L'Anti-livre, sauvé des mâchoires du pilon

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Élodie Crézé
21 Mai 2012 2

"Dans un esprit romantique, je pensais que le livre ne se détruisait pas", lance Mustapha Benfodil, écrivain algérien et reporter de guerre. De janvier à mi-mai, dans le cadre des ateliers de l'Euroméditerranée, il a travaillé au sein de l'Espace Fernand Pouillon de l'université Aix-Marseille, sur le thème des métamorphoses du livre, visant à créer une œuvre collective baptisée l'Anti-livre – où le farfelu opuscule borgésien qui s'évada de la gueule du pilon à partir des livres, justement destinés au pilonnage.

L'écrivain, visiblement exalté par son projet présenté en conférence de presse vendredi, poursuit : "Dans le préfixe anti-, il y a quelque chose de transgressif voire de subversif, et je voulais par cela exprimer une pensée à tous les livres victimes d'autodafés, d'inquisitions, de censure, et de toute sorte de "bibliocaustes" et qui sont pilonnés non plus pour des raisons économiques mais pour des raisons politiques."

640 alvéoles

La matière première, l'écrivain est allé la chercher dans le "Magasin aveugle", sorte d'anti-chambre ou de chambre froide du livre où sont entassés les ouvrages rebuts des étagères de la bibliothèque, en attente de leur inexorable destruction. "Dans cette pièce, je me sentais comme un enfant dans un magasin de jouet !" Avec des étudiants, enseignants, bibliothécaires et amateurs, et sans contraintes imposées, Mustapha Benfodil a créé l'Anti-livre à partir de fragments de livres, de pages manquantes et d'une liste de 640 mots sélectionnés arbitrairement dans les ouvrages condamnés. 640, comme les 640 alvéoles de La bibliothèque de Babel de Borges, totale et infinie. Extrait :

La nuit, quand les chats sont gris, que les chairs se grisent, que même les puissants se flasquent, que les rues se silencent, que la lune mange le ciel, que les étoiles se mettent à écrire leur partition, les constellations à dessiner de nouveaux pays, que les ouvriers troquent leur force de travail contre un capital répit, que ronflent les chaumières et frétillent les chimères, les livres se réveillent, les personnages de fiction surgissent de leurs cellules de cellulose et les vers peuplent la terre.

Mustapha Benfodil

Toujours en écho au canevas de La bibliothèque de Babel, un étudiant en architecture, Dimitri Felouzis a oeuvré pour la création de l'Alvéole de Borges, une structure de forme hexagonale en résonance aux galeries hexagonales de la bibliothèque de Borges. "Nous avons construit un vrai puzzle, en souhaitant retranscrire l'idée d'infini. C'est une tautologie, où l'on finit par se perdre".

Jusqu'au 30 mai, le public peut découvrir l'atelier sur le lieu même de sa création, tandis que des lectures publiques de l'Anti-livre vont être organisées. "Une manière de réinjecter certains livres destinés au pilon dans l'espace social et de leur offrir une seconde chance. Une seconde vie", conclut Mustapha Benfodil.

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