La région veut transformer les patrons en vigies de la radicalisation

Actualité
le 24 Nov 2020
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Trois sessions de deux heures pour aborder le sujet de la gestion de cas d'Islam radical en entreprise. C'est la formation à laquelle Renaud Muselier, président LR de la Région, invite les dirigeants à participer. Une initiative rare de la part d'une collectivité et qui tombe à contretemps alors que l'économie est paralysée par la crise sanitaire.

L'Hôtel de région (LC)

L'Hôtel de région (LC)

L’invitation vient de Renaud Muselier lui-même. Dans un mail, le président LR de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur propose à un vaste panel de chefs d’entreprise une formation sur le thème de la “lutte contre l’islam radical“. Trois sessions de deux heures, via le logiciel de visioconférences Teams, dont la première a lieu ce mardi à 17 heures. Derrière l’écran, le cabinet parisien LSIX, qui n’a pas répondu à nos questions dans le délai imparti avant la publication de cet article, se charge d’animer la présentation autour de trois points : “Cartographie des comportements qui posent difficulté”, “adaptation des outils légaux et organisationnels”, et enfin la “gestion opérationnelle des comportements transgressifs”.

Le courrier de Renaud Muselier précise que le sujet “n’est pas réservé aux services de renseignements ou à la police. [Il] nécessite désormais la vigilance, l’engagement et la participation de chacun d’entre nous au quotidien (…). La protection des salariés et la détection des signaux faibles de radicalisation doivent faire l’objet d’une prise en compte quotidienne dans un contexte économique tendu et anxiogène”.

Le timing de l’invitation surprend, eu égard à la pandémie qui bloque l’économie depuis plusieurs mois. Les organisations patronales des Hautes-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence et Vaucluse nous signalent que “la priorité aujourd’hui, c’est la crise de la Covid-19″ et précisent que leurs adhérents ne leur remontent pas de besoins sur le sujet de la radicalisation. Dans le Var et les Alpes-Maritimes, l’email n’a pas été reçu alors que dans les Bouches-du-Rhône l’UPE “ne souhaite pas s’exprimer sur le sujet”.

Peu de cas concrets

Le thème de la radicalisation est déjà abordé dans le secteur du bâtiment, où des réunions se tiennent depuis deux ans avec le préfet de police des Bouches-du-Rhône en lien avec les  assises de la sécurité du BTP. Un sujet maintenant relégué au second plan à cause de la  crise du Covid-19, estime Philippe Piantoni, président de la fédération régionale du BTP : “Ce n’est pas la préoccupation principale des entreprises”.

Plus tranchant, Michel Mattar, président de l’antenne Méditerranée de l’Union transport et logistique France “ne voit pas l’utilité” de cette formation. “Il n’y a pas de demande de notre part sur ce sujet.  Nous avons beaucoup de salariés maghrébins et pratiquants et aucun problème. Je ne suis pas contre, mais je ne suis pas intéressé, je n’ai pas le temps et j’ai d’autres soucis”, enchaîne-t-il.

Les cas sensibles à gérer au quotidien n’ont pas grand-chose à voir avec le radicalisme. “Nous avons plus de difficultés avec la consommation de drogue qu’avec ça”, assure Michel Mattar. Pour Philippe Piantoni, les difficultés sur les chantiers de BTP sont plus souvent liées à “des bandes organisées” en zones urbaines qu’à l’intégrisme religieux. “J’ai déjà entendu parler de quelques cas, mais je n’en ferais pas un grand sujet. La formation peut toutefois avoir un intérêt pour qu’un dirigeant sache comment réagir s’il est confronté à de la radicalisation”, ajoute le président de la fédération du BTP Paca.

Un sujet pas abordé avec les collectivités

Stéphane Salvetat, à la tête de la société commissionnaire de transport Lam France à Fos, l’a vécu. “J’ai eu un seul cas et je me suis retrouvé démuni car le droit en France ne donne aucune réponse légale, il n’y a que la délation comme solution”, reconnaît-il en jugeant que “pour une petite boîte, cela peut être difficilement gérable”.

Les situations qu’évoquent les dirigeants concernent en majorité des personnes qui refusent de dire bonjour à des femmes ou dont les prières posent problème. “On m’a demandé de laisser mon bureau pour être au calme”, glisse un chef d’entreprise. Les fameux “signaux faibles” qui, selon la région, doivent être “pris en compte au quotidien”.

Néanmoins, également président de la chambre de commerce franco-turque, Stéphane Salvetat aborde le sujet plus régulièrement via cette fonction. “Mais avec la brigade de recherche et d’intervention [ndlr : unité de la police judiciaire, ndlr], pas avec des collectivités”, note-t-il. La démarche de la région est effectivement rare. Nous n’avons trouvé qu’une seule trace d’une formation semblable, elle date de janvier 2017 dans le Grand Est.

Une formation pour les élus en 2019

Du côté de la place Jules-Guesde, où se situe les locaux de la région, on explique qu’il ne s’agit pas d’une première. “La région a mis en place des formations sur la détection des signes faibles de radicalisation en faveur des entreprises dès 2016. L’élément déclencheur de cette mesure fut le terrible attentat de Saint-Quentin-Fallavier en juin 2016 au cours duquel un chef d’entreprise perdit la vie par décapitation”, nous fait savoir le service presse de la collectivité par email. La collectivité précise également que la démarche s’inscrit dans la continuité du plan national de prévention de la radicalisation annoncée le 23 février 2018 par le gouvernement qui comporte des mesures pour prévenir ces comportements en entreprise.

Dans les faits, une formation à destination des élus de PACA avait été réalisée en avril 2019. En revanche, aucun des dirigeants que nous avons contactés n’a déjà été approché sur ce sujet auparavant. L’invitation, qui n’a pas été accompagnée de relance, les a tous surpris. D’autant plus qu’elle a été envoyée, précise la région, à “toutes les entreprises de notre base de données”. Y compris donc à des personnes peu concernées par les cas de radicalisation. “Oui, je l’ai reçu, avec l’erratum juste après, je n’ai pas bien compris comment ils ont eu mon adresse d’ailleurs et pourquoi on me l’a proposée car je ne suis pas touchée”, glisse Lætitia Allemand, qui gère à Tallard un domaine…. viticole.

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Commentaires

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  1. Hélène Hélène

    J’ai moi aussi reçu ce mail et, pour être honnête, je l’ai lu en diagonale sans comprendre de quoi il s’agissait. Il va sans dire que je ne suis absolument pas concernée, étant co-gérante d’une boutique de jouets qui n’embauche pas de salariés…
    Il se trouve que la région a créé pour le confinement un annuaire des commerces avec leurs modalités de livraison. Elle dispose donc d’un fichier de mails bien fournis pour nous envoyer tout et, un peu, n’importe quoi !

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    • Piou Piou

      Utilisation détournée d’un fichier de données personnelles, parfaitement illégale, mais ce n’est pas comme si c’était la première fois de la part de l’exécutif de la Région!

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    • Jean Pierre RAMONDOU Jean Pierre RAMONDOU

      J’ai aussi reçu ce mail et je n’ai aucune entreprise

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  2. Zumbi Zumbi

    Et si l’exécutif régional faisait son boulot au lieu de charger des moulins à vent ?

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  3. Pascal L Pascal L

    Et on sait combien prend ce cabinet de 6 avocates pour ces deux heures ?

    Dans l’éducation nationale pour une formation de ce type on pourrait aller jusqu’à 175 de l’heure (le grand max pour une “pointure” nationale) mais la plupart du temps les universitaires ne touchent que de 60 à 100 euro de l’heure.

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  4. Brallaisse Brallaisse

    Quelque fois l’on se demande ce qui peut se passer dans la tête de nos élites locales .
    Le mot de président monte à la tête de ces dernières et se pensent ainsi investies de missions régaliennes . A quand la création d’une instance judiciaire régionale ?. A quand la création d’une garde civile ?, A quand une constitution Tutu Panpan ?
    Ce “brave” Renaud veut s’arroger un pouvoir de police que la Loi ne prévoit pas . Il singe son copain WAUQUIEZ . Ces deux là regardent trop NETFLIX et les séries américaines.
    Allons , cotisons nous et offrons une panoplie de Josh Randall pour Noel à Renaud , il pourra jouer à “Au nom de la Loi” avec sa copine Martine déguisée en Pocahontas

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  5. Dark Vador Dark Vador

    A mon humble avis, la raison principale de cette affaire est que les élections régionales approchant, RM veut se rappeler au bon souvenirs des chefs d’entreprises. J’agis donc j’existe. 😒

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  6. Jacques89 Jacques89

    Quand la défense des valeurs devient le remède à l’inefficacité de la justice, les cibles recherchées ne sont pas forcément les bonnes.
    J’espère que Marsactu va s’inscrire à la vidéoconférence et nous faire profiter des solutions sensées améliorer les défaillances de nos services de renseignements. Espérons que les patrons ne confondront pas radicalisation et syndicalisme !? Des thèmes repris maladroitement dans les mots clés du programme de formation (« environnement…politique…droit social »). Un flicage qui pourrait bien être contre-productif. On se « demande » bien pourquoi la Région vient prendre les prérogatives des chambres consulaires alors que les entreprises ne révèlent pas problème spécifique.

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  7. Regard Regard

    C’est vrai que pendant la crise du COVID il ne faut pas s’occuper de ce sujet. Le terroriste de Nice n’a pas cette pudeur !!!!!!! Qu’une collectivité qui a dans ses compétences le développement économique, la relation avec les entreprises, propose une telle formation ( propose et non pas impose) me semple une bonne chose.

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    • Brallaisse Brallaisse

      Est ce que les salariés pourront aussi aller voir Renaud pour dénoncer des comportements bizarres de leurs patrons ?

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    • Jacques89 Jacques89

      Covid ou pas, ce sujet est important. Pourquoi donc ne pas s’en occuper ?
      La question qu’il faut se poser : pourquoi est-ce la Région qui s’implique dans ce cadre de surveillance des employés (je sais l’ambiance générale s’y prête) alors que les patrons n’ont pas révélé de réels problèmes parmi leurs employés (merci Marsactu de s’en, être inquiété) ?
      Principe de précaution ?
      Sans parler des manquements aux règles de contrôle des activités industrielles, s’il fallait faire la liste des entorses au principe de précaution qui ont engendré et engendrent encore bien plus de morts que ceux causés par des décérébrés, nos élus (particulièrement motivés par l’attention que leurs électeurs portent aux problèmes de « sécurité » en général) seraient bien inspirés en proportionnant leurs actions à la réalité des dangers. La démarche de la Région dans ce cadre qu’elle a clairement défini est à l’évidence disproportionnée et ne peut se justifier que dans un objectif électoraliste et opportuniste. Mais bon, RM est coutumier du fait et on ne va pas en faire un fromage. D’ailleurs, les patrons ne semblent pas se précipiter devant leurs écrans.

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  8. Manipulite Manipulite

    Muselier avait déjà fait le coup des fichiers constitués au Conseil régional Paca lors des dernières élections européennes.
    La politique des coups médiatiques à visées électorales commence à se voir.
    En effet pas mal d’argent gaspillé pour ce cabinet d’avocats parisien pour un sujet qui n’intéresse pas grand monde.
    Sinon les chambres consulaires sont là pour conseiller en cas de problèmes.
    L’argument de la compétence économique de la Région Paca pour financer une formation sur la radicalisation est capillotractée.
    Les nombreux collaborateurs de Muselier à son cabinet pourraient s’occuper d’autre chose : “30 à 35 % des entreprises et restaurants risquent de disparaître” dit le patron des patrons local

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  9. patrick patrick

    A quand des vigies de la connerie ? là nous aurions pléthore de candidats.

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