En février 2013, Marsactu révélait que la Ville de Marseille avait accordé une subvention de 400 000 euros à une société privée pour organiser un concert payant de David Guetta. Le parc Borély était également mis à disposition gratuitement. L'affaire déclenchait tout de suite un vif mouvement de contestation citoyenne entraînant l'annulation du concert.

Marseille Provence 2013 tient enfin son événement grand public. Le plus grand DJ de la galaxie envoie du son dans le parc Borély en ce 23 juin. Plus de 23 000 Marseillais en folie ont fait le déplacement. Au premier rang parmi les fans d’électro, Jean-Claude Gaudin hoche frénétiquement la tête. Love is gone au bord du Prado, voilà pour la réclame. Mais quand le maire de Marseillle abandonne les chants de messes, il ne vient pas les mains vides. 400 000 euros versés par le contribuable pour transformer les bourgeoises du Prado en clubbeuses d’Ibiza.

Depuis une semaine, cette perspective affole les réseaux sociaux. Sur Facebook, un groupe a même été monté par DJ Oil, bien connu des scènes marseillaises. Le « Commando anti 23 juin » réunit déjà plus de 270 membres, tous contestant plus le financement public que la programmation en soi.

Boycott en vue

Pour le leader de la fronde, Lionel Corsini aka DJ Oil, « cet argent-là ne sera pas affecté à des artistes qui en ont vraiment besoin ». Si le groupe prévoit d’appeler au boycott du concert, le DJ marseillais est conscient que l’impact de son initiative restera probablement limité. Il s’agit plus de « dénoncer publiquement cette nouvelle cabriole de la Ville », matérialisée par une somme considérable pour accueillir « un mec qui vient avec 2 clés USB ». Car c’est bien la mairie – et non MP 2013 – qui aide à financer la venue de Guetta. « Au-delà des publics exogènes [sic], ce sont aussi les Marseillais, à qui la Ville offre une occasion supplémentaire d’être fiers, que Marseille Capitale européenne de la culture doit séduire ».

La décision d’attribuer une telle aide financière à l’événement a été prise en conseil municipal le 10 décembre dernier, alors que le groupe d’opposition « Faire gagner Marseille » était sorti. Le maire d’énumérer les rapports soumis au vote à la vitesse d’une mitraillette. Selon la délibération soumise au vote et qui a reçu un avis favorable de la commission, ce concert s’inscrit clairement dans l’année de la capitale européenne : « C’est dans ce contexte que la société Adam Concerts, organisateur de spectacle vivant, a fait part à la Ville de Marseille de son souhait d’organiser dans le Parc Borély, durant l’été 2013, des spectacles d’envergure internationale ouverts au grand public notamment David Guetta, artiste de renommée internationale qui sera accueilli le 23 juin 2013 ». L’entreprise Adam Concerts est par ailleurs organisatrice de nombreux spectacles dans la région, notamment au Dôme et au Silo, deux salles de spectacle municipales. Noir sur blanc, le deal apparaît peu après :

En contrepartie [de l’apport de notoriété suscité par l’événement], la Ville de Marseille versera à la Société Adam Concerts une participation financière de 400 000 euros en deux versements.

En fouinant, on tombe alors sur la convention entre la Ville et la société de production qui devra jouir « de la Zone d’Organisation des Manifestations en bon père de famille ». En échange des 400 000 euros de subvention, la société organisatrice s’engage à organiser un second concert avec une personnalité « ayant un rayonnement équivalent ». Reste à savoir si Mika annoncé en première partie le même jour entre dans cette catégorie. La Ville permet également à la société d’organiser à son aise d’autres concerts dans la même période. Mais l’agenda concerts d’Adam ne mentionne aucune autre date que celle de Guetta dont les places sont en vente depuis le 20 décembre. Contacté à (maintes) reprises, le directeur de la société Adam Concerts n’a pas souhaité éclaircir les conditions d’attribution de ce financement public quelque peu douteux pour un concert payant.

100 000 euros l’heure de concert

La Mairie fait état d’une capacité de 23 610 personnes pour cette partie du lieu public. À raison de 44 euros par tête, 59 pour les VIP, l’exclusivité sur les buvettes et le merchandising, l’évènement avait-il besoin de l’aide financière de la ville pour être rentable ? D’autant plus que l’artiste français le mieux payé en 2011 selon Le Parisien, est loin d’être dans le besoin. Son cachet moyen tournerait autour de 200 000 euros, comme pour le Festival Garorock où il a demandé 100 000 euros de cachet par heure de prestation. Les 400 000 euros de la Ville couvriraient donc grosso modo les rémunérations du DJ et de Mika. Et que la ville, selon la convention, semble avoir essayé de faire financer en partie via un de ses fonds de dotation sur l’art contemporain. Et dire que dans le même temps, les petites scènes ferment une à une…

Combien la société de production paie t-elle pour louer le lieu public ? Du côté des élus, les réponses sont évasives. Maurice Di Nocera, l’adjoint aux grands événements, explique que « ça ne fait pas partie » de sa délégation. Quant à Laure-Agnès Caradec, dont la délégation aux espaces verts englobe le parc Borély, elle n’a pas beaucoup plus d’infos. Tout juste rappelle-t-elle qu’il « était impossible de louer le même prix que le Dôme qui est déjà tout équipé ». Et pour cause, si on croit la convention, la mise à disposition du parc Borely ne fait l’objet d’aucune contrepartie financière de la part d’Adam Productions.

Question concert grand public subventionné, la Ville n’en est pas à son coup d’essai. En 2000 déjà, Johnny Hallyday se produisait au Vélodrome grâce à la bienveillance sonnante et trébuchante de la mairie. 1,5 million de francs déboursés qui impliquaient une contrepartie de la part d’Adam concerts, déjà aux manettes à l’époque : « Pour permettre au plus grand nombre d’assister à ce spectacle, la Ville de Marseille a demandé à l’organisateur de pratiquer, pour certaines places, un tarif très abordable », stipulait la délibération du 31 janvier 2000. Un recours du Préfet de l’époque, contestant l’attribution de subventions aussi élevées pour un concert payant avait été rejeté par la justice. L’argument était alors que l’argent public permettait de proposer des places moins chères. Ce prix raisonnable était alors estimé – par la Mairie et la justice – à 100 francs, soit 15 euros. Trois fois moins que le prix de la place pour Guetta à Borély. 

Ci-dessous, la convention de « bon père de famille ».

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