Rétropole

Les trois jours où la métropole a basculé dans le chaos

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Rédaction de Marsactu
9 Nov 2015 6

Photo Annie Dalbéra

Photo Annie Dalbéra

“Robert Dagorne, ça fait quinze ans qu’on l’appelle tous « Napoléon » parce qu’il a des airs de l’empereur, il est très péremptoire, il a une force de caractère et il a du courage en politique. Et vous savez que lundi, c’est l’anniversaire du 18 Brumaire. Alors, on s’est tous tous dit « Napoléon a fait son 18 Brumaire ! »” La maire d’Aix-en-Provence Maryse Joissains a le sens de la formule et l’opération réussie par son homologue d’Éguilles Robert Dagorne n’est effectivement pas loin du coup d’État. Ce lundi, il est peu probable que Jean-Claude Gaudin s’asseye dans le fauteuil de président de la métropole. La réunion qui doit s’ouvrir ce matin à 9 heures et demi devrait décider de reporter le lancement de l’institution.

Jusqu’à vendredi pourtant, rien ne semblait pouvoir s’opposer à l’intronisation de Jean-Claude Gaudin à la tête d’Aix-Marseille Provence. Mais en obtenant vendredi du tribunal administratif la suspension de deux arrêtés préfectoraux fixant la composition du conseil métropolitain, Robert Dagorne lui a dérobé ce trône. Sur le coup, le sénateur-maire de Marseille campait pourtant sur ses positions, assurant que la séance pouvait se tenir. Il était même soutenu dans cette analyse par les services de l’État, ministère de la Décentralisation inclus.

Ça s’en va et ça revient

Mais le week-end réservait encore quelques rebondissements. Samedi, le président du tribunal administratif prenait une surprenante position via l’AFP en estimant que la suspension des arrêtés faisait “obstacle provisoirement à la mise en place des instances de la future métropole”. Réaction de Sylvia Barthélémy, présidente de l’agglomération du pays d’Aubagne et de l’Étoile, à l’origine de la convocation : “Cette déclaration paraît en contradiction avec la décision de son propre tribunal validant, ce même vendredi 6 novembre, la convocation à la séance d’installation. Dans ce contexte d’imbroglio juridique incompréhensible, j’estime qu’il n’est pas envisageable d’organiser une élection dans un tel chaos”, écrit-elle dans un communiqué.

Il semble toutefois que c’est Jean-Claude Gaudin lui-même qui a pesé pour que cette décision soit prise samedi après-midi. “Entre Maryse Joissains qui se gobergeait de la réussite au tribunal administratif contre les arrêtés préfectoraux et la position du président du tribunal, il avait l’impression de se faire flinguer de toute part et à un moment il s’est dit « Trop c’est trop »”, commente-t-on dans son entourage. Un article sur le site internet de La Provence annonce donc dans la soirée que le maire préfère renoncer à cette première séance du conseil métropolitain.

Le dimanche, les 240 élus métropolitains digèrent leur repas de midi avec une autre nouvelle : finalement, leur lundi matin risque d’être pris. Vouloir éviter que l’affaire ne tourne au désaveu public, c’était sans compter sur l’esprit de suite de Maryse Joissains. En tant que doyenne des présidents d’intercommunalité, c’est à elle qu’il revenait de mener la séance. “Monsieur Gaudin qui est mon chef politique et que je respecte à ce titre n’a pas les capacités pour annuler. Madame Barthélémy non plus. Il a certes été décidé par une loi d’exception qu’un président d’intercommunalité pouvait convoquer. Mais elle ne peut pas revenir sur cette convocation”, justifie-t-elle dans une interview que nous publions ce lundi.

Ira, ira pas au Pharo ?

“Pour quoi faire ?”, s’étrangle la députée socialiste Marie-Arlette Carlotti, lorsqu’on lui apprend. “Ce n’est pas fait pour redorer le blason de la classe politique. Alors que tous les autres territoires sont en ordre de marche, on offre un spectacle rocambolesque. Et cette fois c’est la droite qui l’offre…” Jean-Claude Gaudin, Maryse Joissains sont en effet membres du même parti, Les Républicains et Robert Dagorne de l’UDI.

Ira, ira pas ? Le reste de la journée s’étire avec les annonces des tenants de la première option (Gaby Charroux, candidat communiste à la présidence, Georges Cristiani, président de l’union des maires…) et des autres (Nicolas Isnard, maire de Salon). Du côté de la droite marseillaise, on n’est pas très disposés à donner le change. “Pour deux raisons, l’une juridique, l’autre politique, précise alors Yves Moraine, patron de la majorité municipale. Juridiquement, c’est Sylvia Barthélémy qui a décidé de convoquer puis d’annuler, personne d’autre ne peut la tenir. Politiquement, dans ce contexte-là, on n’a pas envie d’être les clowns d’un cirque.”

Mais dans la soirée de dimanche, cette position est finalement inversée. Gaudin ira et tous les élus qui lui sont fidèles avec. “Gaudin a peur d’une entourloupe de Joissains”, commente sur Twitter le député socialiste Patrick Mennucci. La Gaudinie avance une raison technique. Le palais du Pharo est un équipement municipal. Laisser Maryse Joissains et les élus présents à la porte serait donc ouvrir la voie à un esclandre. D’un autre côté, “à partir du moment où l’on met nous même en place les conditions matérielles pour que la séance ait lieu, on ne peut pas ne pas y aller”, commente Yves Moraine après coup. Sylvia Barthélémy lui fournit opportunément un argument supplémentaire : tout bien pesé, “elle ne pouvait même pas techniquement annuler la réunion. Elle n’avait pas le temps de prévenir tout le monde en recommandé de l’annulation”, nous indique son entourage.

Gaudin en difficulté ?

“Je n’ai aucune idée de la manière dont ça va se dérouler. Pour l’instant on essaie de prévenir tous les nôtres, qui ont reçu tellement d’ordres et de contre-ordres”, glisse Laure-Agnès Caradec, présidente du groupe de droite à la communauté urbaine de Marseille. Plus que les clowns, évoqués par Yves Moraine, ils risquent de servir de punching ball dans l’auditorium du Pharo. “Sur un ring on prend des coups mais on en donne aussi”, rétorque celui-ci. Ceci dit, “ce n’est pas un beau spectacle que nous donnons collectivement, même si j’ai tendance à penser que nous n’y sommes pour rien”, déplore-t-il.

Le futur groupe socialiste se réunira lui à 9h pour trancher sur sa participation. Pour les socialistes marseillais, l’épisode n’est pas qu’une guerre Gaudin / Joissains. “Jean-Claude Gaudin est extrêmement fragilisé. À l’origine, il voulait que plusieurs intercommunalités convoquent ensemble la réunion. C’était déjà un premier échec”, rappelle Marie-Arlette Carlotti. “Il n’a pas la même autorité sur les maires de la métropole que sur les gens qu’il place sur sa liste à Marseille. Il aurait déjà dû s’en rendre compte lors des élections sénatoriales”, abonde son camarade député Patrick Mennucci.

Derrière le juridisme des rebondissements, c’est en effet la stratégie du maire de Marseille et le supposé consensus autour de lui qui s’effritent. “Jean-Claude Gaudin n’a pas de « stratégie », rétorque Yves Moraine. Il est vice-président du Sénat, il a été brillamment réélu maire de Marseille, il n’avait pas besoin d’une couronne de lauriers de plus. C’est une candidature de service.”

La ministre “est consternée”

Dans tous les cas, c’est la mise en place du projet gouvernemental de métropole qui se retrouve affaiblie. “Marylise Lebranchu est consternée”, souffle Marie-Arlette Carlotti, quelques minutes après s’être entretenue avec la ministre de la Décentralisation. Si elle n’interviendra pas sur la question de la séance d’installation, elle va se saisir du dossier dès ce début de semaine.

Suivant la décision du conseil d’État, auprès duquel le préfet des Bouches-du-Rhône s’est pourvu en cassation contre la suspension de ses arrêtés, c’est la composition du conseil métropolitain qui peut être remise en cause. Si la décision du tribunal administratif est confirmée, le conseil d’État devra ensuite trancher une question prioritaire de constitutionnalité. “Tout cela va prendre du temps. Même si on a gain de cause à la fin, il risque d’y avoir une période de no man’s land où les intercommunalités tombent sans rien à la place”, s’inquiète Marie-Arlette Carlotti.

Comme son collègue Patrick Mennucci, elle évoque la possibilité d’une loi d’urgence pour clarifier certains points. Le président de l’union des maires Georges Cristiani, opposant farouche du projet, réclame lui “une réunion en urgence avec le premier ministre ou Marylise Lebranchu pour sortir de cette situation” quand Maryse Joissains appelle à “un report de la métropole en 2017”. Avec à la clé une nouvelle mouture de la métropole ?

Julien Vinzent et Jean-Marie Leforestier

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