« Dans le centre de Marseille, il faut prendre garde à la tentation de la table rase »

Interview
le 5 Avr 2019
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Pendant cinq ans Hélène Corset a été l'une des architectes des bâtiments de France du département, ces fonctionnaires du ministère de la culture qui veillent sur les monuments historiques, leurs abords, et tentent de faire la promotion de la qualité architecturale. Cinq mois après les effondrements de la rue d'Aubagne, elle interroge l'avenir du centre ancien de Marseille.

« Dans le centre de Marseille, il faut prendre garde à la tentation de la table rase »
« Dans le centre de Marseille, il faut prendre garde à la tentation de la table rase »

« Dans le centre de Marseille, il faut prendre garde à la tentation de la table rase »

Pour les uns, ils sont des chevaliers blancs, protecteurs du patrimoine urbain et paysager, pour les autres, des empêcheurs de construire, procéduriers et superfétatoires. Créés après guerre, les architectes des bâtiments de France (ABF) sont méconnus du grand public. Pourtant leur avis compte et peut parfois influer sur l'évolution de la ville.

Pendant cinq ans, Hélène Corset était cheffe de l'unité départementale de l'architecture et du patrimoine qui dépend du ministère de la culture. L'une des quatre ABF du département. Elle veillait donc sur les espaces protégés, les abords des monuments historiques, les sites patrimoniaux remarquables. Elle donnait un avis sur les permis de construire avec une volonté pédagogique de faire progresser le souci du patrimoine et "de la promotion de la qualité architecturale" auprès des promoteurs, des collectivités locales et des partenaires publics et privés.

Le mode accompli est de rigueur puisque Hélène Corset a pris la tête depuis le début de l'année de l'école d'architecture de Marseille. Pour Marsactu, elle revient sur ces cinq années passées dans une ville bouillonnante où les questions de patrimoine ont souvent défrayé la chronique, touchant parfois au drame, comme récemment avec l'effondrement des immeubles de la rue d'Aubagne.

Revient souvent l'idée reçue que Marseille est une ville dont le passé n'apparaît pas. Une forme de ville sans qualité, avec peu de monuments, où chaque génération détruit ou construit sur ce que la précédente a laissé. Quel est votre point de vue là-dessus ?

Je ne vais pas revenir sur le passé antique de la ville. Il y a bien entendu une histoire très importante avec un patrimoine de toutes les époques, avec un très grand patrimoine du XIXe siècle. C'est faux de dire qu'il y a peu de monuments. En revanche très peu sont protégés au titre des monuments historiques. Il y a eu toute une époque où les conservateurs régionaux des monuments historiques étaient très axés sur la protection d'Aix ou d'Arles qui ont une densité patrimoniale, antérieure au XIXe siècle, très forte. C'est une lacune que l'on doit aussi à l'histoire de nos services et à l'histoire politique de Marseille. Le patrimoine n'était pas le sujet jusqu'à très récemment et on peut encore se poser la question aujourd'hui. Ce n'est pas gagné...

Il y a la célèbre histoire du maire sur le tibia de Jules César qui surgit dès qu'on creuse. L'histoire révélée par les fouilles archéologiques est toujours vécue comme un emmerdement, si je puis me permettre...

Surtout si c'est la question antique qui empêche de construire. Au-delà des monuments, il y a un patrimoine. Cette notion a énormément évolué. On a commencé par mettre des fragments d'architecture antique dans des musées, comme le premier musée des Augustins à Paris. En 1913, la loi sur les monuments historiques permet de les identifier, les préserver dans leur environnement. Progressivement, on a étendu cette notion de monument à ses abords, ce qui permet de lui donner sa cohérence et sa compréhension historique. C'est ce qu'a permis la création des Architectes des bâtiments de France après la seconde guerre mondiale. Ensuite André Malraux, avec sa loi sur les secteurs sauvegardés, a considéré qu'il fallait préserver des tissus bâtis intéressants dans leur ensemble pour leurs qualités de tracés, de morphologie urbaine, d'architecture. Avec les lois de décentralisation on a construit des outils comme les aires de valorisation de l'architecture et du paysage ou les sites patrimoniaux remarquables et qui donnent la main aux collectivit . . .

Benoît Gilles
Journaliste

Commentaires

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7 commentaires


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  1. Titi du 1-3

    Trés bonne interview avec des questions pertinentes et des réponses claires et nuancées.

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  2. Alceste.

    Pourquoi le vieux Lyon a été rénové et pas celui de Marseille ?
    Pourquoi le Marais à Paris a été rénové et pas celui de Marseille ?
    Pourquoi le centre Ajaccien a été rénové et pas celui de Marseille ?
    Pourquoi le vieux Bordeaux a été rénové et pas celui de Marseille ?

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    • Germanicus33

      On nez connait que trop bien la réponse et on pourrait se poser les mêmes questions pour les pistes cyclables ou les zones piétonnières

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  3. Dark Vador

    Article plus qu’intéressant : extraordinairement instructif! En quelques phrases, tout est dit…
    “Ah mais moi je ne fais pas du logement, je fais un produit de placement financier”…
    “Plus personne ne pilote l’aire de valorisation de l’architecture et du patrimoine »…
    “En cinq ans, je n’ai pas beaucoup vu Marseille Habitat sur le centre ville et sur Noailles en particulier »…
    « La pression sur le foncier est énorme. La collectivité n’a pas tellement fait d’acquisition foncière. Le foncier est complètement dans les mains du privé »…

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    • JLR

      Et aussi cette phrase quand on ne connait pas en détail le projet de la Plaine et qu’on ne sait pas quoi penser de ses opposants:
      « Même si le projet n’est pas parfait, on va vers du mieux en terme d’usage et de replantation. »

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  4. Germanicus33

    C’est vraiment très intéressant et le travail de l’Atelier du Patrimoine est méconnu, voire méprisé par les édiles.
    J’allais souvent voir des expositions à leur siège du cours Belsunce, près du Centre Bourse.
    Il y avait de très belles maquettes de Daniel Drocourt qui m’avait dit que son avis n’était que consultatif…
    On peut voir quelques unes de ces maquettes au Musée d’Histoire…
    Quant aux espaces verts, régulièrement menacés, protégeons les des Vinci et autres prédateurs de l’espace public!
    Les projets farfelus ou minables de téléfériques ou de « musée » sous-marin aux Catalans ne sont que des leurres!

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    • Mars1

      A ma connaissance, l’Atelier du patrimoine n’existe plus à Marseille.

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