L'UHU de la Madrague-ville dans l'errance

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le 5 Juil 2013
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"C'est pas que ça me dérange de montrer mon cul mais quand même…" Un usager de l'unité d'hébergement d'urgence (UHU) de la Madrague-ville pointe du doigt des douches dont les portes ont disparu depuis longtemps. En contrebas, les lits placés dans des Algeco proposent quatre couchages dans une douzaine de mètres carrés. Il y a quelques temps encore, les repas distribués étaient pris dans des assiettes en carton.

Chaque jour, ils sont 300 dans ce centre, à deux pas de la tour CMA-CGM ; certains viennent y trouver un couchage, d'autres se contentent d'un repas chaud ou d'une douche mais préfèrent encore dormir dehors, surtout en été. Un peu plus de 3700 personnes – uniquement des hommes, un autre centre existe pour les femmes à Saint-Louis – sont passés là l'an dernier. À l'extérieur, quelques recalés attendent qu'une place se libère. À l'intérieur, les querelles de la rue comme les effets de la promiscuité et de la non-mixité installent un climat de tension permanent.

Dans son rapport annuel 2012, le gestionnaire du lieu, l'Armée du Salut, confirme "un grand malaise au travail que l’on peut mettre en lien avec les conditions d’exercice, absolument catastrophiques, les infrastructures très délabrées, la concentration massive d’accueillis avec des phénomènes de violences".

"La pire de France"

C'est ce constat qui a amené trois associations à appeler à une manifestation ce vendredi matin à la Madrague-ville. Parmi elles, on trouve la Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale, la Fnars, présidée par Louis Gallois (oui, oui, l'auteur du rapport et l'ancien grand patron). "Les conditions sont abominables. On parle là d'une situation qui dure depuis plus de 20 ans et le lieu n'a toujours pas été réaménagé, rappelle le directeur régional de la Fnars, Christian Vives. Son système de sécurité n'est pas aux normes. Le centre n'est pas hors-la-loi il mais n’a pas toutes les autorisations. De l’eau coule sur les réseaux électriques et on compte un sanitaire pour 300 personnes." "25% des SDF refusent l’UHU. Même quand il faut très froid. Les conditions de violence, d’intimité et d’hygiène ne conviennent pas. La structure marseillaise est la pire de France", alerte Fathi Bouaroua pour la Fondation Abbé-Pierre.

La situation, connue depuis des années, semble aujourd'hui sur le point d'évoluer. Des travaux ont commencé au début du mois d'avril. La rénovation de l'UHU de la Madrague-ville est co-financée par ses deux autorités de tutelle : le ministère délégué à l'exclusion et la mairie de Marseille qui doivent investir autour de 500 000 euros chacun pour aider à la rénovation des sanitaires. Sauf que le dossier a traîné sur fond de bisbilles entre les deux financeurs. Pour faire vite, l'Etat reproche à la ville d'avoir tardé à agir. Dans l'autre sens, on dénonce un manque de réactivité de l'Etat.

"L'Etat ne sera pas en reste"

"C'est une compétence de l'Etat", a insisté dans la semaine l'adjoint au maire de Marseille, Michel Bourgat. Une pique directement adressée à la ministre déléguée à l'exclusion Marie-Arlette Carlotti. Laquelle, bien consciente du potentiel explosif de ce dossier, qui plus est dans la ville où elle est candidate aux municipales, a anticipé dès lundi le rendez-vous des associations. "L'Etat ne sera pas en reste", a-t-elle tenu à clamer lors d'une visite vespérale.

Outre la rénovation provisoire de la Madrague-ville, l'Etat devra alors mettre la main à la poche pour un autre projet  d'hébergement. Et, sur ce dossier particulier, les tensions paraissent encore plus vives, à tel point que l'Etat a fait en sorte que Jean-Claude Gaudin reporte la délibération prévue lors du dernier conseil municipal. "Le programme a été un peu rapide, juge-t-on de source proche du dossier du côté de l'Etat, Comme co-financeur, nous souhaitons êtres associés à ce projet."

Un nouveau centre en projet

La mairie a présenté un projet consistant en un déplacement de l'actuel centre en "6 unités de 50 lits" boulevard de Magallon pendant qu'une unité de 64 lits pour les femmes seraient construite à Capitaine Gèze. Le coût a été estimé par les services à un peu moins de 25 millions d'euros. A terme, chaque chambre individuelle devrait au moins mesurer 12 mètres carrés. "Au vu des dernières visites et promesses de Marie-Arlette Carlotti, nous ne doutons pas de l'engagement financier total de son ministère", pousse Michel Bourgat. Mais la ministre est loin de porter au pinacle ce projet. "On ne peut pas construire des usines à pauvres, estime-t-elle. Je préfèrerais de petites unités à taille humaine".

D'ici octobre, l'Etat et la Ville vont tenter d'élaborer un projet commun. La durée des travaux est encore floue. La Madrague-ville restera en activité jusqu'à son remplacement. Et sa gestion, déjà compliquée, pourrait connaître de nouveaux problèmes. Un premier appel d'offres pour la gestion du site a dû être déclaré infructueux, faute de candidats à la gestion d'un lieu devenu indigne.

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