La métropole Gaudin repart mais Joissains s’accroche

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Jean-Marie Leforestier
19 Fév 2016 2

La décision du Conseil constitutionnel rendue ce vendredi relance la métropole présidée par Jean-Claude Gaudin. Le maire de Marseille doit toujours composer avec une forte opposition de maires du pays d'Aix emmenés par l'édile d'Aix-en-Provence, toujours aussi remontée. Il a jusqu'au 30 avril pour voter le budget de l'institution.

“Je croyais que la France était un état de droit, je tombe de haut ! Je comprends maintenant les Français doutent de nos institutions.” Après avoir saisi le Conseil constitutionnel en espérant bien l’emporter, le maire de Pertuis Roger Pellenc et ses collègues du pays d’Aix mettent en doute l’impartialité des sages qui ont rejeté leurs questions prioritaires de constitutionnalité.

Intervention du président du Sénat, la Gaudinie qui faisait la fête dès hier soir après une indiscrétion laissant augurer une issue positive pour elle… Tous les indices sont bons pour crier à “la disparition de la commune” comme l’explique le maire de Trets Jean-Claude Féraud, lors de la même conférence de presse.

Maryse Joissains promet dans la même veine la “guerre totale” assurant que jusqu’à présent, la métropole n’avait connu qu’“une guerre à moitié”. Elle promet pêle-mêle de contester le budget et l’élection des futurs vice-présidents, de “saisir la Cour européenne des droits de l’homme”, de défiler “dans la rue” et réclame “un referendum local comme à Notre-Dame-des-Landes auquel ne serait pas associée la Ville de Marseille après son hold-up”.

“En avant !”

En réalité, le Conseil constitutionnel a porté un sévère coup aux opposants à la métropole en validant l’amendement Gaudin. Dans un inhabituel élan commun, des élus marseillais de gauche (les députés Marie-Arlette Carlotti et Patrick Mennucci) comme de droite (notamment le sénateur Bruno Gilles) lancent un “Au travail !” énergique. Même le premier ministre Manuel Valls s’est fendu d’un communiqué après cette décision “qui va permettre à la métropole Aix-Marseille-Provence de poursuivre ses travaux et ses projets au service de ce territoire”.

La métropole peut reprendre son cours et Jean-Claude Gaudin devrait dans les semaines qui viennent convoquer ses 239 collègues pour une seconde réunion de l’institution. Elle marquera un vrai redémarrage et, même parmi les maires de droite, certains l’ont bien compris. Dès vendredi matin, le maire de Cabriès Hervé Fabre-Aubrespy a admis la défaite. Richard Mallié, maire LR de Bouc-Bel-Air et ancien député, partage cette attitude : “Désormais, la monstropole est en route. Il faut que nous soyons dans la marche, il faut qu’on y soit pour défendre nos communes et le pays d’Aix.” Même tonalité pour le président de l’Union des maires et édile de Mimet  : “Désormais, c’est en tant qu’acteurs au sein de la métropole que nous servirons nos communes”, affirme Georges Cristiani, longtemps en tête des manifs de maires en colère.

Joissains compte les “défections”

À la tête d’un groupe d’indépendants, le Mimétain pourrait s’avérer d’un appui utile pour Jean-Claude Gaudin au sein de sa future institution alors que la rébellion est venue du propre parti du maire de Marseille. Il est d’ailleurs promis à un poste de vice-président. Jean-Claude Gaudin a fait voter le jour de son élection le nombre maximum de ces adjoints : 20, auxquels s’ajoutent les présidents des six conseils de territoire. Une manière de mailler le territoire mais aussi de calmer quelques opposants. Promise à la présidence du territoire du pays d’Aix, Maryse Joissains ironise d’ailleurs sur ce dernier point : “Il va y avoir des défections ; il y a combien de postes de vice-présidents déjà ?”

Mais qu’importe. La maire d’Aix-en-Provence comme son remuant homologue d’Éguilles, Robert Dagorne (UDI), en font désormais une affaire de principes. Pour Joissains, il s’agit “de montrer aux habitants que même si leurs élus prennent des coups, ils les défendent jusqu’au bout”.

Gouvernance partagée au programme

Pourtant, ce n’est pas l’existence de l’institution mais bien son orientation politique qui va très vite susciter des débats. Le premier budget doit être adopté avant le 30 avril : il va devoir s’écrire au pas de course. Malgré son art consommé du consensus et du statu quo, Jean-Claude Gaudin fera forcément des déçus et aura bien besoin de renforts pour tenir la nouvelle institution. En ce sens, il ne crachera pas sur la main tendue par des socialistes qui devraient aussi faire partie de l’exécutif : “Que le PS soit dans la construction, ça m’apparait nécessaire et cohérent étant donné que c’est une loi que notre gouvernement a portée”, assure son meilleur ennemi Patrick Mennucci, qui se rallie ainsi à la position majoritaire au sein du parti.

La gouvernance partagée et le consensus (mou) qui ont longtemps tenu lieu de programme à la communauté urbaine de Marseille semblent bien partis pour prolonger leur bail avec la nouvelle intercommunalité. Une condition nécessaire mais pas suffisante aux yeux de Gaudin. Le président de la métropole a toujours au-dessus de sa tête une autre procédure judiciaire, l’appel de l’annulation de son élection par le tribunal administratif. “Si j’étais lui, je démissionnerais de la présidence“, conseille le communiste Gaby Charroux. Ou alors Gaudin n’a plus qu’à croiser les doigts pour que le Conseil d’État prenne son temps.

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