Les habitants de Bel horizon craignent de voir leur tour disparaître

Actualité
le 7 Déc 2018
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Dans une étude validée par Euroméditerranée, le cabinet Urbanis recommande la démolition de la tour Bel Horizon, à l'entrée Nord de Marseille. Ces conclusions et la récente visite d'un expert inquiètent les habitants. Métropole et État assurent que rien n'est arrêté pour l'heure.

Les gilets jaunes flottent aux fenêtres et balcons de cette grande tour inélégante qui sert de fanal de l’entrée de ville, entre Saint-Lazare et le Racati. Ces 150 gilets achetés la veille n’ont que peu à voir avec les revendications portées par le mouvement national. Ici, les habitants de Bel Horizon 2 sont surtout inquiets pour l’avenir à court terme de leurs logis. La grande tour décatie est un des exemples des difficultés à trouver une solution durable à la question des grandes copropriétés dégradées. Réunies dans le même immeuble de grande hauteur (IGH) Bel Horizon 1 et 2 font même partie des cinq copropriétés marseillaises, qualifiées de « priorité nationale » par le ministère du logement en octobre dernier.

Mais cette bouffée d’espoir a expiré depuis longtemps. Ce jeudi, une escouade de marins-pompiers accompagnait un expert du centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB). Il fait partie de la cohorte d’experts mandatés par le ministère du logement pour visiter les immeubles à risque de Marseille. Le drame de la rue d’Aubagne, l’épidémie d’évacuations dont celles de la tour A de la cité Corot qui l’a suivi n’encouragent personne à l’optimisme.

Avis défavorable de la commission sécurité

En effet, l’immeuble de grande hauteur n’a toujours pas reçu d’avis favorable de la commission de sécurité pour « poursuivre son exploitation ». Du côté de la préfecture, on se veut rassurant, la visite de l’expert parisien concernait l’isolation « phonique et thermique des bâtiments par l’extérieur ». Depuis des travaux de mise aux normes incendie de la tour en 2006, les copropriétaires de Bel Horizon se sont avérés incapables de faire face à ces travaux indispensables. « Ces travaux permettent d’éviter qu’un incendie saute d’un étage à l’autre », explique-t-on encore du côté des services de l’État. « Nous avons fait passer le CSTB pour nous aider à imaginer autre chose que l’isolation par l’extérieur de la tour ».

Au-delà de cette étude, un document que Marsactu a pu consulter incite également au pessimisme quant au devenir à moyen terme du bâtiment. Dans le cadre de la mission de suivi confiée à Euroméditerranée, le cabinet Urbanis a rendu début 2018 un rapport d’étude plutôt catégorique dans ses recommandations. Trois scénarios y sont présentés : une « requalification globale » de l’immeuble, un « recyclage du bâti » en logements sociaux ou en locaux d’activités, une démolition de l’IGH.

Le scénario démolition privilégié

Très clairement, c’est ce troisième scénario qui est privilégié par l’étude. En effet, les coûts d’une requalification complète sont « supérieurs au double de la valeur actuelle des biens sur le marché ». Investir de tels montants n’a donc pas de sens puisque cela équivaut à une « pure perte patrimoniale« . La requalification n’est donc possible que si d’importants crédits publics sont mobilisés. Ainsi pour les seules parties communes, les travaux dépassent 5,3 millions d’euros, soit plus de 40 000 euros par appartement. Le recyclage en logements sociaux imposerait de reloger la totalité des habitants durant les travaux, y compris ceux qui correspondraient aux critères du logement social.

Mais, là encore, l’étude considère comme « prohibitif » le coût des travaux à partir du moment où les escaliers ne pourraient être conservés en l’état. Cela imposerait d’en réaliser de nouveaux en extérieur ou de les élargir et donc de perdre de la surface habitable. La transformation en locaux d’activité est tout aussi vite écartée : « un investissement très lourd pour un résultat potentiel non compétitif au regard de la construction neuve« .

« Rester propriétaire à Bel Horizon appauvrit »

Reste alors, le scénario de la démolition. C’est clairement celui qui est privilégié dans ce rapport, validé par l’établissement public Euroméditerranée. Bel Horizon « restera, rénové en l’état, un immeuble extrêmement dangereux, en cas de sinistre ou de panique », estime le rapport qui souligne plus loin : « rester propriétaire à Bel Horizon appauvrit ».

Cette phase de démolition est très minutieusement décrite. Elle passe par une déclaration de carence des copropriétés prononcée par un juge du tribunal de grande instance avant expropriation. L’étude évalue même son rachat par les services publics avant démolition à 5,1 millions d’euros, moins que ce que coûterait la réhabilitation des seules parties communes. La démolition proprement dite est évaluée à 1,8 millions d’euros.

La directrice régionale d’Urbanis, Fanny Gosse, assume cette étude « validée par Euroméditerranée » et ses conclusions du fait de l’état de dégradations du bâti et notamment de la sécurité incendie mais aussi « de l’appauvrissement de ses habitants ». En revanche, Fanny Gosse souligne bien que « rien n’est décidé à ce stade. La balle est dans le camp de l’État et de la métropole ».

« Aucune décision n’est prise »

Sollicitée, la vice-présidente en charge de l’habitat, Arlette Fructus n’a pas répondu à nos appels, pas plus que la direction d’Euroméditerranée. Dans les couloirs de la métropole, on estime tout de même que l’immeuble est « sauvable ». Une position partagée pour l’heure par l’État : « Aucune décision n’a été prise. Il n’est pas habituel de la part de l’État d’envisager une quelconque démolition sans en parler au minimum avec les habitants. Il est manifestement nécessaire qu’il y ait une transparence sur ce rapport. À la lumière des annonces qui ont été faites par le ministre sur le plan Initiatives copropriétés, il est aussi nécessaire qu’un dialogue s’engage », glisse-t-on à la préfecture.

Très rapidement, la préfecture devrait donc aller à la rencontre des habitants pour exposer les résultats de l’expertise du CSTB. Elle enjoint également Euroméditerranée à venir présenter les conclusions du rapport Urbanis devant les habitants. Cette question du choix entre rénovation et démolition est une constante du traitement des immeubles les plus dégradés des grandes copropriétés. Les tours H et B de Kalliste sont appelées à disparaître. Les tours C et A du parc Corot également. Maison-Blanche est sur la balance. Bel Horizon y entre aussi.

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