Sur le papier, les Hauts de Sainte-Marthe, annoncé comme un écoquartier, devait offrir un cadre de vie moderne. Alors que le projet rentre dans sa dernière phase de construction, la promesse s'est transformée en mauvaise surprise pour les habitants. Voiries et espaces verts à l'abandon, transports en commun inexistants pourrissent leur quotidien.

En grosses lettres marron, « écoquartier » est inscrit sur la façade de l’espace de vente des Hauts de Sainte-Marthe. Françoise Gumina, Raoul Pitti et Bernard Raoult posent ironiquement devant. « D’écoquartier, il n’a que le nom ! » nous disent ces habitants qui se sont organisés en comité de quartier pour dénoncer les travers de cet ambitieux projet urbain.  « On nous a floués, poursuit Françoise. On nous a vendu le bonheur et la verdure à perte de vue. Des transports en commun développés, des pistes cyclables, des commerces et services de proximité, un mode de vie privilégié et écolo. Ça fait dix ans qu’on attend d’en voir la couleur…”

Françoise, Raoul et Bernard devant l’espace de vente des Hauts de Sainte Marthe (photo : Loïs Elziere)

Nous nous trouvons dans le 14e arrondissement de Marseille, sur les hauts de Sainte-Marthe. Nommé par certains « La coulée verte », cet espace de verdure de 450 hectares est une ancienne terre de maraîchers, d’éleveurs, et de villégiature de la bourgeoisie locale. Des bastides domaniales classées y siègent encore. Un projet d’urbanisation y naît au début des années 2000 pour faire face à la pression démographique. 3000 logements sont prévus sur 150 hectares. Ils doivent accueillir 10 000 personnes. La zone d’aménagement concerté (ZAC) des Hauts de Sainte-Marthe est alors créée pour que l’opération d’urbanisation de ce milieu sensible puisse avoir lieu.

Le premier écoquartier de Marseille ?

Jean Canton était alors directeur de l’urbanisme à la ville, recruté après s’être illustré dans des opérations d’aménagement du côté de Metz. Aujourd’hui à la retraite, toujours actif au sein de l’association Un centre-ville pour tous, il garde un goût amer de son passage. « On a travaillé énormément sur un projet très ambitieux. On a dessiné un plan d’aménagement global avec les équipements publics, la voirie, les écoles, les commerces. Il prenait en compte toutes les particularités du milieu. Ça devait être un vrai quartier à caractère environnemental. Ma direction générale n’aimait pas trop qu’on fasse des projets cohérents et complets, mais j’avais été embauché pour ça. Quand on est à Marseille on n’est pas dans les autres villes, et c’est vite tombé entre les mains des promoteurs.« 

Trop vite même selon Françoise Gumina, une des créatrices du conseil de quartier. « Aujourd’hui, près d’un tiers des logements ont été construits, mais la voirie et les services ne suivent pas. J’habite depuis dix ans sur la rue Audisio, centrale au cœur de quartier Mirabilis [un des trois de la ZAC], elle n’est finie que depuis cinq ans. » Sur une brochure de la Soleam (Société locale d’équipement et d’aménagement de l’aire marseillaise) datant de 2013 et présentant « l’écoquartier des hauts de Sainte-Marthe », six voies et autant de traverses étaient prévues. Aujourd’hui elles ne sont toujours pas livrées. De tous les équipements publics, services et commerces de proximité également avancés par la brochure, il n’existe aujourd’hui qu’une épicerie et une école à énergie positive, fierté du maire de Marseille Jean-Claude Gaudin, qui ouvrira partiellement à la rentrée.

La Soleam avance également sur son site l’ambition pour la ZAC de « devenir le premier écoquartier labellisé de la ville de Marseille ». Elle apparaît en effet sur la carte du site gouvernemental répertoriant les projets d’écoquartiers. Mais elle semble figée à la première étape du processus de labellisation qui en compte quatre. Elle consiste à candidater et signer la charte des écoquartiers, ainsi qu’à lancer la phase d’étude du projet. Pour accéder à l’étape 2, déjà atteinte au sud par les Hauts de Mazargues, une expertise doit être effectuée en cours de chantier. Selon une source qui connaît bien le dossier, la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) en charge de l’expertise aurait refusé l’attribution du label, « car le projet ne répond pas aux critères imposés ».

Dans une réponse reçue par mail, la Soleam précise que la candidature datant de 2015 ne concernait qu’une partie du cœur de quartier Mirabilis, « à l’époque dans ce secteur aucun chantier n’avait démarré ce qui ne permettait pas d’entrer dans la démarche (de labellisation) […] le dépôt d’une nouvelle candidature doit s’envisager avec le concédant de l’opération, la métropole depuis le 1er janvier 2016″. Derrière cette formulation alambiquée, la Soleam confirme donc que les Hauts de Sainte-Marthe n’ont jamais une obtenu une quelconque labellisation malgré sa propre communication.

Royaume de la voiture

Retour avec Françoise, Raoul et Bernard, rue Gabriel-Audisio, voie centrale du cœur de quartier Mirabilis. Une voiture nous dépasse avoisinant les 70 km/h, à l’abord d’une zone limitée à 30 (où ouvrira à la rentrée la nouvelle école primaire). “C’est tout le temps comme ça en journée, commente Raoul Pitti. Quand ce ne sont pas les embouteillages. Parce qu’aujourd’hui, on est le seul axe qui lie les quartiers Nord et le nord-ouest vers Allauch, Plan-de-Cuques, Château-Gombert… » Le projet de l’axe Linéa prévu depuis les années 70 doit justement permettre ces trajets transversaux, mais n’a toujours pas abouti. La L2 nord, envisagée elle depuis les années 30, permettrait également de contourner le quartier plus au sud, mais ne sera pas livrée avant avril 2018.

Embouteillages et stationnement sur les trottoirs dans la rue Audisio (photo : Loïs Elziere)

Toujours sur la rue Gabriel-Audisio, nous nous approchons de l’épicentre de Mirabilis, au croisement avec la rue Madeleine de Valmalete. Ce carrefour est entouré d’un côté par le parc Mirabilis et la future école, de l’autre par deux immeubles. Au pied de l’un, une épicerie, seule représentante des commerces et services du quartier.

Faute d’entretien, les herbes folles font la loi sur les trottoirs du quartier

Dans ce secteur, l’aménagement est pensé pour la vie piétonne et cycliste. Des trottoirs de cinq mètres de large, sillonnées d’arbres et de carrés végétaux, comprennent des bandes cyclables. Les contours d’arbres et carrés végétaux sont à l’abandon et en proie aux herbes folles qui fraient leur chemin jusqu’entre les pavés.

Les espaces piétons et cyclables sont eux victimes du stationnement sauvage des voitures. La conséquence d’une absence d’aires de stationnement, accentuée selon Françoise Gumina par le fait que « les places de parking en sous-sol des immeubles sociaux ne sont pas occupées. La place n’est pas comprise dans la location. Les habitants y ont de petits moyens par définition, ils préfèrent ne pas payer et se garer sur les trottoirs. » 

Mais si le quartier Mirabilis est envahi par les voitures, c’est aussi parce qu’il n’est pas desservi par les transports publics. Pour prétendre à la labellisation en écoquartier, un des principaux axes est de privilégier les modes de transports alternatifs à la voiture (transport en commun et vélo). En plus des pistes cyclables inutilisables, la ZAC des Hauts de Sainte-Marthe représente un vide sur le plan du réseau de la RTM. « Pas de transports, pas d’entretien de voirie, on a demandé reclassification de taxe d’habitation ! », lance Raoul Pitti. « Pour les transports, il faut aller au Merlan ou à la gare de Sainte-Marthe. C’est 30 minutes pour y aller à pied. Sans compter que la rue Étienne-Dollet qui y mène est une sacrée côte. » Un vieux monsieur sort de l’épicerie avec son chien, il confirme les propos de Raoul. « J’habite juste en face, au 36. Avant j’allais au Vieux-port le matin pour faire mes courses. Depuis mon opération des poumons, je ne peux plus remonter la côte. Je n’ai plus que cette épicerie. » La section Itinéraire du site de la RTM lui-même leur donne raison. Du 36 de la rue Audisio, pour se rendre au Vieux-Port, le site qui ne prend en compte qu’un maximum de mille mètres de marche dans ses itinéraires ne donne aucun résultat :

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Dialogue rompu

Tous ces griefs, les habitants disent ne plus trouver d’interlocuteurs à qui les formuler. Les comités de quartiers et la concertation étaient des axes centraux à la construction de la ZAC. L’association Arènes, spécialisée dans les processus participatifs, a d’ailleurs animé à partir de 2002 des concertations citoyennes sur l’aménagement des Hauts de Sainte-Marthe. Le CIQ de Sainte-Marthe, et le comité de quartier des Hauts de Sainte-Marthe que représente Françoise Gumina s’accordent sur la disparition progressive du dialogue avec la Soleam ces dernières années.

« Des comités de quartier faisaient dialoguer la ville et les habitants deux fois par an jusqu’en 2014, puis, une fois par an. Le dernier a eu lieu en mars 2016, explique Viviane viviane Midonio, vice-présidente du CIQ. Depuis, l’agence de communication Artkom (proche de la municipalité) a pris le relais ». Selon elle, le dialogue s’est réduit à des échanges de mails et des coups de téléphones avec certains habitants impliqués. La Soleam ajoute toutefois dans son mail qu’il existe « une boîte de dialogue active offrant la possibilité aux habitants représentants de la société civile de signaler et faire remonter des difficultés ou des interrogations au sujet de la ZAC ». Quand la promesse d’écoquartier ne tient plus qu’en un mail.

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