Istres : 5 heures de monologue pour répondre à la chambre régionale des comptes

Actualité
Jean-Marie Leforestier
8 Août 2017 2

Le maire d'Istres François Bernardini a présenté ce lundi en conseil municipal le rapport de la chambre régionale des comptes sur la gestion de la Ville. Malgré l'ampleur des révélations de la chambre, la majorité a fait bloc derrière son maire.

François Bernardini, entourée par sa première adjointe Nicole Joulia et son directeur général des services Nicolas Davini et sa directrice de cabinet Marlène Picon (de g. à dr.)

« Mes chers collègues, il est 10 heures. Je vais rentrer dans le détail et je ne vais pas manquer un seul point car l’intérêt est d’avoir conscience de chaque élément. » Le maire d’Istres François Bernardini parle déjà depuis une demi-heure et va poursuivre pendant quatre heures et demi de plus, lisant et détaillant sa réponse officielle à l’institution.

Il a convoqué en toute hâte et en plein mois d’août le conseil municipal pour en discuter. La longueur du monologue est à la hauteur du rapport touffu de la chambre régionale des comptes dont Marsactu a déjà relevé des éléments.

Le premier article : La chambre régionale des comptes pointe le maire et les entrepreneurs omniprésents

Le second : L’emploi municipal douteux du créateur du salon de la gastronomie de Marseille

Cette longue réponse, Marsactu la publiait dès lundi matin. Elle a été rendue officiellement publique par la chambre régionale des comptes en même temps que son rapport après la séance du conseil municipal. Les curieux trouveront le tout ici.

Aux yeux de François Bernardini, le rapport final est particulièrement à charge, inspiré par son opposition. Il se pose donc en cible d’une chasse. « Je suis singulièrement étonné du ton vindicatif employé. […] Je suis monstrueusement déçu par une analyse caricaturale destinée à justifier le raisonnement personnel et préconçu », martèle-t-il.

« Aucune proposition de nature allusive »

La défense, classique, n’effraie pas la CRC, représentée dans le public. Au téléphone, sa vice-présidente, Catherine Collardey, réaffirme le caractère habituel et carré du contrôle : « Il n’y a dans ce rapport aucune proposition de nature allusive. Tous les points que nous soulevons sont documentés. Ils ont fait l’objet d’un débat contradictoire et d’un examen collégial de notre part. Commandes publiques, ressources humaines, grands projets, ce sont des thèmes classiques qui sont traités dans tous les autres rapports de la chambre régionale des comptes. » Certes, il y a eu plus de deux ans de contrôle mais, image-t-elle, « quand on commence à tirer un écheveau et qu’on trouve, on tire jusqu’au bout ».

Aux yeux de François Bernardini, l’opposition, multiple et très active par le passé sur certains dossiers soulevés par la CRC, serait derrière l’analyse des magistrats financiers. Pour lui, « il n’y a aucun honneur à exister de cette seule façon ». Mais pour les plus vindicatifs, il y a ce lundi une forme de satisfaction de voir confirmée une part de leurs déclarations précédentes.

Ils profitent tour à tour des quelques minutes qui leur sont consacrées. Côté Les Républicains, le conseiller municipal Robin Prétot, qui travaille auprès du groupe majoritaire à la région PACA, ferraille avec le maire depuis plusieurs mois. « Le rapport est accablant. Ce rapport met à nu un véritable système organisé au profit d’une minorité qui se rince et d’une gouvernance qui met en péril notre ville », tacle le trentenaire. Pour le socialiste Lionel Jarema, il s’agit d’un « rapport qui révèle une partie du dossier istréen car la CRC dit qu’il ne s’agit que d’un échantillon ». Charles Valentin, élu sur la liste FN mais désormais non-inscrit, pointe lui un fonctionnement municipal dans lequel « une certaine partie se gave » pointant notamment les « 78 % de hausse du régime indemnitaire de la directrice de cabinet ».

La majorité municipale ne bronche pas

Dans sa déclaration, Robin Prétot tente d’ouvrir une porte aux élus de majorité potentiellement mal à l’aise. Il rappelle qu’en 1995, lors d’un précédent examen de gestion, un adjoint, Claude Virion avait choisi de démissionner face aux éléments alors soulevés. « Combien de Claude Virion aurons-nous en 2017 ? », interroge-t-il.

Zéro. La majorité municipale ne bronche pas et c’est Olivier Mayor, un ex opposant UDI qui a accepté la lise d’« union nationale » de l’ex socialiste François Bernardini en 2014, qui répond. « Nous, les 32 élus de la majorité municipale, d’une seule et même voix réaffirmons notre volonté de poursuivre la politique engagée dans ce mandat avec force et confiance, portés par notre maire François Bernardini. » Une conclusion applaudie jusque dans les rangs du public… Ils ont même reçu quelques minutes plus tôt le coup de main inattendu mais salué de Paul Mouillard du Front national qui a tenu à affirmer n’avoir « jamais vu une irrégularité en commission d’appels d’offres » depuis qu’il y siège en 2014.

C’était une des rares éclaircies du moment de François Bernardini, qui est toujours l’objet d’une enquête préliminaire ouverte par le parquet national financier. Il appartient à cette dernière de qualifier pénalement les faits dévoilés par la chambre régionale des comptes. Pourtant, l’édile assure : « On me promettait des éléments tellement gravissimes que je devais en imaginer des éléments coercitifs. Je suis d’une sérénité, vous pouvez pas imaginer et ce n’est pas un jeu de rôle, un débat de comédien, c’est la facilité d’une sincérité naturelle. »

NB : Contraint par d’autres obligations, Marsactu, qui n’avait pas imaginé un tel monologue, n’a pu assister qu’aux trois premières heures d’expression de François Bernardini. Celui-ci, qui n’accepte jamais nos demandes d’entretien, a salué notre départ en dénonçant des articles « insidieux ».

Modifié à 10 heures : ajout de la déclaration de Charles Valentin.

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