Le viaduc de Martigues dans un état préoccupant ? « Une grosse maladresse » de communication

Décryptage
le 28 Sep 2018
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Ce mercredi, le ministère des transports publiait un classement des ponts français en fonction de leur état : celui de Caronte, à Martigues apparaît comme l'un des deux plus inquiétants de cette liste. Pourtant, depuis 2012 des travaux sont menés et la phase de mise en sécurité est terminée depuis 2015.

Le pont de Caronte, sur la commune de Martigues. Capture d'écran Google Map.

Le pont de Caronte, sur la commune de Martigues. Capture d'écran Google Map.

Depuis hier, c’est le branle-bas de combat à la mairie de Martigues. Attachés de presse et élus tâchent de rectifier le tir « suite aux publications concernant le pont autoroutier », fait-on savoir. « On ne comprend pas, on ne s’attendait pas à ça. En tout cas s’il y a un danger, on n’est pas au courant », glisse une chargée de communication. Ce mercredi, le ministère des transports a en effet décidé de mettre en avant un classement des plus grands ponts du réseau national afin d’évaluer leur état et le viaduc de Caronte, à Martigues, écope de la plus mauvaise classification. « 3U » pour « ouvrage dont la structure est gravement altérée, et qui nécessite des travaux de réparation urgents liés à l’insuffisance de capacité portante de l’ouvrage ou à la rapidité d’évolution des désordres pouvant y conduire à brève échéance« . Sur les 160 ponts pris en compte, seuls le viaduc de Caronte et celui d’Echinghen, dans le Pas-de-Calais, sont dans ce cas.

« Le viaduc de Caronte a fait l’objet de travaux, qui se poursuivent. Le comité d’experts qui s’est réuni en avril 2018 a permis d’ores et déjà de lever le caractère U de la cotation de l’ouvrage, que la prochaine inspection ou visite permettra de confirmer », précise tout de même le communiqué des services de la ministre Elisabeth Borne. Le communiqué ne dit pas si, en revanche, il doit rester dans le catégorie 3, c’est-à-dire parmi les ouvrages « dont la structure est altérée et qui nécessite des travaux de réparation mais sans caractère d’urgence ». Une communication floue qui n’a pas manqué de placer Martigues dans les gros titres. « Liste des 23 ponts en mauvais état en France : Martigues concernée », annonçait ainsi France 3 ce jeudi sur son site. Interrogée par Marsactu, Elisabeth Borne, ministre des transports explique la démarche :

« Après l’accident du pont de Gènes, le gouvernement a décidé d’opérer une inspection de l’ensemble des infrastructures. Par souci de transparence, nous avons décidé de rendre public le résultat de cet audit. Le pont de Caronte fait partie des infrastructures qui nécessitent des travaux. Ces travaux sont en cours. Une fois les travaux finis une mission d’inspection permettra de nous assurer qu’il n’y a pas de problème. » 

Du côté de la mairie de Martigues, l’opération de communication de la ministre ne passe pas. « Je me demande bien sur quelles études ils se basent, ou alors je n’en ai pas connaissance. Il n’y a vraiment pas lieu d’affoler la population. Il s’agit d’une grosse maladresse de la part de la ministre », s’agace Gaby Charroux, maire PCF de Martigues. Si l’édile montre des signes d’énervement, c’est probablement parce qu’il voit depuis 2012 le pont de Caronte en travaux. Lors d’une première phase, qui a duré jusqu’en 2015, les structures en béton ont été consolidées, voire remplacées. « Pour ce faire, les techniciens ont dû soulever le viaduc ! », note fièrement sur son site la Direction interdépartementale des routes Méditerranée (Dirmed), gestionnaire de l’ouvrage.

« La classification 3U ne concerne qu’une partie de l’ouvrage »

La seconde phase des travaux, elle, n’est pas encore terminée. Mais déjà bien entamée. Elle doit prendre fin en 2020 et concerne cette fois-ci les structures métalliques (remise en état des barrières de retenue, grillage anti-chute, pose des conduites de récupération des eaux pluviales…). « Les travaux déjà engagés, de l’ordre de 30 millions d’euros depuis 2012, ont sécurisé l’ouvrage. Il reste environ 10 millions à investir pour en assurer le pérennité, par la mise en peinture par exemple », précise-t-on à la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement.

« Oui, en 2012, le caractère d’urgence était justifié. Je me souviens, les services de l’État sont venus me dire, « si on ne fait pas quelque chose, dans trois ans, le pont sera mort ». Mais ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui. Les services du ministère n’ont pas du tout connaissance du détail des travaux », poursuit Gaby Charoux.

Depuis quand ce pont est-il classé « 3U » ? À quelle fréquence cette notation est-elle réévaluée ? Pourquoi écope-t-il encore de cette classification d’urgence alors que des travaux sont menés depuis 6 ans et que la mise en sécurité est achevée ? La réponse est technique. « En fait, cet ouvrage comprend plusieurs structures. Certaines sont en métal, d’autres en béton. La classification 3U n’est attribuée qu’aux structures en métal, explique Stéphane Leroux, chef de service des politiques d’exploitation de la Dirmed. La partie en béton n’est plus 3U depuis 2015 mais 2E, c’est-à-dire qu’elle présente seulement des défauts mineurs. Quant à la partie métallique, elle a été contrôlée en 2015, en 2016 et en 2017 mais ce n’était que des inspections partielles. » Il faudra donc attendre la prochaine inspection détaillée en 2019 pour que la mauvaise note du pont de Caronte soit réévaluée. D’ici là, les usagers « n’ont pas de raison de s’inquiéter », rassure la ministre. La transparence c’est bien, avec un peu de pédagogie, c’est mieux.

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