Les élèves de Ruffi cantonnés aux préfabriqués pour « garder la place aux nouveaux habitants »

Actualité
le 20 Nov 2019
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Alors qu'ils s'attendaient à une rentrée 2020 dans de nouveaux locaux, les parents d'élèves de l'école Ruffi (3e) viennent d'apprendre que la majorité des enfants resteront dans les préfabriqués. "Il faut garder la place pour les nouveaux habitants" d'Euroméditerranée, justifie l'élue municipale chargée de l'éducation.

Sortie de l'école Ruffi (3e). Archives Marsactu.

Sortie de l'école Ruffi (3e). Archives Marsactu.

L'enjeu

La mairie s'apprête à voter la carte scolaire de la nouvelle école Antoine-de-Ruffi qui exclut les élèves de l'actuelle école Ruffi construite en préfabriqués, à quelques mètres de là.

Le contexte

La mairie destine l'école neuve pour les nouveaux venus d'Euroméditerranée du côté d'Arenc. Certains habitants du 3e ont le sentiment d'être exclus.

« Il y a deux ans, on nous disait qu’il allait y avoir une extension et une rénovation. Elles n’ont jamais eu lieu. L’année dernière, on nous a dit que notre nouvelle école allait être construite un peu plus loin. Depuis septembre, on voit la nouvelle école se construire. Et aujourd’hui, on nous dit que ne n’est pas pour nous! », rage Leïla Freih-Elhadj-Mohamed, mère d’élève déléguée de l’école Ruffi (3e), en pointant l’école flambant neuve Antoine-de-Ruffi, à 300 mètres de là.

Construit en 2002 en préfabriqués, l’établissement scolaire Ruffi devait, à la base, n’être que provisoire afin d’accueillir neuf classes des écoles avoisinantes surchargées. Dix-sept ans plus tard, l’école, classée au sein du réseau d’éducation prioritaire renforcée (REP+), en compte 17. Très chaude l’été, très froide l’hiver, des plafonds qui s’effondrent, pas d’arbre dans la cour… « C’est un environnement sinistre, il faut le dire ! », s’agace une enseignante sous couvert d’anonymat. Un environnement sinistre que ses élèves ne sont pas prêts de quitter.

« Il faut garder des places pour les nouveaux arrivants »

Lundi prochain, le conseil municipal doit voter un nouveau périmètre de la carte scolaire, au détriment des enfants de l’école Ruffi, comme le relève La Marseillaise ce lundi. Alors que leurs parents s’attendaient à un transfert complet dans les nouveaux locaux « en dur », seulement une petite partie pourra aller dans la nouvelle école, au bout de la rue. « Chaque fois que nous ouvrons une nouvelle école, nous définissons un nouveau périmètre, justifie auprès de Marsactu l’adjointe au maire chargée des écoles Danièle Casanova. Nous n’avons rien promis, j’ai toujours dit que l’école Ruffi allait continuer d’exister. Et il n’y aura pas la place pour un transfert sachant que l’on prévoit que le quartier va se peupler. Il faut garder des places pour les nouveaux habitants. »

« La nouvelle école ne viendra pas en remplacement de celle de Ruffi. Il n’y aura pas de transfert de tout le monde, confirme encore l’inspection d’académie. Et comme toutes les écoles, elle ouvrira progressivement. » Et ce même si la lecture du rapport au conseil municipal nous apprend que « le groupe scolaire Antoine-de-Ruffi offrira, en septembre 2020, 22 classes supplémentaires à la population du 2e arrondissement ». « Offrir ne veut pas dire qu’elles seront ouvertes directement », explique l’élue. Seules 4 ou 5 classes devraient ouvrir en 2020, précise l’inspection d’académie.

« On perpétue les inégalités sociales »

Pour certains parents, l’incompréhension est totale. « Pourquoi on ouvre que quatre classes alors qu’on pourrait en ouvrir vingt et accueillir tout le monde­ ? », s’interroge-t-on devant le portail. Dans les couloirs de l’école Ruffi, la nouvelle non plus, ne passe pas. « Ce nouveau périmètre comprend surtout les nouveaux immeubles d’Euroméditerranée, constate l’enseignante citée plus haut. Une école de riches pour des immeubles de riches. Et nos élèves, dont les parents sont dans des conditions socio-économiques difficiles vont rester dans des locaux vétustes. »  Rue d’Anthoine, boulevard de Briançon, rue Caravelle, rue Édouard-Crémieux, rue René-Cassin, quai d’Arenc… Le nouveau périmètre pour l’école Antoine-de-Ruffi, semble en effet dessiné en forme de fleur pour les nouveaux habitants, plus aisés, d’Euroméditerranée. Certains parents n’hésitent pas à employer le terme de « ségrégation ».

« Ici, nous sommes tous maghrébins ou africains. C’est comme si on disait « ils sont là bas, qu’il y reste » », poursuit Leïla Freih-Elhadj-Mohamed, dont la fille est en CE2. Difficile de ne pas ressentir une mise à l’écart volontaire. « Vous imaginez, on a en face une école privée, puis on construit une école à 10 millions d’euros à côté où on ne pourra pas aller. En fait, on fait tout pour que les gens soient dégoûtés et s’en aillent », complète Sandrine Zritis-Desmaris, également parent déléguée. « On est en train de perpétuer les inégalités sociales », conclut une enseignante.

« Tout ça a été fait très discrètement »

Danièle Casanova balaie ces inquiétudes. « Le périmètre de la nouvelle école empiète sur trois écoles qui sont celles de Bellevue, Félix-Pyat et Ruffi. Donc trois écoles en REP +. Dans cette école, se côtoieront les enfants de classe modeste et ceux, un peu plus aisés d’Euroméditerranée. » Quant à la majeure partie des élèves de Ruffi, ils devront attendre la création de la cité scolaire internationale repoussée à 2024, informe l’élue, qui n’a toujours pas pris le temps de répondre aux parents d’élèves inquiets. Ces derniers, ou en tout cas les délégués, doivent se réunir ce jeudi pour décider d’une éventuelle mobilisation. L’équipe pédagogique compte bien les soutenir.

« On sent une non-connaissance chez certains parents, il faut informer. On ne peut pas agir si on ne sait pas les choix qui s’offrent à nous. On veut que les parents sentent qu’on est là. On espère une mobilisation. Tous ça c’est pour leurs enfants, pour nos élèves », veut croire l’enseignante citée plus haut. Mais certains regrettent déjà le peu de temps dont ils disposent : « La sectorisation va être votée ce lundi. Ça nous laisse aucun champ libre pour se faire entendre. Tout ça a été fait discrètement… »

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Commentaires

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  1. Happy Happy

    École privée neuve pour les habitants des logements privés neufs, école publique neuve pour ceux des logements sociaux neufs, école indigne pour les captifs de l’habitat indigne. Tout ça est très cohérent et assumé presque explicitement.

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  2. Jean Peuplus Jean Peuplus

    Comme l’a dit E Macron : « Les maires sont les piliers de la République », il devrait aller visiter l’école Ruffi pour constater à quel point la République peut se montrer indigne.

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  3. Pitxitxi Pitxitxi

    Est-on sûr d’être vraiment en territoire français à Marseille, où le principe républicain d’égalité est plus que jamais piétiné ? Cette politique a malheureusement un nom : il s’agit d’un véritable apartheid social.

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  4. Dark Vador Dark Vador

    Monsieur de La Palisse serait ravi de ces « vérités » qui sautent aux yeux aujourd’hui! Qu’est-ce que nous ne sachions pas déjà depuis de longues années? La ségrégation? On l’a toujours connue, la coupure en deux Nord-Sud de Marseille? Tarte à la crème depuis des décennies, choix municipaux de la gentrification du centre? Une réalité que nous connaissions tous. 2020 : il y aura un geste à faire en grand nombre : voter pour un « dégagisme » fort et ample!

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  5. Electeur du 8e Electeur du 8e

    « La honte de la République », titrait Libé à propos des écoles de Marseille. Mais en réalité, la honte de la République, ce sont ces élu·e·s qui assument ouvertement leur politique ségrégationniste. Dégageons-les (et espérons que les parents d’élèves de l’école Ruffi-Préfabriqués iront voter) !

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  6. Brallaisse Brallaisse

    Ce catholique conservateur de droite, cynique patenté , clientéliste invétéré prêt à tout pour conserver le pouvoir,en résumé un type odieux gère cette ville depuis des années avec son équipe d’obligés , Vassal et Gilles en tête.
    Ce gang se gargarise à longueur de journée sur Marseille capitale de la Méditerranée, tu parles (Gaudin+Vassal),Gilles veut faire de Marseille une deuxième NYC, faut arrêter la mauresque mon gars .Il nous assènent le multiculturel et le bien vivre marseillais. Du flan !
    Et en même temps comme dirait qui nous savons, les mêmes ont une politique anti sociale sur les quartiers Nord. Pas de transports, pas d’écoles, pas de crèches, pas d’équipements sociaux, pas de sécurité, les logements à l’abandon.
    Et ces mêmes gens s’étonnent que ces habitants à l’abandon ne s’intègrent pas et que l’ascenseur social ne fonctionne plus.
    Cette ségrégation sociale est insupportable mais aussi source de problèmes au quotidien et de violences.
    Concernant la mère CASANOVA, toujours aussi bête que méchante dans ses propos. Mais nous en avons l’habitude, malheureusement.
    Alors ils jouent leur va-tout. Extrémistes ils essayent d’attirer le RN/FN dans leurs filets, Vassal et Gilles en premiers, ils baissent leurs masques.
    Cette équipe LR fait partie de la Droite la plus bête du Monde , mais aussi de la plus inhumaine aussi.
    Virons les .

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    • Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

      OUAIS D’ACCORD. VIRONS LES. ET AVEC LE MOINS D’EGARD POSSIBLE CONCERNANT MADAME CASANOVA.

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  7. Forza Forza

    Est-ce volontairement que tous ces élus continuent à nous donner des périmètres et des versions différentes de qui va où, ou tout simplement parce qu’ils ne savent pas trop bien de quoi ni de qui ils parlent ? (avec eux j’hésite toujours entre incompétence et malfaisance). Si je ne m’abuse dans le 2e arrondissement il y a en tout et pour tout un seul immeuble qui sera livré en 2020 : ça ne va pas remplir une école, ni même 4 ou 5 classes. Si on parle du périmètre décrit par Violette en revanche, c’est le 3e et il y a effectivement les « Docks Libres » qui n’ont toujours pas d’école (premiers appartements livrés en 2015, quand même, donc PPP annulé ou pas c’était mort pour accueillir les enfants des nouveaux habitants).
    Quant à Mme Casanova qui n’a « rien promis » et « toujours dit que l’école Ruffi allait continuer d’exister »… elle a la mémoire courte, et nous les yeux qui piquent…
    https://euromedhabitants.files.wordpress.com/2019/11/191217-cp-antoine-ruffi.pdf

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    • kalev kalev

      « (avec eux j’hésite toujours entre incompétence et malfaisance) »
      N’hésitez pas imcompetence ET malfaisance.

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  8. ALAIN B ALAIN B

    Mensonge et désinformation
    Lors de Lde la nouvelle école RUFFI avec GAUDIN et son équipe avait affirmé que l’ancienne école serait détruite et que les élèves de RUFFI intégreraient la nouvelle école
    Ces élus de droite mentent et désinforment: tout le monde sait que la cité scolaire internationale ne sera pas pour les élèves de nos quartiers, le fonctionnement de ces établissements est différent

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  9. Maxvalmax Maxvalmax

    Et ça continue en gore et en gore. Casanova est une plaie infinie. A quelle heure la réunion de jeudi ?

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  10. Tarama Tarama

    Euroméditerranée (au moins depuis sa prise en main par l’équipe Gaudin il y a… 25 ans) n’a jamais été autre chose qu’une opération immobilière (juteuse) de remplacement de population, en dégageant les pauvres du centre-ville et littoral portuaire.

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    • Forza Forza

      Sauf que sur cette histoire précise :
      1/ La majorité des « nouveaux habitants » d’Euromed les plus proches de la nouvelle école sont déjà là et habitent dans des immeubles (mixtes) qui ne font pas partie du nouveau périmètre scolaire tel que décrit par Violette (et dont le tiers n’appartient pas à Euromed, notamment les « Docks Libres »)… Mais peut-être que Mme Casanova n’est pas au courant puisque de toute manière elle ne sait même pas combien il y a d’écoles…
      2/ Si les équipes d’Euromed n’avaient pas été là il n’y aurait pas d’école du tout (ils ont fini par reprendre le projet parce que la municipalité ne bougeait pas — attendant probablement encore un coup que quelqu’un propose de construire une école de curés :p )
      3/ On est bien d’accord que tout cela est honteux car ce n’était absolument pas ce qui était prévu et qu’il faut que les élèves de l’école Ruffi et tous ceux à venir habitant dans le périmètre immédiat de l’école soient accueillis en priorité dans cet établissement.
      4/ RV lundi 8 h devant la Mairie avant ce « conseil municipal de la honte ».

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  11. Brallaisse Brallaisse

    En espérant surtout que l’opposition municipale soit offensive et mette face à ses responsabilités cette nullimunicipalite dans le cadre du rapport de la CRC.

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  12. Brallaisse Brallaisse

    Cette histoire d’école de la rue de RUFFI me fait penser à ces gamins qui passent devant une vitrine de jouets avec envie et dont les parents leurs disent que cela n’est pas pour eux. Sauf que dans notre cas il s’agit d’une école qui là aussi n’est pas pour eux.
    Défendre et tenter de justifier cette position et véritablement une honte.

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