Le budget participatif, nouvelle béquille des politiques publiques locales
Lancée fin 2023 par la Ville de Marseille, la première édition du budget participatif arrive à une nouvelle étape : la sélection des lauréats. Au sein des projets retenus, plus de la moitié concerne l'aménagement de parcs et d'espaces publics, des obligations que la Ville ou la métropole doivent normalement remplir.
La rénovation du terrain de foot de la place Burel, à la frontière des 3ᵉ et 14ᵉ arrondissements. (Photo : IM)
À l’arrêt de bus de la place Burel, Evin, 18 ans, attend le 31. La lycéenne habite le 3ᵉ arrondissement, mais fréquente peu cet endroit, où passe l’autopont de Plombières. “Ici, je ne viens jamais me poser, c’est trop moche. Il y a trop de voitures, et ce n’est pas propre…” Plusieurs habitants ont donc proposé, via le budget participatif, lancé fin 2023 par la Ville de Marseille, l’aménagement d’espaces dans ce quartier, et dans les 2, 3, 13, 14, 15 et 16ᵉ arrondissements.
La végétalisation de la place Raphel, l’installation de mobilier au parc Mistral, la piétonisation le long du canal des 15/16… Au sein des 45 projets retenus par la municipalité, la moitié concerne des aménagements d’espaces publics ou de parcs. En bref, des compétences de la Ville ou de la métropole.
Pour le moment, le terrain de foot n’est pas aménagé. (Photo : IM)
À Burel, l’unique structure de l’aire de jeux attire quelques enfants. Ruchdy, 33 ans, qui surveille les siens depuis un banc, préfère les emmener à la nouvelle Plaine des sports, à la Busserine, plus au nord, ou au parc Borély, plus au sud. Le terrain de foot d’à côté est désert : quelques plots de chantier traînent, et les mini-buts installés par la mairie des 13/14 sont délabrés. “Il n’y a rien ici, on ne peut pas faire de basket, on ne peut pas s’asseoir”, explique le jeune papa.
La municipalité installera donc “un city stade, une aire de jeux, un espace ombragé et des assises”, si le projet a récolté assez de votes. Ces derniers ont été clôturés ce dimanche 3 novembre. Réponse “avant fin novembre”, annonce Théo Challande Névoret, adjoint chargé de la démocratie locale.
rénover et aménager
Les habitants des quartiers Nord ont également pu voter, par exemple, pour améliorer l’accueil à la bibliothèque du Merlan (14ᵉ), en “rénovant son éclairage, sa signalétique et son couloir d’accès”, et en dessinant “une fresque”. Sur la page du budget participatif, l’une des votantes, dont l’idée a inspiré ce projet, décrit un lieu “peu connu et mal indiqué”, à “l’entrée flippante”. “La lumière éclaire mal, les escaliers sont petits, ce qui crée une ambiance glauque”, continue-t-elle.
Au Merlan, la bibliothèque manque d’indications. (Photo : IM)
Lorsqu’on arrive devant ce grand centre urbain du 14ᵉ, il n’est pas évident de comprendre qu’une bibliothèque se trouve à l’étage. Seul un panneau indiquant le lieu pointe vers l’entrée, mais ce que l’on voit surtout, ce sont les grandes lettres cuivrées “centre urbain” et la signalétique “scène nationale de Marseille”.
À l’intérieur, dans une petite salle remplie de livres jeunesse, quatre enfants jouent et se chamaillent. “Tout le monde ne sait pas qu’il y a cet espace ici”, affirme Sarah, mère de famille, qui les surveille du coin de l’œil. “Et puis le parking souterrain est sinistre… J’ai dû prendre les escaliers avec la poussette, parce que l’ascenseur n’est pas indiqué”, renchérit Leïla, son amie, qui vient pour la première fois.
Remplacer les collectivités ?
Pourtant, la rénovation de la bibliothèque a été votée en conseil municipal en 2019, alors que Jean-Claude Gaudin était encore maire. Dans la délibération du 17 juin, il est écrit : “Une mise en valeur de la
bibliothèque devient aujourd’hui une priorité.” Il était prévu notamment de “réaménager tout l’espace d’accueil du public”. Cinq ans plus tard, la Ville nous répond à ce sujet : “Si le projet du budget participatif est voté, il pourra être intégré à ce projet de rénovation de la bibliothèque.”
Ces aménagements posent donc la question du rôle du budget participatif par rapport aux politiques publiques préexistantes, mais aussi de la répartition des compétences entre la Ville, responsable du projet, et la métropole, chargée de l’entretien des espaces publics. “Même sur du foncier métropolitain, on a des possibilités d’action. On est de l’ordre de l’exception sur ce type de projets, et cela n’allongera pas le calendrier”, assure Théo Challande Névoret.
Des projets solidaires
Rapidement, à la bibliothèque, la discussion porte sur d’autres problématiques auxquelles les deux mamans font face. “Ils ont pensé à rénover le parc de Font Obscure ? Ce n’est pas adapté pour tous les âges… On est obligées d’aller à l’Agora”, confie Leïla. Au-delà de ces aménagements publics, très demandés par les habitants et habitantes de ces six arrondissements, d’autres projets relèvent plus de l’entraide, et correspondent davantage au concept de budget participatif.
Dans les 13 et 14ᵉ, beaucoup ont proposé la mise en place de frigos solidaires. Chacun d’entre eux est géré par une association, un commerçant ou une entreprise. Le frigo est placé à l’extérieur sur le trottoir, et les passants ou les commerçants de bouche peuvent y déposer des denrées alimentaires, servant aux personnes qui en ont besoin. “Ça favorise l’entraide locale, et ça diminue le gaspillage alimentaire”, précise Dounia Mebtoul, la cofondatrice de l’initiative.
À Marseille, le premier frigo a été installé devant l’ancien restaurant Coco & Nuts (6ᵉ) en 2018, et aujourd’hui, trois autres sont implantés au centre d’animation du Rouet (8ᵉ), à l’Armée du Salut (3ᵉ) et à la Laverie sociale (1ᵉʳ). Avec le budget participatif, Dounia Mebtoul espère que ces initiatives se concrétiseront dans les quartiers Nord. “Je n’avais jamais vu autant d’engouement dans une ville, je suis assez hallucinée, sourit la jeune femme. On a eu 18 projets proposés via le budget participatif.”
mise en place jusqu’à 2026
Avant la clôture des votes le 3 novembre, près de 2 500 Marseillais et Marseillaises ont voté. Quelque 900 idées avaient été émises. Après arbitrage, la Ville en a présélectionnées 45. Finalement, seule une dizaine de propositions seront effectivement mises en place dans ces six arrondissements, avec un budget total de 1,5 million d’euros.
“Nous avons envie de consacrer une journée pour révéler les lauréats, les gens nous la demandent beaucoup”, annonce Farida Benaouda, conseillère municipale déléguée aux budgets participatifs. Une fois les projets déterminés, la Ville aura jusqu’à fin novembre 2026 pour les mettre en place. Une deuxième édition, concernant les autres arrondissements, devrait être lancée avant fin novembre.
Commentaires
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2500 votes sur 960 000 habitants? C’est quand même très peu.
Enfin : est ce que Marsactu ne pourrait pas préciser exactement les compétences des deux collectivités, Ville et Métropole ? Vous dites que ça relève des deux : comment ?
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NON … pas tout à fait 960 000 habitants ! En fait, les projets étaient à soutenir dans 6 arrondissements rappelés en début d’article (2è, 3è, 13è, 14è, 15è, 16è) = les habitant.es du 4è ou du 5è, par exemple, soit ne se sentaient pas concerné.es, soit n’ont pas été consulté.es.
Cf en fin d’article, dispositif sera reproduit en 2026 dans d’autres arrondissements.
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