La CAF ferme l’accueil rue Malaval (2e) et abandonne un peu plus allocataires et agents

Actualité
le 23 Oct 2019
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Le centre d'accueil de la CAF rue Malaval, près de la Joliette, a fermé ses portes après plusieurs cas d'incivilités. Les allocataires se retrouvent dans la confusion et les agents craignent que le problème ne se répercute sur les deux centres encore ouverts.

La CAF ferme l’accueil rue Malaval (2e) et abandonne un peu plus allocataires et agents
La CAF ferme l’accueil rue Malaval (2e) et abandonne un peu plus allocataires et agents

La CAF ferme l’accueil rue Malaval (2e) et abandonne un peu plus allocataires et agents

L'enjeu

Le centre d'accueil de la caisse d'allocations familiales, rue Malaval (2e), a fermé ses portes jusqu'à nouvel ordre pour des incivilités à répétition.

Le contexte

Cette nouvelle fermeture intervient alors que la CAF ne conserve que trois sites ouverts au public sur la ville. Plusieurs lieux d'accueil ont fermé en quelques années.

“Oh mais ils sont déjà fermés ? Il est même pas 15 heures !”. Ça défile devant le centre d’accueil de la caisse d’allocations familiales, rue Malaval (2e), dans le secteur de la Joliette. Mais le demi tour est quasi immédiat. Les mines elles, sont déconfites. Derrière le rideau en fer, une affiche indique que le centre est “temporairement fermé”. Les procédures en cours sur les primes d’activité, allocations logement ou pensions alimentaires attendront. “Le temps que j’aille à la CAF rue de Gibbes [14e, ndlr], ça sera fermé…”, s’inquiète une mère de famille, venue déposer un dossier pour une aide familiale.

“Demain vous pensez qu’ils seront ouverts ?”, “Si je dépose mon dossier dans la boîte aux lettres, ils vont le récupérer ?”… Les questions aussi défilent. Mais restent sans réponse. En moins de dix minutes, ils sont une dizaine à trouver porte close alors qu’ils étaient venus trouver de l’aide. La raison de la fermeture est détaillée sur le site de la CAF 13. “De nombreux incidents, souvent graves, se sont produits dans l’espace libre-service de l’accueil de la CAF à Malaval ces derniers mois. Pour assurer votre sécurité et celle des salariés de CAF 13 nous sommes contraints de fermer temporairement l’accueil en libre-service.” On lit encore :

Entre le mois de juillet et le 16 octobre, 25 incidents se sont déroulés dans l’espace libre-service de l’accueil de Malaval. Depuis la rentrée deux incidents particulièrement graves ont eu lieu. Les personnes qui les ont provoqués menaçaient d’utiliser un couteau. L’une d’entre elles a d’ailleurs été condamnée à un an de prison à la suite de son acte envers une salariée de la CAF 13.

“Il s’agit d’une fermeture temporaire de protection. Nous rouvrirons dès que possible”, répond à Marsactu Jean-Pierre Soureillat, directeur départemental de la Caf*. Pas de quoi atténuer les inquiétudes des allocataires rue Malaval. “Il y en a un qui cause des problèmes et c’est tout le monde qui paye !”, s’insurge une dame. “Comme d’habitude, ils se foutent de notre gueule. Ils ferment, ils ouvrent, ils ferment… Là c’est parce que des gens s’énervent, c’est vrai ! Mais au bout d’un moment c’est normal”, peste un jeune homme en glissant des documents dans une enveloppe pour une allocation logement. Il glisse l’enveloppe dans la boîte aux lettres : “Moi, j’ai arrêté de m’énerver. Mais maintenant, faut se démerder.” 

“Ça va rendre les gens encore plus en détresse”

Loin de soutenir la direction, certains syndicats s’élèvent contre la fermeture de ce centre d’accueil dans lequel travaillent une quinzaine de personnes. “On nous a annoncé ça jeudi dernier lors du comité d’entreprise de manière brutale. La direction s’appuie sur des incidents réguliers à l’accueil, il ne s’agit pas d’une fermeture parce qu’il y a eu un incident la semaine dernière. On aurait pu nous prévenir avant ! Nous n’avons aucune précision sur le temps de fermeture”, s’indigne Martine Castino, secrétaire générale de l’UGICT, rattachée à la CGT. Une indignation que comprend le directeur de la Caf 13 : “C’était peut-être un peu rapide mais nous voulions fermer avant les vacances d’octobre, nous n’avons pas eu le temps de la concertation. C’est une mesure d’urgence et même si ce n’est jamais idéal, c’est aussi un moyen de sensibiliser les pouvoirs publics.”*

Pour Martine Castino, la fermeture de ce point d’accueil, dans un quartier où la demande est très importante, n’est pas la bonne solution. “Nous nous élevons contre cette fermeture dans un service public déjà amoindri”, dénonce-t-elle avant de citer les dernières fermetures de centre d’accueil de la CAF : la Valentine, rue d’Oran, rue du Berceau… La syndicaliste craint désormais un report important sur le centre d’accueil chemin de Gibbes, à trois kilomètres de là.

À ses côtés, une salariée “conseillère service à l’usager” détachées de Malaval, abonde : “En temps normal, sur Gibbes, ils reçoivent en moyenne 700 personnes par jour. Depuis la fermeture, ils reçoivent près de 1500 personnes par jour !” Cette dernière dit craindre également un report sur le centre de Dessautel (9e) mais ne dispose d’aucun chiffre. “Pas de variation sensible” sur ce site, contrecarre Jean-Pierre Soureillat*. Mais l’inquiétude de la conseillère concerne aussi les allocataires. “On vient de fermer un accueil dans un site sensible, ça va rendre les gens encore plus en détresse, seuls face à des démarches qui prennent du retard.” Ce mardi, le service de communication de la Caf a envoyé des données chiffrées sur les incivilités dans les centre d’accueil de la CAF du département.

154 incidents, 19 menaces de mort

154 incidents se seraient produits entre janvier et septembre 2019. Parmi lesquels 83 insultes grossières ou violentes, paroles injurieuses, menaçantes ; des violences physiques commises à quinze reprises, dont dix, entre août et septembre ; dix-neuf menaces de mort. Ces chiffres ont été obtenus grâce à un outils permettant aux agents de la CAF de la France entière de faire des rapports sur chaque incident. “Les Bouches-du-Rhône sont le premier département victime d’incivilités ! Le problème n’est pas nouveau, s’agace Martine Castino. Les fermetures ne sont clairement pas la bonne réponse !”. Elle préconise un dialogue entre direction et agents présents sur le terrain pour réfléchir à d’autres solutions. Une rencontre bien prévue par le directeur de la Caf 13 le… 12 novembre.*

Dans son communiqué, la CAF 13 précise également que les lundis et mercredis, les agents de Malaval recevront “sur rendez-vous”, que “les autres sites d’accueil maintiennent leur offre habituelle”. La direction précise également que “des volontaires de service civique mis à disposition par la Caf 13, seront présents dès le mois de novembre dans les centres sociaux à proximité”. Et enfin, que “la plupart des demandes sont accessibles en ligne sur l’appli CAF Mon compte et sur le site“. De quoi agacer la conseillère citée plus haut.

Souvent confrontée à “l’animosité que peuvent avoir certains envers la CAF” du fait des retards de certaines démarches notamment et “la détresse de ceux qui attendent qu’on réponde à de vraies problématiques”, elle ne peut concevoir qu’on réduise chaque jour un peu plus l’accueil physique : “Avec les fermetures on n’est pas sur le bon chemin, il nous faut plus de moyens, tout le monde le sait.” 

*Les citations du directeur de la Caf 13, qui a rappelé Marsactu ce mercredi, ont été rajoutées ce jour à 17h.

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Commentaires

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  1. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    On appelle cela des représailles collectives ,ce qui est proscrit par notre droit ! Il y aurait incontestablement moins d’incivilité si les organismes sociaux avaient les moyens de traiter en temps et en heure les dossiers et disposaient de médiateurs en nombre suffisant pour accueillir des personnes en grande difficulté ,peu éduquées ,qui ne peuvent plus parfois nourrir leur famille et qui ne comprennent pas ce qu’on leur demande ! Pailleurs la présence d’agents de sécurité en nombre suffisant permettrait de calmer le jeu .On nous dira que “ça va couter un pognon de dingue ” ,mais en tout état de cause il existe bien d’autre dépense parfaitement inutiles ne serait-ce qu’à Marseille ,même s’il s’agit de budgets différents l’argent sort toujours de la même poche: la notre Exemples la multiplication des pots de fin d’année par “nos” élus aux frais des contribuables et bien sur le téléphérique de ND de la GARDE ?la Rocade sud etc.

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  2. David David

    Il s’agit d’une hypocrisie, rien de plus. Travaillant dans un autre Service Public, je sais très bien, comme le directeur de la caf le sait aussi, qu’il est soumis à une “Convention d’objectifs et de Gestion” ou COG, qui cadre pour u’e période triennale les moyens, les budgets, les objectifs…

    Et ceux-ci sont très clairement à la baisse : baisse des budgets, des moyens… Hausse des objectifs, de “l’efficience”… La fermeture des des accueils physiques, comme à la sécurité sociale ou aux impôts, est un de ces objectifs. On fusionne, on mutualise les activités, on fait des économie d’échelle : on ferme des accueils, des centres de production. On serre les effectifs : 35% de taux de remplacement des agents partant en retraite, c’est la moyenne. Soit un agent qui est remplacé pour trois départs, maximum. Vous comprenez, les pauvres banques, depuis la crise, elles ont besoin de sous: quoi de mieux que d’avoir un gouvernement à sa botte pour faire le sale boulot, en prenant ce pognon de dingue dans la poche des usagers ?

    Ce directeur est un gros hypocrite qui fait passer les objectifs du ministère avant la mission de Service Public qui lui est normalement échue… C’est honteux qu’il prenne le prétexte de la sécurité pour avancer ses pions… C’est tellement grossier et méprisant !

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  3. Avé Avé

    Article orienté, aucun contrebalancement des positions énoncées, notamment celle de la syndicaliste de l’UCIGT, pour que l’on se fasse une idée de l’étendue du problème. On peut faire du micro-trottoir avec les usagers mécontents, ça réchauffe les cœurs, mais pourquoi ne pas questionner plus la réalité de la violence de ce travail, les insultes quotidiennes, les chiffres donnés sont tout de même hallucinants. Et qu’on ne mette pas tout sur le dos des retards de traitement, ça ne justifie pas les attaques au couteau. Bref, la parole des agents de la CAF touchés par les violences manque cruellement, et une approche plus distanciée du sujet nous aurait permis d’en savoir plus.
    Pour l’anecdote, d’une expérience personnelle qui n’est pas forcément représentative mais quand même, j’ai dû une seule fois aller à cet accueil CAF pour une prestation. Pendant mon attente j’ai pu être ahuri par la violence avec laquelle un homme s’énervait et insultait l’agent de la CAF, qui est restée très calme, car celle-ci demandait à la femme de cet énergumène d’enlever son voile intégral pour qu’elle puisse voir au moins l’ovale du visage.

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    • David David

      Vous dites tout et son contraire.

      La représentante de l’Ugict est élue par les agents, elle est donc tout à fait légitime dans son rôle de porte parole car mandatée par eux. En quoi mentirait-elle, ou déformerait-elle la vérité ? Parce qu’elle est ugict ? De plus, le directeur de de la caf 13 à également eu la parole.

      Les chiffres des agressions ? Ce sont des chiffres fournis par la direction, et repris par les syndicats. Ils ne sont pas gonflés ou minorés, mais hélas le fruit d’une triste réalité : les services publics sont très souvent en première ligne face à la détresse sociale qui se traduit souvent par en incompréhension (face à une complexité administrative réelle) et hélas quelquefois aussi, en violences.

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  4. Alceste. Alceste.

    Votre pudeur de “jeune fille” est touchante en employant le mot d’incompréhension . Cette “incompréhension” comme vous dites est plus que trop souvent de la violence pure à l’égard des gens qui sont derrière les guichets, et la complexité administrative que vous mettez en avant est un argument inapproprié . D’ailleurs, ces fameux fonctionnaires derrière les guichets savent passer aussi beaucoup de temps à expliquer et même quelques fois à remplir “les papiers” des gens qui ont des difficultés à le faire.
    Une catégorie de la population marseillaise est violente et n’utilise que ce moyen. Les mots tels que bonjour, merci, s’il vous plaît leurs sont inconnus. Enfin quoi le minimum. Si vous n’avez un jour rien à faire , faites un saut place d’Arenc à la Poste un jour d’affluence , et vous en reparlerez ensuite en connaissance de cause. Le politiquement correct est plus que fatiguant à la longue , il faut nommer les choses et au moins cela clarifie la situation.

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