[La gloire de nos pierres] La bastide Marin, « belle endormie » sauvée par les Ciotadens

Série
le 3 Août 2019
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En ruines, reconverties ou entourées de barres d'immeubles, quelques dizaines de bastides d'antan ont survécu à Marseille et alentours. Elles rappellent un passé bourgeois bucolique façon Pagnol, mais témoignent aussi des inexorables métamorphoses du paysage urbain. À La Ciotat, l'une d'entre elles, datant du 17e siècle, est en passe d'être complètement rénovée par une association, en vue d'en faire un lieu ouvert.

La Bastide Marin est ouverte au public à de nombreuses occasions (Image AL)

La Bastide Marin est ouverte au public à de nombreuses occasions (Image AL)

Passée la grille de la propriété, la bastide Marin ne se donne pas tout de suite à voir. Au bout de l’allée centrale, bordée par des jardins où poussent le blé, l’olive et la vigne, un micocoulier plusieurs fois centenaire dissimule en partie l’austère bâtiment dont les plus anciennes traces remontent à 1680. « Une austérité qui garde de belles choses« , explique sur le pas de la porte du monument classé en 2014, Chantal Trivino, membre de l’association qui œuvre à sa restauration, La Ciotat, il était une fois. Le lieu, ceint de ses 8000 mètres carrés de terrains cultivées est géré par l’association.

« C’est assez miraculeux ce qu’on a fait là« , se réjouit Mireille Benedetti une des fondatrices de l’association et conseillère municipale centriste de la Ciotat chargée de l’éducation depuis 2001. Depuis 15 ans, une dizaine de bénévoles s’échinent à faire revivre la bastide, à coup de chantiers collectifs et de collectes de fond.

L’intérieur, malgré les dommages du temps et de l’humidité, conserve encore quelques attraits de ce que pouvait être l’opulence d’une bastide provençale au 17e siècle. Possédée initialement par la famille génoise de navigateur au long cours Marini, dont le nom sera francisé en Marin, l’histoire de cette bastide se confond avec l’émergence de la bourgeoisie marchande à la Ciotat qui s’enrichit du commerce avec le Moyen-orient.

L’escalier à double révolution de la bastide Marin

Au centre du rez-de-chaussée, un imposant escalier à deux entrées relie les deux étages de la bâtisse. « Il prend un tiers de la maison« , précise Chantal Trivino. Sans pour autant que la disposition des pièces soit bouleversée. « Les propriétaires ont construit leurs maisons comme on construit une cathédrale, en employant le nombre d’or« , ajoute-t-elle. À l’étage, quatre petites pièces identiques s’ouvrent sur un grand salon central, dans lequel trône une cheminée de style baroque où l’on peut apercevoir le blason d’une des familles qui a possédé le domaine. Mais pour l’heure, seul le rez-de-chaussée est autorisé à la visite, la faute aux planchers vétustes qui soutiennent les deux étages.

Une des rares bastides encore debout à la Ciotat

« On avait 80 bastides à la Ciotat. Tous les navigateurs au long cours élevaient leurs bastides. Ils avaient un hôtel particulier en centre-ville et une bastide à la campagne« , explique Mireille Benedetti. « Les bastides, cela peut aller du château au cabanon. Il y avait peut-être 80 bastides, mais du type de la bastide Marin, il devait y en avoir une douzaine à peu près« , précise-t-on au sein de la direction régionale des affaires culturelles (DRAC).

La spécificité de la bastide Marin n’a pas échappé à ce service de l’État, qui dans une étude documentaire la considère comme étant « la seule épargnée par le développement urbain dans l’arrière-pays ciotaden« . Et pour cause, le nord-est de la ville figure depuis 2006 dans le plan d’urbanisme comme « l’un des derniers grands secteurs d’urbanisation future ». La construction de lotissements va bon train dans le secteur et 600 nouveaux logements doivent être prochainement livrés dans la ZAC du Garoutier, à proximité de la bastide. Sur les quatre bâtisses remarquables présentes dans le nord-ouest de la ville, seule la Bastide Martin subsiste en l’état. « C’est la belle endormie« , explique-t-on au sein de la DRAC.

Entrée principale de la bastide Marin (Image AL)

Le renouveau de la bastide

En 1992, les choses commencent à bouger. La ville de la Ciotat rachète la bastide et ses deux hectares de terrain à la fille du dernier occupant afin de « posséder un vaste secteur stratégique (…) et de conserver notre patrimoine architectural par une mise en valeur de l’habitation à terme » selon la délibération du conseil municipal de l’époque. Cette louable intention n’a cependant pas été suivie des faits. Le lieu reste à l’abandon pendant plusieurs années. Seule exception, l’installation des serres municipales en 1995 sur une extrémité du terrain agricole. Le reste « était devenu une décharge sauvage« , se souvient Mireille Benedetti, et la « bastide squattée« .

Il faut attendre la signature d’un bail emphytéotique en 2004 entre la Ville et l’association La Ciotat, il était une fois, pour que la restauration de la bastide démarre véritablement. L’association, dont le but est de valoriser la culture provençale, s’installe dans ce lieu gratuitement en échange d’un entretien et la restauration du lieu. Son objectif initial est de trouver un espace susceptible d’accueillir son spectacle historique, « il était une fois 1720 ».

La première campagne de restauration

Une première campagne de ramassage d’ordures se lance dans la foulée. « On a sorti des camions et des camions de déchets« , se rappelle Mireille Benedetti. Le but de ce premier chantier est de rendre les 8000 mètres carrés de terrain à leur vocation agricole. L’association redessine les parcelles et commence à planter de nombreuses espèces méditerranéennes. L’association Le Sel marin ainsi que la ferme pédagogique s’installent par la suite sur ces terres.

Mais si le jardin reprend vie, de gros problèmes pèsent encore sur la bastide, qui n’a pas fière allure. « Un architecte bénévole est venu faire un tour sur la toiture de la bastide qui a deux siècles et nous a alertés sur son état », indique Mireille Benedetti. Un problème pour l’ensemble du bâtiment. « Cette maison, elle peut durer des siècles à condition qu’il n’y ait pas d’eau. Il n’y a pas de ciment, elle est bâtie avec du sable et de la chaux qui se désagrègent très rapidement au contact de l’eau », explique-t-elle. Sans moyens face aux coûts des réparations, l’association lance alors une grande souscription en 2010 nommée « un toit, une tuile ». Pour trois euros, chaque parrain voit son nom inscrit dans un livre d’or qui sera scellé dans la toiture. « C’était une très belle campagne qui a touché des milliers de personnes« .

le toit de la bastide rénovée (image AL)

Les 60 000 euros récoltés après plusieurs mois ne suffisent pourtant pas à régler les 140 000 euros nécessaires. Mais un couvreur professionnel décide de s’atteler tout de même au problème, séduit par l’allure de la bastide. « Il a fait le tour de la bastide, est monté sur le toit et il répétait « ah elle est belle la maison » et il nous dit, « combien vous avez? » On a dit 60 000 euros. « Je ne sais pas si je pourrais le faire pour 60 000 euros, mais ce ne sera guère loin. On va vous offrir la main d’œuvre, comme ça elle sera aussi un peu à moi« , se souvient-elle. « C’est un bienfaiteur ».

Les acteurs institutionnels rentrent dans la danse

L’ampleur de cette première campagne attire la DRAC et la Fondation du patrimoine. En 2012, une inspectrice vient faire une première visite du site et décide dans la foulée d’instruire un dossier de classement au patrimoine historique, au vu du remarquable état de conservation de la bastide. En décembre 2013, le jury rend sa décision et le classement est approuvé à l’unanimité du jury. De son côté, la fondation du patrimoine ouvre une souscription nationale. « Maintenant la plupart des gens qui font des dons se rendent directement sur le site internet de la fondation« , explique Mireille Benedetti.

La façade nord rénovée (Image AL)

Ce soutien institutionnel permet donc d’engager les premières mesures de conservation pour chasser définitivement l’humidité de la bâtisse. Une architecte spécialiste, Claire Florenzano est nommé pour s’occuper des premiers travaux de rénovation. La façade Nord de l’édifice est entièrement rénovée en septembre 2018. La bastide est encore loin d’être totalement sauvée. L’objectif est maintenant réhabiliter les trois autres pans du bâtiment et sécuriser les planchers de la bastide. Mais d’ici là, l’association réfléchit à la meilleure façon d’accueillir les visiteurs lors des journées du patrimoine les 21 et 22 septembre.

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