !

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