L’année "catastrophique" des TER provençaux

À la une
le 6 Jan 2015
11

Si l’on peut donner un crédit au directeur régional de la SNCF, c’est de ne pas s’être défilé dans son exercice de mea culpa. En conférence de presse, Philippe Bru a admis ce matin que pour les TER régionaux, “l’année 2014 n’a pas été bonne et les derniers mois ont été particulièrement difficiles.” Il faut dire que les chiffres annoncés font de PACA la pire région de France en terme de fiabilité : 8 % de trains ont été supprimés et 18 % sont arrivés avec un retard de plus de 5 minutes. Ces taux sont respectivement d’environ 2 % et 8 % au niveau national.

“C’est une vraie rechute, on retombe à des niveaux comparables à 2010”, a poursuivi Philippe Bru. “2014 a été catastrophique. C’est certainement la plus mauvaise année depuis 1998”, a surenchéri Jean-Yves Petit, vice-président du conseil régional, qui finance le service. L’analyse de l’historique lui donne raison. Sur une période plus récente, il apparaît clairement que l’embellie de 2011 n’aura été que de courte durée.


Malgré cela, les trains n’ont pas été désertés puisque la fréquentation a baissé de moins de 1 %. La clientèle, qu’elle soit sur des trajets domicile-travail ou touristique, n’a peut-être pas toujours le choix. “Nous n’avons pas été à la hauteur des attentes, de nos clients comme de l’autorité régionale”, reprend Philippe Bru. Les premiers auront droit à un “geste commercial” : le mois de février gratuit pour les abonnés annuels, 50 % sur janvier pour les abonnés mensuels. Le conseil régional a lui déjà sévi avec 4 millions d’euros de pénalités retranchées des 270 millions qu’il verse à l’entreprise publique.

Un énième plan pour rebondir

Bien entendu, cette dernière promet de faire mieux en 2015, même si Philippe Bru se montre mesuré : “Mon objectif est d’abord de stopper l’hémorragie et de revenir au niveau de 2012/2013 avec entre 84 et 86 % de régularité. Le principal sujet est de diviser par deux ou trois le nombre de suppressions.” Pour cela, il mise sur un plan baptisé Rebond avec “trois angles d’attaque : le matériel, les travaux et l’information voyageurs”. À court terme, six rames ont été louées à d’autres régions, en attendant la livraison de 21 d’ici 2016. Commentaire de Jean-Yves Petit : “Ça s’appelle Rebond, avant il y a eu Booster, PrioriT… L’essentiel c’est que cela marche et que l’effet soit pérenne.”

Certaines difficultés sont ponctuelles, comme le retard de livraison des nouvelles rames. Au début de l’année 2014, face à son incapacité à assurer un service normal, la SNCF avait dû réduire l’offre en urgence pour pouvoir garantir un minimum de fiabilité. Mais les problèmes de maintenance et les travaux sont récurrents. Philippe Bru parle de “crise de croissance. On a dû absorber une augmentation du trafic. Pour cela, il faut avoir tout le matériel sur le pont, on a beaucoup moins de mou que par le passé.”

La Blancarde au coeur des enjeux

Si l’on excepte les travaux, “qui sont pour la bonne cause”, le nerf de la guerre est la maintenance, qui est principalement assurée au technicentre de Marseille Blancarde, “où il n’y avait pas une organisation industrielle”. En début d’année, la SNCF a voulu faire tourner ce centre 100 heures par semaine au lieu de 40, en mettant en place des équipes la nuit et le week-end. “On va aller au bout de cette réorganisation, on va encore pousser les curseurs sur la nuit et le week-end. Un dialogue social a été entamé sur le sujet.”

Un dialogue social qui est qualifié de “dégradé” par le vice-président Jean-Yves Petit. Si elles ont peu d’impact sur la régularité, les grèves ont été en 2014 le premier motif de suppression, suivies par le matériel. Il s’agit notamment du mouvement national de juin lié à la réorganisation des deux entités gestionnaires du trafic (SNCF) et du réseau (RFF). “Au niveau local, on a eu des grèves plus larvées sur les derniers jours de décembre avec des revendications difficiles à lire”, tacle le patron régional de la SNCF. L’accusation d’un mouvement de confort pendant les fêtes de fin d’années est à peine voilée…

Contacté, le secrétaire général de la CGT cheminots de Marseille parle de préavis “essentiellement liés aux effectifs et à l’organisation du travail”. Dans un communiqué de presse publié aujourd’hui, le syndicat rejoint l’élu sur un bilan “catastrophique”. “Ça nous rend malade de voir l’état du TER en PACA”, se lamente Nicolas Delclos.

Débat sur les effectifs

Mais alors que le communiqué insiste sur les questions d’effectifs, le directeur régional avait refermé le sujet par avance ce matin : “Aujourd’hui, ce n’est pas un problème de moyens. Il n’y a pas de problème d’effectifs comme cela a pu être le cas il y a quelques années. Je mets au défi quiconque de dire qu’on manque de contrôleurs ou de conducteurs.”

Défi relevé par la CGT, qui réclame une “réunion tripartite”, d’ores et déjà acceptée par Jean-Yves Petit. En février, le syndicat organisera une réunion publique où direction, élus et associations des usagers seront invités. “Nous distribuerons des tracts en gare pour inviter les voyageurs à venir. On veut de la clarté”, avance Nicolas Delclos. Les usagers aussi.

Article en accès libre

Soutenez Marsactu en vous abonnant

OFFRE DÉCOUVERTE – 1€ LE PREMIER MOIS

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.

+++

Commentaires

L’abonnement au journal vous permet de rejoindre la communauté Marsactu : créez votre blog, commentez, échanger avec les autres lecteurs. Découvrez nos offres ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné.

  1. TER enragé TER enragé

    La SNCF ne parle que de clients et a oublié la notion meme d’usagers. Sa clientèle captive, le financement public du service par le conseil régional..ces avantages et pourraient bien disparaitre. L’opérateur historique ne remplit pas sa part du contrat au service des citoyens qui continuent de payer et d’être si mal considérés.SNCF c’est possible?

    Signaler
  2. savon de marseille savon de marseille

    MAINTENANCE des rames :
    Pour savoir qui dit vrai dans cette histoire , comparons simplement les effectifs des technicentres PACA avec ceux des régions voisines ( Rhône/Alpes et Languedoc Roussillon ) associé au nombre de rames traitées journalièrement.
    .
    Nous saurons ainsi si c’est Mr BRU ou la CGT qui est le plus proche de la vérité.. On n’y comprend plus rien.
    .
    2. LES GREVES : y en a t il eu autant dans les régions voisines en décembre ?

    Signaler
  3. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Il m’arrive plusieurs fois par an de faire en train le trajet Marseille – Nice et retour. La dernière fois que je suis arrivé à l’heure, à l’aller comme au retour, doit remonter à plusieurs années… Il arrive même que le train ne parte pas à l’heure de sa gare d’origine. “Difficultés de préparation du train”, “difficultés de gestion du trafic”, “panne de signalisation”, tout le catalogue des explications possibles y passe pour “justifier” ces retards.

    Signaler
  4. Tresorier Tresorier

    Les contribuables et les usagers en ont de moins en moins pour leur argent.

    A quand une mise en concurrence de la SNCF avec des operateurs prives ?

    Cela pourrait enfin remettre le CR au centre du systeme et qu’il impose une amelioration du systeme.

    Signaler
  5. Delair Delair

    Toujours le même problème de fond : des salariés qui travaillent trop peu aux conditions qui sont les leurs au détriment des utilisateurs qui payent leurs billets.

    Signaler
  6. Anonyme Anonyme

    Quitte à défendre le service publique, allons au bout de la logique et passons en REGIE REGIONALE FERROVIAIRE. Nous ferons l’économie d’un prestataire calamiteux et coûteux (la SNCF ai-je besoin de la nommer) et qui méprise ses clients-usagers et les malmène au quotidien. Si SNCF PACA &était une boîte privée, il y a longtemps qu’elle aurait fait faillite tant elle est défaillante à tous niveaux. Le Conseil régional PACA aura-t-il l’audace de tirer des enseignements de ces années de galère et de gabegie qui semblent sans fin ? rien n’est moins sur….

    Signaler
  7. kerozene kerozene

    Monsieur Vincent, pourquoi ne parlez vous pas de l’ option d’ouverture à la concurrence qui pourrait je crois être ouverteprochainement. La SNCF aurait elle reussi par son jeu de contrition/rédemption à vous aveugler ou vous intimider sur ce recours qui ne peut que stimuler le meilleur entre les candidats, régie incluse.

    Signaler
  8. Anonyme Anonyme

    En effet ,cela peut se passer correctement dans les pays où comme en allemagne ou au Canada l’état joue sont rôle de régulateur de la concurrence, malheureusement ,le privé obtient la gestion des ter en Paca ,qui obtiendra le marché : VEOLIA ! La réalité de notre région est la CORRUPTION GÉNÉRALE DES ÉLUS Sncm,rocade, prado-carenage,SEM ext..

    Signaler
  9. maxkl maxkl

    La 3e voie pour Marseille-Aubagne fonctionne, les nouvelles rames arrivent, sonnez hautbois résonnez musettes, youpi tralala…
    Pendant ce temps les usagers quotidiens du Marseille-Toulon, ceux qui s’arrêtent APRES Aubagne (Cassis, La Ciotat par exemple) continuent à avoir leurs 25 minutes de retard. Mais en mieux qu’avant pour ceux qui prennent le train à Blancarde.
    Avec la 3e voie Marseille-Aubagne, le Marseille-Toulon a été déporté sur les voix 2 et 1bis. Donc le soir, quand viennent les demi-heures de retard, l’usager à Blancarde va attendre son train sur un quai qui fut longtemps désaffecté, et qui bien que réaffecté n’a pas été équipé. Chaussée défoncée (trous, graviers, bris de verre…), pas d’écrans d’affichage (comme ça on ne sait plus si le train est en retard), pas de hauts-parleurs (comme ça on entend pas si le train est en retard), pas d’éclairage ni de bancs en nombre suffisant (comme ça on ne s’assoit pas et on ne lit pas son journal pour attendre le train en retard). Les conditions de voyages dans le TER-PACA ont toujours été idylliques. Merci de les avoir grandement améliorées.

    Signaler
  10. Anonyme Anonyme

    Il y a un grave problème de prix.

    Pour aller du Grand Saint Giniez au centre de la Ciotat il faut 35 minutes en voiture et 4 Euros de gazole. Je peux prendre 4 passagers dans ma voiture.

    En TER, il me faut aller à la gare Saint Charles et atterrir à la périphérie de La Ciotat et payer plus de 7 Euros pour une personne (sans compter le ticket de métro) et un trajet total durant plus d’une heure.

    Signaler
  11. Anonyme Anonyme

    à propos du reseau allemand, il ne faut pas oublier qu’il a été en grande partie detruit en 1945, donc renové et reconstruit, avec l’aide des USA. Donc la modernisation a été plus facile.

    Signaler

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire