[Mal au centre] À Arles, Airbnb sature le marché de la location

Échappée
Violette Artaud
30 Août 2018 0

Inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco, Arles, ville d'art et d'histoire est prisée par les touristes qui bénéficient pour se loger d'une large offre via les plateformes de locations en ligne entre particuliers. Au détriment des locataires résidents.

 “Ah ça nous emmerde bien !” Difficile pour un agent immobilier arlésien qui fait dans la location de se contenir quand on lui parle d’Airbnb. La plateforme en ligne de location de courte durée chez l’habitant a pris ses aises dans la ville. Entre septembre 2016 et septembre 2017, quelques 1200 annonces ont été postées pour Arles sur le site, qui a comptabilisé 32 000 arrivées de voyageurs.

Airbnb a d’ailleurs positionné la ville inscrite au patrimoine mondiale de l’Unesco sur son podium annuel des villes françaises “les plus accueillantes”*“Après avoir disparu du classement de l’année précédente, Arles fait son retour sur le podium. La ville a connu son pic de fréquentation la semaine du 3 juillet 2017, semaine d’ouverture des Rencontres photographiques”, peut-on lire sur son site. Dans le centre-ville d’Arles, les touristes friands du “particulier à particulier” ont l’embarras du choix pour se loger. Ce qui n’est pas forcément le cas pour les locataires arlésiens.

Une simple recherche sans précision de date sur le site en question affiche pour Arles plusieurs centaines de logements, sans pour autant en préciser le nombre exact. Chambres privées, partagées ou logements entiers… Ne reste plus qu’à faire son choix. Questionné par Marsactu sur cette dernière catégorie, le service de communication de l’entreprise n’a pas souhaité transmettre d’information.

Mais en trifouillant un peu et en s’armant d’une calculatrice, nous avons trouvé : 600 logements entiers sont proposés dans le centre-ville d’Arles et quartiers alentours (Trinquetaille, Montplaisir, Griffeuille…) sur Airbnb.  Des logements qui ne pourront donc pas bénéficier à des personnes souhaitant louer un logement avec un bail classique. Ces logements réservés à la location de courte durée représentent entre 3 et 4 % de la totalité des logements sur ce secteur. Ce nombre de 600 est à mettre en rapport avec les 7500 logements loués sur ce même secteur. Sans compter les autres plateformes telles Abritel ou Bedandbrekfast.

“L’été, tout est loué”

“Le centre-ville d’Arles est très exploité par les propriétaires non-occupants qui utilisent ce genre de plateforme pour faire de la location saisonnière durant la période estivale et les différentes festivités comme les ferias à Pâques ou les animations de Noël, constate de son côté Carlos Lopez, conseiller municipal (PCF) délégué à l’habitat et au logement. Le reste du temps, ces logements sont vacants et ne sont donc pas dirigés vers la population sédentaire.” Un phénomène que les professionnels du secteur immobilier ont bien remarqué.

“C’est sur que si vous cherchez un logement dans le centre-ville d’Arles entre mai et septembre, vous allez rencontrer des difficultés, tout est loué, confirme Laurent Bertaud, responsable d’une agence immobilière arlésienne. Certains de mes clients propriétaires ne souhaitent par exemple prendre que des étudiants, pour pouvoir exiger que l’appartement soit libéré en été“, ajoute ce dernier qui estime qu’environ 10 % des propriétaires des studios, T1 et T2 qu’il gère entrent dans ce cas de figure. “Ensuite, ceux qui font ça toute l’année ne font pas appel à nous. D’ailleurs, à Arles aucune agence ne fait dans le saisonnier, tout passe par les plateformes en ligne.”

 7000 euros par an

C’est le choix qu’à fait Gilles**. Installé à Arles depuis 15 ans, il est l’heureux propriétaire d’une “grande maison” située à quelques mètres de la place Voltaire. Jolie place qu’ombragent plusieurs platanes centenaires et animée par de nombreux cafés “l’été seulement. L’hiver, il n’y a plus toutes ces terrasses”, raconte-t-il, attablé à l’une d’elles. Gilles a aménagé en studio le rez-de-chaussée de sa maison, qu’il loue sur Airbnb, Abritel et Homeway depuis deux ans maintenant.

Rien qu’avec Airbnb, ce dernier déclare gagner 7000 euros par an. “Je loue la nuit à 70 euros en moyenne, cela fait donc… 100 nuits par an”, calcule-t-il. “Airbnb représente 60 % de mes locations, Abritel 35 % et Homeway 5”. Dans ce quartier, le site Seloger.com estime le loyer moyen mensuel à 12 euros le mètre carré pour un appartement. Rien qu’avec une plateforme, Gilles dépasse donc largement ce qu’il gagnerait avec un locataire sédentaire. “Bien entendu que je fais cela pour l’argent. Mais ça me permet aussi de pouvoir récupérer l’appartement quand je le souhaite pour recevoir de la famille.” 

“Je ne veux plus vivre dans le centre-ville”

“Depuis trois ans et le développement de ces plateformes, nous avons noté une augmentation du prix des logements et une raréfaction de l’offre dans le centre-ville, constate Nicolas Koukas, adjoint aux finances et vice-président de la communauté de communes du pays d’Arles. Cela impacte aussi le commerce de proximité et engendre des problèmes de voisinage avec les allées et venues incessantes.” Et l’élu de citer la Roquette comme exemple de quartier souffrant de ce phénomène.

C’est justement dans ce quartier en bordure du Rhône que Sabine** possède une maison qu’elle propose, comme Gilles, depuis deux ans sur Airbnb. Cette maison, Sabine l’a habité un temps. “Aujourd’hui, je ne veux plus vivre dans le centre-ville. Il y a trop de bruit, de promiscuité”, se remémore celle qui vit désormais plus en périphérie, du côté de Monplaisir. Après des déconvenues avec un ancien locataire parti avec une ardoise de 10 000 euros, la jeune femme a décidé d’avoir recours à la location saisonnière. “C’était ça ou la vente. Et aujourd’hui, j’adore ça, je rencontre des gens que je n’aurais jamais rencontré autrement. des Américains, des Italiens, des Coréens… Même ma famille me dit d’y passer moins de temps !” D’importants revenus, une plus grande flexibilité, des rencontres… Les avantages sont nombreux pour les propriétaires.

Limiter les jours de locations ?

“Il faut pourtant faire comprendre aux propriétaires que cela a un impact néfaste pour le centre-ville, entame Nicolas Koukas qui espère pouvoir limiter à 120 le nombre de nuitées possible par an pour un même appartement. Mais légalement, seules les villes de plus de 200 000 habitants peuvent appliquer cette mesure [53 000 personnes vivent à Arles, NDLR]. Nous avons saisi plusieurs députés sur la question, mais nous n’avons pas de retour pour l’instant. Je ne veux pas interdire ce type de location mais nous pourrions envisager de contrôler plus”.

Si les outils légaux le permettent, ce qui pour l’instant, n’est pas entre les mains de la municipalité. En discussion avec Airbnb, la mairie désire également augmenter la taxe de séjour que la plateforme lui reverse directement depuis un an et demi. “Je pense que nous pourrions passer du simple au triple”, s’avance Nicolas Koukas. Mais une fois de plus, rien n’est tranché.

“Ils peuvent essayer de limiter cette activité mais je doute que cela soit efficace, estime de son côté Sabine. En tout cas, une chose est sûre, moi je ne louerai plus jamais à l’année et ça ne me fera pas revenir dans le centre-ville non plus.” Inscrite au patrimoine mondiale de l’Unesco, le centre-ville Arles ne peut guère évoluer dans sa forme, la promiscuité, les problèmes de circulation et stationnement ne sont pas près de disparaître. “C’est agréable de vivre dans le centre-ville, mais c’est impossible de se garer, et il ne faut pas compter avoir un extérieur, constate la responsable d’une agence immobilière située en cœur de ville et spécialisé dans ce secteur. En fait, il n’y a ici presque pas de familles, que des étudiants et des vieux.” Et, ville musée oblige, des touristes.

Envie de lire la suite de notre série “Mal au centre” sur les centres-villes de la métropole ? C’est par ici!

* Airbnb s’est appuyé sur les notes laissées par les voyageurs à leurs hôtes à l’issue de leurs séjours dans les principales villes des zones de villégiature de l’Hexagone. Le palmarès a été établi sur les villes en zones de villégiature françaises ayant recueilli au moins 6500 notes de voyageurs en 2017, à l’exclusion des 10 plus grandes aires urbaines françaises.

** Sur demande des intéressés, leur identité complète a été masquée.

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