La Cayolle : “Un truc fou ici, c’est le rapport à la nature en tant que mecs de quartier”
[LA TRAVERSÉE - 1/5] Marsactu s’associe avec la revue de reportages immersifs Invendable et publie en avant-première des extraits de son prochain numéro, consacré à Marseille. Premier épisode de cette grande traversée : la Cayolle, entre béton et calanques.
La cité de la Cayolle, au pied du massif de Sormiou à Marseille. (Photo : CMB)
Des allées de logements sociaux, des cigales et le massif des Calanques, un bus capricieux sur ses horaires, un grand Leclerc en bas, des chats errants, des poubelles pas bien ramassées, un trafic de drogue à l'existence aléatoire, des motocross. Les quartiers Sud comptent quelques cités, comme les quartiers Nord quelques coins résidentiels huppés. La plus connue s’appelle la Cayolle. C’est Benoît Gilles, corédacteur en chef de Marsactu, qui m’a donné le plan. J’apprends par lui qu’avant d’être une cité avec une existence comme les autres, la Cayolle a été un camp de réfugiés. Benoît m’envoie des liens qui parlent du "Grand Arénas", un bidonville où des juifs nord-africains ont transité dans les années 50. Il me parle aussi d’une communauté nomade irakienne ou indienne, dont de nombreuses familles ont atterri ici. On les appelle les "Baghdadi". J’écarquille grand les yeux. Benoît me fixe et dit : "Mais… C’est très, très, très connu comme histoire !"
Je me rends à la Cayolle sans savoir que raconter, du présent ou du passé. Sur internet, des associations retracent bien l’histoire du quartier et ses vagues d’immigrations. Mais les "Baghdadi" ? Rien de scientifique. Il faudra croiser les gens, mobiliser la mémoire vivante. Sauf que les rues de la cité sont désertes. Un homme apprend à son petit-fils à faire du vélo. Des jeunes font un barbecue au rez-de-chaussée d’un immeuble. Le point de deal indiqué par des graffitis est vide. Plus haut, des préadolescents sortent de la mosquée d’un pas lent. Plus bas, des enfants de même pas six ans se chamaillent sur leurs vélos à quatre roues : "Je vais te niquer ta mère !" Et un tout petit peu plus bas, Samara et Sobrya font passer le temps. Les sœurs jumelles ont 37 ans. Elles n’ont jamais vécu ailleurs qu'à la Cayolle. Aujourd’hui, leur maison abrite trois générations. "Va voir mon père ! Il est né dans les bidonvilles." Et il est où ? "Sur la terrasse !" De la maison HLM. Les grandes filles vivent avec leurs enfants, Klomène, six ans, Shanice, quatre ans, et Shanna, deux ans, sans les papas, pour le moment, le temps que chaque famille nucléaire obtienne son logement social à elle. Le tout, décoré par le patriarche, Jean-Paul, 64 années, toutes passées à la Cayolle.
"Leurs croyances à eux"
La terrasse de Jean-Paul ressemble à un plateau de théâtre. Il dégage deux belles chaises en ferraille du décor : un grand crocodile blanc, une passoire rouge accrochée à une grille, des petites pierres enfilées en guirlande, du mobilier en plastique, deux piscines gonflables, un coq et des . . .
Magnifique. Chapeau !
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Bel article.
Des éléments de preuve d’abandon, de laisser aller et laisser faire par les institutions.
Sentiment fort de fraternité et de quelques libertés.
Les habitants vivent ou survivent ensemble.
Merci clara martot bacry
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Finalement, une organisation assez proche des villages du début du siècle dernier…le clan, la famille, l’autogestion…
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Merci pour ce beau reportage Clara Martot Bacry, quand on va vers les gens on comprend toujours mieux !
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Aucun mot sur les installations sportives ?
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Cette histoire des Baghdadi est très intéressante. Merci beaucoup.
Pour le reste, c’est quand même une longue litanie de la misère humaine. Pêle-mêle :
– Des enfants de six ans qui disent « Je vais niquer ta mère ».
– Des mères « isolées » dans la fleur de l’âge dont on ne sait pas ce qu’elles font en « attendant » un logement social.
– Jean-Paul qui se plaint d’entendre dire « les immigrés, ils sont là, ils font rien… » tout en expliquant qu’il ne sait ni lire ni écrire.
– « Chacal », sous bracelet électronique uniquement parce que les prisons françaises sont pleines à craquer de délinquants comme lui.
– Ce sentiment que l’Etat est responsable de tous leurs maux (« On est… délaissés. On n’a pas d’activités. Et après, ça s’étonne qu’on fait n’importe quoi.”). Qu’est ce qui empêche les jeunes de prendre leurs vélos pour aller à la médiathèque quand ils ne peuvent pas aller à Sormiou?
– Mais en même temps, la peur des CRS et de la police, on se demande bien pourquoi, puisqu’ils représentent ce même Etat.
On a peine à croire qu’on est à Marseille, en 2025. Il ne faut pas modifier beaucoup de mots pour se croire dans une favela à Rio. D’ailleurs « Chacal » ne s’y est pas trompé : c’est comme cela qu’il a appelé son food truck.
Bref, cet article qui décrit assistanat, immigration et délinquance, est du pain béni pour l’extrême droite.
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Très belle phrase dans cet article qui donne à connaître un peu de la vie de gens que les esprits étroits s’efforcent de ne pas voir, sauf pour les condamner : « Les idiots ne comprendront pas. »
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Un article plein d’empathie… Pour des gens qui n’en veulent pas.
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Les Éditions Autrement ont publié il y a qqs années un livre d’ Émile Temine et Nathalie Deguigné sur la Cité du Grand Arenas
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Je l’ai lu oui. Plus intéressant que cet article socio-truc-voyous-sympas
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Santa Mondega
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Habitant à la cayolle je trouve qu’il aurait été intéressant de mettre en perspective les différences qu’il y a entre les Habitant du quartier.
On y trouve certes des appartements sociaux mais également de nombreuses maisons avec des terrains qui ont été parcellés lors d’héritage et depuis une quinzaine d’années beaucoup de nouveaux immeubles.
Nous habitons ici depuis 40 ans, la cohabitation sur la voie publique ou les complexes sportifs ne va pas toujours de soit mais la cayolle contrairement à beaucoup de cité est ouverte sur l’extérieur et on y est pas enfermé au milieu de grandes tours.
Parfois on arrive à vivre ensemble à d’autre moment on a l’impression de vivre chacun dans des mondes différents. Quoi qu’il en soit il est toujours plaisant de lire un article sur l’endroit où l’on vie.
Merci
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