Laver, frotter, aspirer… dix heures par jour, cinq fois par semaine

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le 7 Fév 2014
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Ce sont des ombres – féminines pour la plupart – que l’on croise tôt dans les transports en commun, souvent écrasées de fatigue. Les employés qui arrivent au bureau voient rarement celles et ceux qui passent l’aspirateur, vident les corbeilles, nettoient les sanitaires. A l’appel de la CGT, le 4 février dernier, ces travailleurs de la propreté se sont mobilisés  à Marseille et dans toute la France, pour réclamer une prime de 13e mois, une revendication vieille de 40 ans.

L’occasion de mettre un nom sur ces silhouettes, de comprendre la réalité de leur travail. A 53 ans, Najat a 20 ans de métier dans le nettoyage. Aujourd'hui, cette employée d’un grand groupe raconte sa longue journée à répéter les mêmes gestes. Ses temps de pause, elle les passe à courir dans le métro d'un "chantier" à l'autre. C'est par ce terme lourd de sens que les salariés de la multinationale qui l'emploie qualifient les sites sur lesquels ils travaillent.  Quelle que soit l'entreprise, les salariés de la propreté témoignent tous d'horaires interminables ou entrecoupés de longues pauses, loin de leur domicile. Pour Najat, tout commence au milieu de la nuit.

4 heures du matin : "Je me réveille très tôt parce que je démarre à 5 heures dans la première entreprise, dans le secteur de la Joliette. Heureusement, j'habite tout près". La quinquagénaire travaille une heure dans ces bureaux des Docks. Elle y accomplit les tâches classiques d'une femme de ménage : "Passer l'aspirateur, vider les poubelles, nettoyer les surfaces, les sols et les sanitaires".

6h – 8h : Elle quitte son premier poste pour se rendre à deux pas dans les bureaux de Constructa, sur le boulevard de Dunkerque. Cette proximité géographique n’est pas un hasard. C’est même un combat.  "Il ne faut pas se laisser faire sinon les employeurs t’envoient trop loin. Si on n’accepte pas de travailler où ils veulent, ils font pression : ils cherchent la «petite bête»". Cela passe par des reproches répétés de la part des cadres sur la qualité du travail ou du pinaillage sur les horaires. Pour Najat, ce rapport de force a pour objectif de les forcer à accepter des sites parfois très éloignés les uns des autres. "Par exemple, une amie qui habite à Marseille a été envoyée jusqu’à Aix. Elle n’a pas pu se défendre car elle ne parle pas très bien français. Ils ont profité de sa faiblesse et elle est tombée en dépression". Elle-même a traversé un épisode dépressif. "Mais j'ai vite arrêté les cachets. Je n'arrivais plus à me lever à 4 heures".

8h30 – 11h30 : Pour Najat, la course contre la montre commence véritablement à 8h30. Elle dispose d’une demi-heure pour quitter son poste, et se rendre rue Roux de Brignoles, dans le 6e arrondissement. "Il faut que je me presse car je prends le métro à la Joliette et change de ligne à Saint-Charles pour descendre à Estrangin". Si elle a de la chance, elle trouvera une place où s'asseoir dans le métro pour reposer ses pieds fatigués. Najat fait le même constat que ses collègues à propos de l’état dans lequel ils trouvent les lieux à nettoyer. "Certains s’en foutent, ils ne respectent rien. Il y en a même qui urinent par terre. Mais il ne faut rien dire. Les patrons nous disent que le client est roi".

12h – 13h : Après 6 heures de ménage, il n’est pas encore temps de ralentir le rythme. Najat repart à la Joliette. Là encore elle n’a que 30 minutes pour se rendre avenue Robert Schuman où elle effectue une heure de ménage au sein du bâtiment Europrogramme pendant que les employés prennent leur déjeuner. Tous les jours ce sont les mêmes meubles à dépoussiérer, les mêmes poubelles à vider, les mêmes couloirs à frotter. Un labeur aussi épuisant physiquement que moralement. Reconnue travailleuse handicapée, elle souffre de problèmes de dos comme beaucoup de femmes de ménage. Les agents de la propreté, selon le ministère du Travail, sont exposés à des risques de dermatoses allergiques et des brûlures cutanée ou oculaires en raison des produits qu'ils manipulent.

13h00 – 16h30 : Najat a déjà vécue une pleine journée de travail quand elle rentre chez elle pour quelques heures de vraie pause. Cela ne veut pas dire qu'elle a le temps de faire la sieste. "En plus des 33 sanitaires que je dois nettoyer tous les jours, il y a aussi les miens à faire", sourit-elle. Si ces deux aînés ne vivent plus avec elle, il lui reste un enfant à charge et un foyer à entretenir.

16h30 – 19h30: Sa pause terminée, Najat reprend le métro pour se rendre boulevard National. Encore trois heures de nettoyage avant de finir sa journée. Elle aura travaillé 10h. Ce planning se répète du lundi au vendredi, pour un total de 50 heures hebdomadaire, pour lesquelles elle perçoit 1480 euros net de salaire. Un taux horaire supérieur à la durée légale, un phénomène fréquent selon le ministère du travail. Ce n’est qu’aux alentours de 20 heures, que Najat arrive chez elle, épuisée. Plus que 8 heures avant qu’une nouvelle journée commence. La nuit sera courte.



View Itinéraire quotidien de Najat in a larger map

 

 

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Commentaires

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  1. hma hma

    C’est normal qu’elle n’est pas le droit a 11h consécutives de repos ??

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  2. JL41 JL41

    Et qui fait le ménage chez Marsactu ?

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  3. clara clara

    merci pour cet article, intéressant et utile
    puissent nos politiciens prendre conscience de la vie des invisibles, pour qui les services publics (transports, santé, éducation, inspection du travail..) sont des enjeux de mieux vivre

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  4. JL41 JL41

    N’y a-t-il pas dans le domaine du nettoyage professionnel, comme un redoublement du boulot tout aussi ingrat que font le plus souvent les femmes à la maison ?

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  5. Anonyme Anonyme

    Dans les entreprises on ne peut pas parler d’invisibilité des employées d’entretien. Ces personnes sont exploitées, mal payées, pas reconnues, mais au grand jour, même si ce n’est pas une consolation. En revanche, si vous alliez faire un tour dans certaines caves des beaux quartiers (rue Mermoz, bd Rodocanachi, bd Perier…)pompeusement baptisées “chambres de bonnes” qui abritent en toute illégalité des foules de personnes de toute origine utilisées comme esclaves par les habitants des beaux immeubles. Logées dans des conditions innommables (familles entières dans moins de 9 m2 ouvrant sur rue par un soupirail, eau prise au robinet des parties communes, pas de chauffage, pas de sanitaires….)Tous les mois on ramasse les “loyers” en liquide, et les “prestations” payées en chèques emploi services sont déduites des impôts. Pas belle la vie à Marseille pour certains!

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  6. fornairon fornairon

    Pour répondre à Clara, les écologistes de Marseille et Patrick Mennucci ont le projet de créer, en s’inspirant notamment de l’expérience de Rennes, un Bureau des temps. Une structure qui aura pour missions de concilier les attentes du public d’ouverture élargie des services et des équipements municipaux avec celles des salariés, et en particulier des salarié(es) à horaires atypiques, qui souhaitent avoir une vie familiale plus normale.
    Michel FORNAIRON Porte-parole de campagne pour EELV Marseille

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  7. Citoyen de l'Estaque Citoyen de l'Estaque

    Manifestement l’employeur de NAJAT sait qu’il respecte son repos quotidien incompressible, à savoir 9 heures en lieu et place de 11 heures, car les activités de nettoiement sont autorisées à exercer par période de travail fractionnées dans la journée; elles rentrent malencontreusement dans les mesures dérogatoires à la loi. Encore qu’il faudrait vérifier si l’amplitude de travail imposée est aussi respectée? Mais l’employeur se préoccupe-t-il véritablement de sa santé, du bouleversement et du dérèglement de sa chronobiologie qui accélère le vieillissement ; je suppose au moins qu’elle bénéficie de temps de récupération mensuel pour atténuer sa fatigue….Tous mes respects Najat pour votre courage.

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  8. Anonyme Anonyme

    Chapeau bas Madame, vous méritez notre admiration..
    Mais que font les services de l’Etat (tant de droite que de gauche) pour combattre ces caves à sommeil ???
    Au fait, 106/2 interventions, ça ne fait que 53 € HT pour nettoyer 120 m2…Et en combien de temps ? Toujours est-il que ça fait peu (de temps ou d’argent) pour la technicienne de surface à l’arrivée…

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  9. Taliesine Taliesine

    La realité est encore plus sordide, emplois sous qualifiés par excellence, vous occultez de parler des multiples contrats en cdd, en temps partiels qui fleurissent, souvent mélés a des menaces… Les prud’hommes sont saisis, souvent… Les employés, mal payés, sont mal défendus, souvent dans l’impossibilité de refuser ces “Chantiers”… Une profession digne mais avec des patrons voyous et sans scrupules !!!

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  10. Mistral Boy Mistral Boy

    Malheureusement les syndicats ne s’intéressent pas à ces salariés là ils préfèrent défendre les fonctionnaires qui ont de très bonnes conditions de travail c’est plus facile.

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  11. Anonyme Anonyme

    Ce métier est très difficile et les conditions d’exercice de cette femme ne sont pas simples. En revanche, l’article est particulièrement réalisé à charge. Il comporte de nombreuses erreurs et imprécisions. Ce métier est doté d’une fédération dont vous ne vous êtes pas rapprochés pour vérifier les déclarations faites. Ne serait ce que le salaire, la profession de la propreté dispose d’un smic de 2 à 3 % supérieur au Smic légal…

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