Le club professionnel Fos Provence basket peut-il vivre sous perfusion publique ?

Info Marsactu
le 22 Oct 2018
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Dans un rapport à paraître et que Marsactu s'est procuré, la chambre régionale des comptes estime que la subvention attribuée au club – 1,7 million d'euros cette année – sert essentiellement à financer l'équipe professionnelle plutôt qu'à des missions d'intérêt général.

Image Clara Martot

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Dans le jargon du basket, on appelle ça un cake : le joueur est contré brutalement par un adversaire dans son chemin vers le panier. En l’occurrence, les joueurs s’appellent René Raimondi, maire de Fos-sur-Mer, et Nacer Meddah, président de la chambre régionale des comptes (CRC). Les magistrats financiers critiquent dans un rapport à venir que Marsactu s’est procuré les financements municipaux à Fos Provence basket, pensionnaire de l’élite du basket français depuis le début de l’année. « La subvention de la collectivité couvre avant tout le fonctionnement du secteur professionnel », s’agace la chambre relançant le débat de l’argent public dans le sport pro.

Le basket français ne vit pas dans l’opulence de ses homologues américains ou du football. Tout juste promu en « Jeep élite » selon le nom sponsorisé de l’ancienne Pro A, Fos Provence basket n’a pas un énorme budget : 3,1 millions d’euros, le plus faible de la division. Et, sur ce total, plus de la moitié de la somme est apportée par la Ville de Fos qualifiée par le journal économique La Tribune de « premier supporter ». En plus de lui prêter la halle Parsemain pour les matches, elle verse cette année 1,7 million d’euros soit 500 000 de plus que ce qu’elle versait précédemment quand le club jouait en Pro B. Une augmentation qui permet « par exemple de signer deux joueurs de bon calibre, même avec les cotisations salariales », notait alors le site Be Basket.

Deux tiers du budget en subvention

Mais la chambre l’explique bien, la subvention a officiellement été versée dans le cadre du code du sport qui indique que « pour des missions d’intérêt général, des associations sportives, peuvent recevoir des subventions publiques ». En clair, l’argent de la commune ne devrait pas servir à payer les joueurs pros mais peut subventionner par exemple l’école de basket ou les actions citoyennes réalisées par le club. Un rapport rendu par une mission du Sénat sur les rapports entre le sport professionnel et les collectivités territoriales en 2014 porte la même analyse que la chambre régionale des comptes : « C’est le critère de l’intérêt général qui doit fonder l’action des collectivités territoriales en matière d’aide et non pas des objectifs commerciaux ou sportifs », estimait-il.

Un simple calcul budgétaire effectué sur l’année 2016 (la dernière examinée), permet aux magistrats de convaincre du contraire. Quand la rémunération du personnel du club (l’association regroupe amateurs et professionnels) coûte 1,07 million d’euros sur un budget global 2,2 millions, la subvention d’1,45 million d’euros couvre au moins en partie le fonctionnement de la section professionnelle.

Cela n’empêche pas le club et la Ville de soutenir que la subvention correspond aux missions d’intérêt général, dans lequel elle inclut, s’amuse la chambre, « le bon niveau sportif ». En plus de souligner « une politique sportive axée sur la formation, le perfectionnement et l’insertion scolaire ou professionnelle des jeunes sportifs accueillis dans les centres de formation », la Ville a tout de même produit une liste de missions d’intérêt général. On y trouve « « des actions d’insertion professionnelle », « la promotion des valeurs morales et de l’éthique sportive », « l’organisation de séances d’entraînement dans des maisons de quartier de la commune », « des démonstrations sportives » et « des invitations à des entraînements pour les associations, centres sociaux et enfants des écoles ».

Au sein du club, le directeur marketing Christophe Sanchez complète : « Nous avons des projets culturels avec par exemple un concours de dessins qui mobilise tous les élèves des écoles. Nous avons aussi des partenariats privés et nous aurons bientôt une démarche autour du sport entreprise et de la prévention des risques psychosociaux. Aujourd’hui, si on veut que le club soit pérenne, il est vital de dépasser le cadre sportif et des dix joueurs qui sont professionnels. »

De la « littérature », juge-t-on dans les couloirs de l’hôtel de Ville

Malgré l’inventaire long comme un banc de touche, la CRC n’est pas convaincue. « Aucun document ne permet d’évaluer les moyens mobilisés par l’association pour réaliser lesdites missions et de justifier l’emploi des subventions. La commune n’était pas, au moins jusqu’en 2016, en mesure de contrôler l’effectivité et la valeur des missions d’intérêt général qui conditionnent pourtant le versement des subventions ».

Dans les couloirs de l’hôtel de Ville, où l’on ne s’exprime pas publiquement avant le conseil municipal prévu ce lundi soir, on veut aujourd’hui convaincre que l’analyse de la CRC n’est que « littérature » et qu’elle résulte d’une mauvaise analyse. « Il ne faut pas confondre le fait que le club est sous une forme associative et celui qu’il sera demain peut-être sous forme professionnelle. À ce moment-là, les règles changeront. » Notre interlocuteur admet tout de même qu’on ne peut « pas dire aujourd’hui que le club va pour 1,7 million d’euros faire des missions d’intérêt général, ce n’est pas possible. »

Tous les acteurs évoquent en tout cas la possibilité que Fos Provence basket s’oriente vers une société adossée à l’association pour gérer la partie professionnelle. Après un projet avorté il y a quatre ans, Fos Provence basket est aujourd’hui le seul club associatif de l’élite du basket français. Le club mène « une réflexion » en ce sens et la CRC y voit une mesure de « transparence ». La mairie verrait aussi cela d’un bon œil et imagine prendre du recul à cette occasion.  Cela ne signifierait pas pour autant l’arrêt du soutien municipal qui pourrait alors prendre d’autres formes comme du sponsoring ou des espaces publicitaires. Quel que soit son statut, le club devra trouver des partenaires privés. Depuis plusieurs mois, les recherches sont en cours. Le 16 octobre, c’est ainsi Arcelor Mittal, implanté dans la ville, qui a signé « un partenariat premium » avec le club.

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