La Ville exhorte le parc des Calanques à ranger son exposition « Plongée au cœur des canyons »

Actualité
le 11 Mar 2020
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Prévue pour durer jusqu'en juin, l'exposition sur les canyons sous-marins organisée par le Parc des calanques doit plier bagages. Après avoir mis à disposition l'espace Bargemon, la Ville s'est rendue compte que cet espace devait être libre pour les premiers conseils municipaux.

Les immenses affiches de globicéphales noirs et autres cétacés déployées sur le Vieux Port passent difficilement inaperçues. « Plongée au cœur des canyons, peut-on y lire. Exposition immersive ». Il s’agit là d’une exposition organisée en grande partie par le Parc national des calanques, que l’on peut visiter gratuitement à l’espace Bargemon, juste à côté de l’hôtel de Ville. Inaugurée le 13 février, celle-ci doit se tenir jusqu’au 21 juin. Ou plutôt, devait… La Ville de Marseille, qui a dans un premier temps accepté d’accueillir l’événement dans cet espace qui lui appartient, vient d’exhorter ses organisateurs – qui compte aussi l’office français pour la biodiversité – à plier bagages avant le 24 mars.

Un démontage « temporaire » dont les raisons n’ont rien d’inopinées. Le hall où est installée l’exposition et qui jouxte l’hémicycle doit être réquisitionné pour les prochains conseils municipaux. Ceux-là même qui doivent introniser le nouveau maire de Marseille, ses adjoints et débattre de son budget. Un événement prévu depuis… belle lurette. Le grand hall qui jouxte l’hémicycle permet notamment d’accueillir du public qui peut suivre le conseil sur un écran géant.

L’entrée de l’espace Bargemon annonce une exposition qui va devoir être écourtée ou déménager.

« La fin de l’exposition à Marseille »

« Si la Ville maintient son ultimatum, se sera la fin de l’exposition à Marseille et le temps et l’argent dépensés seront perdus », s’inquiète Pierre Chevaldonné, chercheur en biologie marine au CNRS, membre du conseil scientifique du Parc et référent scientifique de l’exposition. Dans une tribune notamment publiée sur l’agora de Marsactu, ils sont une vingtaine, scientifiques et contributeurs à ce projet, à demander à la Ville de revenir sur sa position. « La demande soudaine du Cabinet du maire de procéder au « démontage temporaire » nous stupéfaits et nous laisse perplexes. Elle compromet tout simplement la poursuite de cette grande exposition », écrivent-ils. Conçue pour être itinérante, l’exposition doit se poursuivre à Collioure dans les Pyrénées-Orientales et en Corse, mais changer de lieu d’exposition dans un temps contraint aura des conséquences non négligeables.

Le temps de démontage et de remontage est estimé à un mois, et le coût de l’opération avoisinerait les 60 000 euros. Une somme qui dépasse le budget de cette exposition qui s’élève déjà à 500 000 euros. Sans compter la mise en œuvre de nouveaux marchés publics inhérents au transfert. « Cette exposition était faite pour venir en appui au congrès mondial de la nature [qui doit se tenir du 11 au 19 juin à Marseille, ndlr]. Le Parc des calanques en a été le moteur et c’est à Marseille qu’il est basé. C’est regrettable que ce genre d’histoire ait encore lieu à Marseille », se désole encore le chercheur qui travaille depuis plus de deux ans sur ce projet.

« On nous a dit qu’il n’y aurait pas de problème »

Pourquoi ne pas y avoir songé avant à la tenue des conseils municipaux extraordinaires post-élection ? La Ville n’a pas répondu à Marsactu dans le temps imparti à la publication de cet article. Selon plusieurs sources, la question a pourtant été évoquée lors des premiers échanges avec ses services. « On nous a dit que cela ne poserait pas de problème et qu’ils utiliseraient la salle des mariages, celle des réserves ou encore qu’il était possible de monter une structure à l’extérieure », glisse-t-on.

Pour le président du Parc, Didier Réault, le déménagement est « une éventualité sérieuse qui n’était pas prévue au départ ». Ce dernier, qui est pourtant aussi adjoint au maire, se dit « consterné » par cette décision subite. « Nous cherchons une solution de relogement, je ne comprends pas le revirement de la Ville alors qu’il était clair que nous devions rester jusqu’en juin », ajoute-t-il. La mairie est dans son bon droit, d’après nos informations, la convention qui la lie au parc stipule qu’elle peut demander à tout moment de faire place nette. D’un autre côté, elle est aussi partie prenante de ce projet depuis le début. Elle a en effet accepté de mettre l’espace Bargemon à disposition en avril 2019 et fourni une équipe de sécurité pour surveiller le lieu. C’est elle aussi qui a mis en place toute la communication autour de l’exposition, dont les immenses affiches sur le Vieux Port.

« C’est assez rare une exposition de cette qualité, ça vaut ce que l’on peut voir dans les musées d’histoire naturelle, félicite Emmanuelle Ousset, auteure du livre jeunesse de l’exposition et journaliste scientifique pour C’est pas sorcier. J’ai l’habitude de la muséologie et c’est une vraie occasion de mettre en avant notre patrimoine naturel. » En laissant sa place, Jean-Claude Gaudin risque bien de laisser couler cette exposition au fond des abysses.

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Commentaires

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  1. patrick patrick

    c’est la gestion gâche-empègue de gaudin

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  2. Brallaisse Brallaisse

    Une démonstration de plus de la légèreté de cette administration pour être gentil

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  3. LN LN

    Quelle Bande d’ectoplasme, de moules à gaufres, de bachibouzouks…..
    Une très belle expo interactive pourtant dont le chaland est inexorablement attiré par les affiches sur le port.
    Sinon, le patrimoine il est naturel sans « lle » en fin d’article !

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    • Violette Artaud Violette Artaud

      Tout à fait ! Merci pour votre vigilance, c’est corrigé.

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  4. Jacques89 Jacques89

    Gaudin parti, les querelles jusqu’ici étouffées entre les adjoints exploseraient-elles? Les crabes quitteraient-ils les profondeurs?
    D’une autre côté, si on mettait un peu en sourdine les communications électoralistes du Parc et de la Métropole, le contribuable s’en porterait probablement mieux.

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  5. Mars1 Mars1

    Lamentable et parfait exemple de la nullité crasse de cette municipalité!
    Sans parler du mépris pour les citoyens et les chercheurs, artistes etc.

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  6. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Ce n’est pas le congrès de l’UICN qu’il faudrait réunir à Marseille, mais celui de la honte internationale : notre fine équipe municipale a, en cette matière, de quoi faire des conférences pendant plusieurs jours. Aucun respect pour les concepteurs et les organisateurs de cette exposition, aucun respect pour le public, aucun respect pour le message que cette exposition cherche à faire passer. « M’en fouti », comme d’habitude. Dégageons-les !

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  7. Tarama Tarama

    « En 2020, entendez l’appel de la nature », qu’ils disaient…

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  8. Richard Mouren Richard Mouren

    Remarquable la déclaration de Didier Réault, président du Parc (qui a signé cette convention précaire et s’est engagé dans cette exposition), qui se dit consterné par cette décision de la Ville; il aurait dû demander conseil à Réault Didier, 21° adjoint au maire de Marseille (mer,littoral,nautisme et plages), qui déclare que le déménagement (était) une « éventualité sérieuse qui n’était pas prévue au départ ». Il a oublié, c’est ballot. Gageons que Didier Réault Didier, vraisemblablement prochain élu municipal voire communautaire sous étiquette Vassal Martine, saura, lui se démarquer de cette Gaudinitude.

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  9. petitvelo petitvelo

    « Elle se distingue par ses hauts faits » dit la maxime …

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