La mission locale de Marseille n’a pas la garantie d’un avenir serein

Actualité
le 19 Oct 2016
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Depuis plusieurs mois, la mission locale de Marseille se débat avec la Garantie Jeunes, dispositif expérimental qui vise à insérer des jeunes en difficulté. Alors que sa généralisation nationale est prévue pour 2017, les négociations avec l'État tournent au bras-de-fer à Marseille. Loyer trop cher, personnel en surnombre. La mission locale est dans la tourmente.

Le site de la garantie Jeunes, boulevard Charles Nédelec. (Photo: B.G.)

Le site de la garantie Jeunes, boulevard Charles Nédelec. (Photo: B.G.)

Les rencontres se succèdent et le dossier n’avance pas. Depuis des mois, l’État et la mission locale de Marseille sont en négociation serrée avec pour principal sujet l’avenir de la garantie jeunes. Au cœur des discussions un chiffre, celui du nombre de jeunes en grande difficulté que l’organisme en charge de l’insertion pourra accompagner en 2017. En août 2016, ils n’ont été que 450 dans le dispositif. Loin, très loin, des objectifs fixés de 1245 jeunes par an.

Rembobinons : en 2013, le gouvernement choisissait Marseille pour expérimenter la garantie jeunes. Son mécanisme est simple. Pendant un an, ces jeunes de 16 à 25 ans sont suivis par la mission locale qui met en place avec eux un parcours d’insertion. En échange de cette démarche volontaire, les jeunes perçoivent une indemnité de 460 euros par mois. Une forme de revenu minimum d’insertion spécial jeunes puisque il faut avoir plus de 26 ans pour pouvoir bénéficier du revenu de solidarité active (RSA). Ce parcours peut déboucher sur une formation, un emploi ou un retour à la case galère. Depuis cette date, la mission locale affirme atteindre un taux de réussite de 30 %, une gageure avec un public très éloigné de l’emploi, selon l’expression euphémistique officielle.

Comme Marsactu l’a déjà raconté en juin, la mission locale dénonce depuis des mois le sous-financement du dispositif par l’État. L’organisme perçoit 1600 euros par jeune suivi et par an, avec 20 % de financement du Fonds social européen en cas de sortie positive. Échouant à atteindre l’objectif fixé de 1245 personnes par an, tout en épongeant les charges de démarrage, la mission locale se retrouve avec un déficit de près de 800 000 euros en 2015, déclenchant un droit d’alerte de la CGT, dès décembre. La mission locale a donc décidé de mettre de maintenir le dispositif à son étiage le plus bas, avec 450 jeunes en 2016. L’objectif est de limiter les dégâts en tablant sur un coup de pouce financier de l’État dans la perspective d’une généralisation du dispositif, via la loi Travail. Mais le bras de fer se durcit et les muscles se tétanisent.

« Le dispositif est sous-financé »

« Notre dernier rendez-vous, fin septembre, avec le directeur des finances publiques ne s’est pas bien passé, reconnaît Dominique Tian, premier adjoint en charge de l’emploi et président de la mission locale. Pourtant toutes les missions locales font le constat que la garantie jeunes est sous-financée. Or, celle-ci est doit être généralisée en 2017 et devenir un droit opposable pour tous les jeunes en difficulté. Nous avons l’impression bizarre qu’il y a un écart entre les annonces du gouvernement et ce que la Direccte [direction régionale des entreprises, de la consommation et de l’emploi, ndlr] est prête à payer au niveau local. »

Il s’agit donc de trouver un chiffre réaliste pour 2017 et d’obtenir de l’État une rallonge budgétaire pour éponger le trou laissé par les exercices précédents. « En son temps, le préfet Michel Cadot nous avait obtenu un bonus de 150 000 euros », souligne Dominique Tian.

Préavis de grève en suspend

Et la pression est double puisqu’en interne, la CGT n’entend pas laisser les salariés subir les aléas de la garantie jeunes. En décembre dernier, le syndicat avait déclenché son droit d’alerte et mandaté un cabinet pour examiner les comptes de la mission locale. La CGT a déposé un préavis de grève pour ce mardi, levé in extremis après avoir décroché un rendez-vous avec les services de l’État, ce mercredi et avec Dominique Tian, vendredi.

Le syndicat s’inquiète notamment sur des préconisations de la mission d’évaluation économique et financière (MEEF) diligentée par la Direccte et qui a rendu ses conclusions cet été. La maîtrise de la masse salariale figure en bonne place. « L’ajustement des charges de personnels doit suivre l’ajustement des objectifs, pour la Garantie Jeunes », écrivent les auditeurs. Déjà, une partie des salariés dévolus à la gestion de ce dispositif ont été redéployés dans les antennes locales sur les missions classiques de l’organisme.

« Un risque que j’assume »

La CGT craint désormais que les personnels soient la variable d’ajustement de ce qu’il présente comme des « erreurs de gestion et de management ». À ces critiques, Dominique Tian répond qu’il a lui-même demandé à ce que 38 agents de la Garantie Jeunes en contrat à durée déterminée passent en contrat à durée indéterminée. « Nous avons pris un risque que j’assume », insiste-t-il.

Mais le rapport de la MEEF souligne un autre poste de dépense à réduire : « Les loyers du site Garanties jeunes et charges locatives de tous les lieux d’accueil méritent une attention particulière. Les charges locatives ont augmenté de 49 % en une année (2014/2015) grevant le budget à près de 5 % en 2015 contre 2,25 % en 2013, avant la location » du site du boulevard Nédelec. Propriété du groupe Sifer dirigé par Eric Lazery, le promoteur de Bleu Capelette, ce bâtiment avait été choisi pour sa proximité avec la gare Saint Charles.

240 000 euros de travaux de rafraîchissement

Les auditeurs de la Direccte considèrent au contraire que le site « montre ses limites par rapport à la proximité des antennes » par rapport au lieu de résidence des jeunes. Aujourd’hui, les 1500 mètres carrés de locaux sonnent vides avec seulement 450 jeunes suivis. Mieux vaudrait donc mettre fin au bail et son loyer de 240 000 euros annuels. Or, les élus au comité d’entreprise ont découvert que le contrat signé entre la mission locale et la société Sifer comprenait une clause particulière. En effet, il comprend « des travaux de rafraîchissement réalisés par le bailleur pour le compte du preneur pour la période du 1er juin 2014 au 21 mai 2020 ».

Les travaux de « rafraîchissement » s’élèvent tout de même à 240 000 euros lissés sur six ans à raison de 40 000 euros annuels. Une telle clause rend donc complexe une sortie anticipée. Le président de la mission locale dit tout ignorer de cette clause « mais il est toujours possible de sortir d’une location », ajoute-t-il.

« Mise en péril »

La directrice de la mission locale, Brigitte Cavallaro, souligne que les « locaux dédiés » étaient une obligation du cahier des charges « au vu du nombre important de jeunes qui devaient être suivis ». Elle justifie cette clause particulière : « Nous avons pris des locaux d’une surface importante qu’il a fallu mettre aux normes de sécurité. Nous avons donc lissé sur six ans le coût de ces travaux. Nous pouvons reprendre le bail si nous en avons envie. Mais selon le volume de jeunes à accompagner nous ne pourrons pas basculer sur les antennes locales qui seront trop petites. »

Pour l’heure, ce nombre de jeunes pour l’année prochaine est la vraie inconnue du dossier. Dominique Tian prévient : « Je ne veux pas avoir de souci en 2017. Et je ne signerai pas dans les conditions financières actuelles. Je ne veux pas obérer la situation financière de la mission locale ». Raccord avec son président, Brigitte Cavallaro prévient : « Si on ne réagit pas, notre structure pourrait être mise en péril ».

On l’aura compris, c’est à l’État que la mise en garde s’adresse. À la préfecture, on se refuse à faire des commentaires alors que les négociations sont en cours, en renvoyant aux « bons chiffres sur la région » avec 75 % de l’objectif atteint en septembre : 1880 jeunes intégrés au dispositif sur les 2529 prévus. Ce taux atteint 87 % dans les Bouches-du-Rhône, histoire de souligner que la Garantie Jeunes réussit ailleurs…

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