La petite entreprise Zéribi a rendez-vous au tribunal

Actualité
le 6 Juil 2020
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Ce lundi le tribunal correctionnel de Marseille juge Karim Zéribi et cinq autres prévenus pour des faits reprochés d'abus de confiance et, pour certains, d'abus de biens sociaux. Cela concerne deux associations créées par l'ancien homme politique marseillais et une société gérée par son fils à son profit.

Karim Zéribi en 2013. Crédit photo : Esther Griffe.

Karim Zéribi en 2013. Crédit photo : Esther Griffe.

Du talk-show au prétoire, Karim Zéribi va trouver une nouvelle arène où éprouver son bagout. Ce lundi, le bon client des Grandes gueules de RMC ou de Balance ton post à la télé, a rendez-vous devant le tribunal correctionnel de Marseille. Durant trois jours, il va devoir répondre “d’abus de confiance”, de recel de ce délit et d’abus de biens sociaux dans la gestion de la société K2C, entreprise de conseil, successivement gérée par une proche puis son fils. L’ancien député européen et conseiller municipal écologiste comparait en compagnie de cinq autres prévenus dont son fils Rayan poursuivi pour le même chef d’abus de biens sociaux.

Ce procès, Karim Zéribi dit l’attendre depuis des mois : le confinement l’a repoussé. L’ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel lui a été notifiée il y a deux ans, jour pour jour. L’enquête a démarré en 2012 suite à une lettre anonyme, doublée d’une deuxième puis d’un appel anonyme, venant confirmer les premières allégations apocryphes. Une grande partie de l’affaire tourne autour des deux associations Agir pour la citoyenneté (APC) et Agir pour la citoyenneté Recrutement (APC-R), présentes à la fois sur Paris, Marseille et Avignon d’où Karim Zéribi est originaire.

“Au profit de monsieur Zéribi”

La justice accuse l’ancien élu et les dirigeants successifs de ces associations, d’avoir sciemment détourné les subventions publiques perçues de la part des collectivités locales mais aussi de l’agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (Acsé), confondant alors ses objectifs associatifs et politiques.

Les associations APC et APC-R, lesquelles fonctionnaient essentiellement grâce à
l’octroi de subventions, publiques et privées ou semi-privées, ont vu leurs fonds utilisés à d’autres fins
que celles convenues conventionnellement avec les autorités mécènes, et ce au profit de Monsieur
Zéribi, candidat, et au détriment des actions pourtant annoncées.

Il s’agit notamment d’une subvention de 50 000 euros versée en 2008 par le conseil général, dirigé alors par Jean-Noël Guérini, d’une autre du conseil régional de 16 800 euros (sur 21 000 prévus), sous la présidence de Michel Vauzelle, tous deux socialistes. Entendue à l’époque par les enquêteurs, l’inspectrice générale des services de la région, Catherine Gay qualifiait ce dossier “de clientélisme politique”. L’absence de justificatifs explique le non versement du solde prévu. S’ajoutent à cela les 20 000 euros perçus de l’Acsé. En garde à vue en 2015, Karim Zéribi déclarait “ne plus avoir exercé le moindre regard sur les décisions prises postérieurement à sa présidence”, quittée en 2006 pour APC. Il se dit donc étranger au circuit d’obtention de ces fonds. En revanche, en tant que bénévole, il attestait de la réalisation des actions pour lesquelles la structure était financée.

Parmi les dépenses litigieuses, un sondage concernant “l’état de l’opinion dans les quartiers difficiles” comportant un chapitre consacré à la notoriété de Karim Zéribi.

Pourtant, à mesure de leurs investigations, les enquêteurs ont découvert qu’une partie de ces sommes avaient directement servi les intérêts des campagnes de Karim Zéribi, successivement candidat aux législatives en 2007, aux élections municipales en 2008 comme porte-parole de Jean-Noël Guérini, aux européennes en 2009, puis à nouveau aux mêmes élections successives en 2012 et 2014 sous l’étiquette des écologistes. En défense, Karim Zéribi avance qu’il a systématiquement quitté la présidence des structures lorsqu’il était en campagne dans le territoire couvert par leur objet. Une assertion maintes fois démentie par les témoignages versés au dossier d’instruction.

Sondage BVA payé par APC

Il s’agit notamment d’un sondage BVA, concernant “l’état de l’opinion dans les quartiers difficiles” comportant un chapitre consacré à la notoriété de Karim Zéribi. Pour ce dernier, la partie le concernant ne compte que trois pages sur 48 et la commande de l’étude relève de la direction d’APC, malgré la présence de son nom sur le bon de commande.

“Pour ce qui est de mon nom sur le bon de commande, c’est certainement en ma qualité de président du Parlement des banlieues, entité dont on m’avait confié l’animation. C’est bien l’association APC qui a commandé et non Karim Zéribi, le règlement de ce bon de commande l’atteste”

De la même façon, les locaux de l’association APC, boulevard Gèze à Marseille, reconnaissables à une immense publicité vantant les mérites de l’élu, accueillait le siège de sa fondation “La nouvelle France”, un temps véhicule de ses ambitions politiques. Cette même fondation a bénéficié en 2011 d’un virement de quelques 22 000 euros d’un compte bancaire de l’association APC, alors géré par Karim Zéribi. À l’époque, les enquêteurs constataient également plusieurs achats courants réalisés avec la carte bleue de l’association. Lors de son audition de garde à vue, l’élu attribuait ces sommes à des remboursements de frais relevant de sa fonction de président.

Société familiale

Au cours de leurs investigations, les enquêteurs ouvraient un nouveau champ, concernant cette fois une entreprise de conseil et d’événementiel, successivement gérée par Karim Zéribi puis son fils. De 2007 à 2012, l’entreprise servait notamment à percevoir les versements de RMC pour un montant global de plus de 304 000 euros qu’elle reversait en salaires à Karim Zéribi.

Entre autres. Les enquêteurs tombaient notamment sur plusieurs factures de travaux ainsi que l’achat d’une voiture de société de marque Mercedes pour 20 000 euros dont la gérante de la société – également mise en examen – et Karim Zéribi avaient la jouissance exclusive. Ladite voiture sera ensuite cédée à titre gratuit à l’intéressé.

Plomberie, huisserie, dalle de piscine, terrassement, carrelages… L’objet des factures de travaux offrait un rapport assez baroque avec l’objet de la société, laissant supposer un montage fiscal. Dans la foulée, de l’interrogatoire de Karim Zéribi, cela amenait les enquêteurs à se transporter au siège de la société, installée au domicile de la famille Zéribi, et alors géré par son fils Rayan, lequel versait 8000 euros à ses parents pour occuper la véranda où il avait ses bureaux.

Débarras avec hammam

Lors de cette visite, les enquêteurs visitent donc “le bureau situé dans la véranda ainsi que
desservant par des escaliers un sous)sol très encombré”. Karim Zéribi spécifie alors que ces escaliers desservent “un débarras”. Mais en vérifiant l’album photographique réalisé par les techniciens judiciaires lors d’une précédente perquisition, les enquêteurs découvrent que le débarras cachait bien d’autres choses. Les clichés montraient notamment “une immense salle d’attente”, “une salle de sport”, une “salle de bain hammam”, le tout desservi par des installations payées par K2C pour un montant de 13 000 euros.

Interrogé à ce propos en garde à vue, Rayan campe sur sa position de travaux liés à son bureau installé dans la véranda. Interrogé en garde à vue sur ces faits, Karim Zéribi “n’hésitait pas même à se féliciter de la mise au jour de la destination réelle de ces travaux, grâce aux investigations entreprises !” Peut-être aura-t-il des explications plus plausibles face au tribunal.

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Commentaires

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  1. raph2110 raph2110

    Coup de gueule du matin
    Entre les yeux dans les yeux, les tractations politiques à visée personnelles, les stratégies juridiques qui contrarient la Justice qui devrait être rendue, les magouilles et profits en tous genres, certains de la classe politique toutes catégories confondues, s’éloignent de ce qu’elle devrait être vraiment, c’est à dire se mettre au service d’un pays, d’une ville, des citoyens. Cela qui ne voient toujours pas un gain de pouvoir d’achat, qui n’échappent pas à l’impôt, à la perte d’emploi, aux taxes nouvelles, à des révisions de calcul de retraites, à des discriminations diverses, à des mesures insuffisantes pour assurer leur santé (Covid entre autres) et qui bien trop souvent ne font pas usage de tous leurs droits… Bref les politiques s’éloignent des réalités du quotidien pendant que les électeurs boudent les urnes. Un retour vers une certaine noblesse de la politique est vivement attendue par la démocratie. Sans doute que ces dérives existaient avant, mais les moyens de communication ont largement évolué et réclament une meilleure adéquation entre les discours et les actes. Les citoyens ne veulent plus seulement voir la vitrine, ils s’intéressent aussi à l’arrière boutique, enfin ceux qui n’ont pas encore jeté l’éponge !

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  2. Elric Menescire Elric Menescire

    Le fantôme de Guerini plane sur cet article….

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