L’architecte du Vélodrome de 1998 demande 480 000 euros à la Ville

Actualité
le 18 Avr 2018
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L'architecte du stade Vélodrome conçu pour la coupe du monde de 1998 poursuit la Ville pour "atteinte à la propriété intellectuelle". Il estime que le nouveau stade dénature l'ancien édifice et réclame près d'un demi-million d'euros de dédommagements.

Le stade vélodrome lors de la dernière rénovation.
Le stade vélodrome lors de la dernière rénovation.

Le stade vélodrome lors de la dernière rénovation.

Il y a des soirées où le Vélodrome bout comme un chaudron de sorcière, à l’égal des plus grandes arènes d’Europe. Les supporters en sortent blindés d’acouphènes mais ravis d’avoir incarné le 12e homme pour un soir. Ces soirs-là, plus personne ne se souvient que le stade Vélodrome était encore célébré il y a dix ans comme une “coque de navire posée avec légèreté sur ses cales (…) en harmonie avec l’amphithéâtre des collines toutes proches”. Un homme ne l’oublie pas. Il s’appelle Jean-Pierre Buffi, il est l’auteur de ce Vélodrome oublié et sans doute aussi de ces lignes emphatiques.

Depuis plusieurs années, il poursuit la Ville parce qu’il estime son “droit de
propriété intellectuelle” bafoué par le nouveau Vélodrome qui a coiffé le stade d’un toit en 2014 sans garder grand chose de son précédent geste. Dans Le Monde, Jean-Pierre Buffi explique que le nouveau Vélodrome “masque presque totalement la création précédente”. Débouté en première instance en avril 2016, il continue de faire valoir ses droits devant la cour d’appel.

Provision pour contentieux

Lors du conseil municipal du 9 avril, la Ville a consciencieusement inscrit à son budget “une provision pour contentieux” pour un risque financier estimé à 480 000 euros. “C’est la somme exacte que ce monsieur nous réclame, précise Roland Blum, l’adjoint aux finances. Nous le faisons à la fois par souci de prudence et de transparence. Même s’il a été débouté en première instance, dans ce genre d’aléa judiciaire, il vaut mieux prévoir”.

À 80 ans bien tapés, Jean-Pierre Buffi refuse de commenter “une affaire toujours en cours”, et même de donner le nom de son avocat “sur ses conseils”. Mais il compte bien obtenir réparation. En effet, le code de la propriété intellectuelle protège les œuvres architecturales en ce qu’elles portent “la manifestation de l’empreinte de la personnalité de l’auteur”. Le propriétaire peut toutefois modifier ledit bâtiment pour des motifs légitimes notamment pour répondre aux “nécessités du service public”. Pour le Vélodrome, celle-ci tenait en un seul mot : un toit.

“L’enrhumeur”

“Notre stade, les supporters l’appelaient l’enrhumeur”, reconnaît François Avérous, architecte marseillais qui était associé à Jean-Pierre Buffi dans le chantier lancé à l’arrivée de Jean-Claude Gaudin à la Ville. Prévenu par ce dernier de sa volonté de poursuivre la Ville, il n’a pas souhaité s’associer à la démarche. Mais il assume le geste : “Nous avons voulu construire un stade ouvert sur le paysage, en écho avec les collines. Du haut de la tribune Ganay, on pouvait voir la mer”. Le défaut de cette option était l’ouverture aux quatre vents : “Effectivement, le son avait tendance à s’envoler. Ce n’était pas non plus très adapté au climat avec des vents d’Est et du Nord qui soufflent en rafales”.

Si ce côté “corolle” est un choix architectural, l’absence de couverture est “issue du cahier des charges”. “Nous avions 50 millions pour réaliser cet édifice en vingt mois, explique l’architecte. Avec un toit, c’était trois fois plus cher, du fait de l’absence de piliers”. Il souligne en passant que le Vélodrome précédent n’avait pas plus de toit, si ce n’est une casquette au-dessus de la tribune Jean-Bouin.

“Nous avons gardé une partie de la façade de ce côté-là, poursuit François Avérous. C’était la partie la plus emblématique et cela permettait de conserver le maximum de choses de l’ancien bâtiment pour faire des économies”. Après un chantier mené tambour battant, le stade est livré pour la coupe du monde 1998.

La façade de l’ancien Vélodrome, vue depuis le boulevard Michelet.

Défaut de couverture

Dans la foulée, la demande de couverture enfle peu à peu avant de se transformer en promesse électorale en 2008. La perspective du mondial de rugby 2007 puis de l’Euro 2016 justifiait à chaque fois la nécessité de couvrir (beaucoup) et d’agrandir (un peu) la capacité. En 2010, le projet lauréat de l’agence Scau et du Marseillais Didier Rogeon ne retient que peu de choses de l’ancien stade. Les tribunes en corolle sont conservées mais la façade en store vénitien disparaît.

Comme Jean-Pierre Buffi, François Avérous assure ne pas avoir été consulté ni pendant la phase d’élaboration des candidats, ni une fois le lauréat connu. Pour Buffi, cette consultation s’est fait dans son dos, explique-t-il au Monde. L’architecte marseillais associé au projet, Didier Rogeon n’a pas répondu à nos sollicitations. Son confrère Avérous a un avis tranché sur sa réalisation : “C’est un bâtiment forain. Le toit est suspendu, on dirait un chapiteau. Personnellement, j’apprécie plus les bâtiments en dur qui offrent une matérialité comme les stades italiens. Mais tout ceci est une question de goût.” Pour Jean-Pierre Buffi, la faute de goût est évaluée à un demi-million d’euros.

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Commentaires

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  1. barbapapa barbapapa

    Il avait fait une jolie fleur, mais pour servir de stade, c’était plutôt pourri, un architecte qui n’avait jamais mis les pieds dans un stade de sa vie et qui a rendu fous les supporters, et ça vient réclamer ! Ce serait à la collectivité publique de demander des comptes à l’architecte nul pour concevoir un tel stade de foot, et aux donneurs d’ordre encore plus nuls que lui.

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    • Electeur du 8e © Electeur du 8e ©

      Il est vraiment très rare qu’un architecte décide tout seul de tout… En principe, il propose un projet qui doit respecter un cahier des charges établi par le maître d’ouvrage – ici, la Ville de Marseille – et c’est ce dernier qui choisit le projet qui lui convient.

      Je comprends de l’article que l’absence de toit résultait plus du cahier des charges que de “l’architecte nul”.

      Le véritable débat que pose ce litige entre l’architecte du stade de 1998 et la Ville est autre : en principe, quand on construit un stade, c’est pour plusieurs décennies (à titre d’exemple, le Parc des Princes date de 1972). A Marseille, on a réussi l’exploit de le démolir au bout de 15 ans.

      Et même s’il n’avait pas coûté très cher, c’est un gaspillage d’argent public qui s’ajoute au coût astronomique du nouveau stade, que nous allons payer pendant 35 ans (en espérant qu’il ne sera pas lui aussi démoli prématurément sur le caprice d’un futur maire…).

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  2. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    Quoi qu’il en soit ce genre d’opération, comme tant d’autres (tramway qui doublonne avec le métro, patinoire, conseil régional, départementale etc.) coûtent un bras aux contribuables. Mais la commune a laissé se dégrader les des écoles des quartiers pauvres. Le sens des priorités n’est pas dans l’ADN de la ville de Marseille.

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  3. Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

    Un toit pour le vélodrome où il ne pleut jamais… Toujours pas de toit à Roland Garros où il pleut tout le temps…

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    • petitvelo petitvelo

      Ni de préau à l’école maternelle située à côté …

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  4. picto13 picto13

    A l’époque JC Gaudin avait justifié son choix en affirmant qu’il ne pleuvait jamais à Marseille…
    C’est comme pour la pollution : “on n’en a pas ici car il y a le mistral”.

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  5. petitvelo petitvelo

    C’est qu’on fait de mieux depuis l’abolition des privilèges: le droit d’auteur et la propriété intellectuelle. On se fatigue un jour et on récolte toujours: le rêve américain! Certains architectes empêchent les propriétaire d’aménager leur résidence pour corriger les défauts de leur conception ou de la maîtrise d’oeuvre qu’ils n’ont pas su surveiller, … Espérons en la justice pour ne rien lâcher à l’archi et faire réviser les loyers à la hausse, !

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  6. Alceste. Alceste.

    Oh les enfants , faites attention avec cette histoire d’architecte !.
    Nous pouvons lire dans la presse locale qu’avec la demande des supporters à l’occasion du match de coupe d’Europe jeudi le Stade Vélodrome aurait pu être triplé en terme de capacité.
    Pourvu que cela ne donne pas mauvaises idée à Jean Clôôôôôôôôôde, dés fois qu’il veuille encore l’agrandir ce Stade Vélodrome. Car dans son délire perpétuel , il en est capable.Et là nous aurions effectivement des soucis avec l’architecte.

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