Malgré ses promesses, Système U prévoit de fermer la moitié des Schlecker marseillais

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Clémentine Vaysse
8 Oct 2013 160

Il y a un peu moins d'un an, le groupe U reprenait les magasins Schlecker en faillite. Le PDG du groupe assurait alors qu'il souhaitait conserver l'ensemble des magasins. Ceux de Marseille devaient alors être transformés en enseigne U. Un an après, le plan paraît bien différent : certains magasins ferment et les anciens de Schlecker sont invités à quitter l'entreprise.

« Nous informons notre aimable clientèle que le magasin fermera définitivement ses portes le… ». Depuis la fin de l’été, le rideau de fer ne se lève plus devant l’ancien magasin Schlecker du bas de la rue de la République. L’artère comptait jusqu’alors trois magasins de l’enseigne allemande mais les deux autres, toujours ouverts, n’ont pas plus fière allure : tandis qu’un est à moitié vide, l’autre fait grise mine, accumulant les moutons de poussière. Les produits U en rayon sont le seul indice de la reprise de Schlecker par Système U il y a un an, alors que l’entreprise de droguerie allemande était en faillite.

De l’autre côté du Vieux-Port, un ex-Schlecker a connu un tout autre destin. Rue du jeune Anacharsis, le magasin était le premier en novembre 2012 à se muer en Utile. A cette occasion, Michel Rubino, président de U proximité Sud, affirmait lors d’un talk sur Marsactu (voir ci-contre) que « fin 2013, les 22 magasins Schlecker marseillais [seraient] tous Système U ».

Plus loin, il affirme : « Nous allons sauver 750 emplois et même en créer de nouveaux ». Moins d’un an après, le son de cloche sur le terrain est tout autre : certains magasins sont déjà fermés et les employés sont incités à quitter le groupe via une procédure de rupture conventionnelle de leur contrat de travail. Loin du discours sans tache des patrons de U, leurs témoignages, donnés sous le couvert de l’anonymat, décrivent une situation moins glorieuse.

Quatre magasins fermés, huit autres visés

D’après une source interne, la direction prévoirait bien la fermeture d’un nombre conséquent de magasins Schlecker, sur l’ensemble de la France. A Marseille, la moitié serait concernée. Certains ont déjà tiré le rideau : cours Julien (6e), avenue Romain-Rolland (9e), boulevard Paul-Claudel (10e) ou encore rue de la République. Contacté, Michel Rubino affirme « qu’il n’y a de fermetures que lorsque les magasins Schlecker sont situés à côté d’un magasin U ». Il affirme également : « aucun plan de fermeture n’a été préétabli ». Or, parmi les témoignages des employés Schlecker que nous avons pu recouper, on soutient le contraire : « une liste définitive de magasins qui allaient fermer nous a été transmise il y a huit mois. On a été obligés d’informer le personnel au fur et à mesure de la procédure au cas où il y ait des visites de gens intéressés par le rachat du bail ». Huit autres magasins seraient ainsi concernés : boulevard National, les deux restants rue de la République, avenue de la Capelette, rue de Paradis, avenue des Chartreux, à Pont-de-Vivaux et rue Joël-Recher dans le 7e arrondissement.

Ces magasins ferment progressivement, au gré des fins de bail. Côté emploi, on imagine les problèmes que ces fermetures peuvent occasionner pour les employés Schlecker qui y travaillent. « Ce n’est pas un problème, répond Michel Rubino pour Système U, puisque les Utile emploient deux fois plus de personnel que les Schlecker. On crée même des emplois ».

« Nous renseigner sur les intentions des employés »

Mais si le groupe U persiste à dire que tous les employés Schlecker seront replacés dans des magasins U, le transfert ne s’est pas fait sans un certain écrémage, plus indirect qu’explicite. Ce dernier point est difficilement vérifiable puisque l’entreprise n’a pas souhaité fournir de chiffres sur les évolutions des effectifs à Marseille. En interne, on évoque de nombreuses incitations à la rupture conventionnelle du contrat de travail. « Lorsque mon magasin a fermé, explique Catherine*, caissière, j’ai été baladée de magasin en magasin. Ils ont proposé des licenciements conventionnels à beaucoup d’anciens de Schlecker. Mais, d’un autre côté, ils ont recruté de nouveaux employés pour les Utile ». Même discours chez Nathalie*, dix ans de boîte : « Un de mes supérieurs est venu me dire qu’il avait entendu dire que je voulais partir, explique t-elle. On aurait tous préféré un licenciement économique ». Estelle*, autre employée, raconte :

Un jour, un de mes responsables m’a dit : « Si tu envoies une lettre de rupture conventionnelle, sache qu’elle sera acceptée ». Et je n’étais pas la seule.

Ces pratiques sont confirmées par plusieurs salariés dont des responsables. « Nous, on ne savait pas quoi faire du personnel, témoigne Dominique*, cadre. On nous demandait de nous renseigner sur les intentions des employés, savoir s’ils envisageaient une rupture conventionnelle ». De son côté, Système U nie avoir eu recours à de telles méthodes : « On n’offre pas des ruptures conventionnelles mais de l’emploi à ceux qui veulent travailler, c’est tout ce que je peux vous dire », répond Michel Rubino pour couper court.

En rouge, ceux qui ont déjà fermé. En jaune, ceux menacés et en vert les magasins qui sont maintenus et transformés : 

« Je pensais avoir le droit de passer en U »

Selon le groupe, une formation a été proposée aux anciens Schlecker pour leur permettre de travailler dans les Utile qui comptent un rayon frais, à la différence des anciennes drogueries. Mais dans les faits, ils seraient très peu à avoir pu passer d’une enseigne à une autre. Certains auraient aimé mais se seraient vu refuser ce transfert : « Vu mon ancienneté, je considérais que j’avais le droit d’être intégrée dans un U. J’ai demandé à mon responsable, il m’a fait comprendre que je n’étais pas compétente pour », raconte Nathalie. Estelle appréhende quant à elle son retour de congés : « Je sais bien que je ne serai pas affectée à un Utile, mais trimbalée de magasin en magasin. Pourtant, en tant que caissière, entre bosser à U ou à Schlecker, il n’y a pas besoin de formation ».

Du côté des salariés, on confirme que de nombreuses embauches extérieures ont été effectuées dans les quelques magasins rénovés. « Il est clair que pour les magasins stratégiques, ils ont recruté en externe pour avoir des spécialistes du frais et être très compétitifs », explique Dominique. En attendant de disparaître définitivement, en interne, on parle de « magasins blanc-rouge » pour désigner les boutiques refaites sommairement alors que tout le monde sait qu’ils disparaîtront d’ici mi-2014 ou début 2015. « Ils veulent faire croire qu’on va garder tout le monde », reprend elle, alors que beaucoup se demandent combien de temps ils vont tenir en faisant un matin dans un magasin et l’après-midi dans un autre à l’autre bout de la ville.

Lors de l’inauguration du premier magasin Utile à Marseille, le président de système U avait lancé en forme de boutade vouloir la « médaille du redressement productif pour avoir permis de reprendre l’ensemble des salariés de Schlecker France ». Pas sûr que les anciens Schlecker ne viennent pas gâcher la cérémonie.

*Afin de préserver l’anonymat des témoignages, les prénoms ont été changés par la rédaction.

Actualisation le 14 octobre : A lire aussi, la réponse de Système U à cet article, publiée sur Marsactu vendredi.

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