GR2013 : un sentier tracé dans le béton

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le 16 Jan 2013
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La lumière douce perce le ciel bas de ce matin d'hiver, sur le plateau de la Viste. Le mistral s'infiltre dans les moindres failles offertes par les vêtements, glaçant les os. Le regard se perd sur les barres d'immeuble saillant au-dessus de la rade marseillaise. Alors qu'aujourd'hui s'inaugure une parcelle du GR 2013 dans le Panier, une autre boucle du sentier de grande randonnée – labellisé par Marseille-Provence 2013 – prévoit de randonner au creux de la ville. Dans ces quartiers populaires tristement prisés par les médias les jours de règlements de compte meurtriers. Las.

La communion avec la nature, oubliez. Le propos n'est pas là, mais plutôt dans la compréhension d'un paysage urbain dont on ignore sans doute l'épaisseur, la richesse et l'émotion contenues dans des milliers de m3 de béton. Et autant de vies coulées ensemble. Redorer le blason des quartiers Nord, voilà le propos. En apprécier la beauté dans l'anarchie urbaine, marcher à travers d'anciennes friches industrielles, longer des portions d'autoroute, des chemins de traverses, des décharges sauvages, découvrir les anciens abattoirs, de vieilles bastides au pied de barres d'immeubles, la résidence Cap Janet et les trois tours blanches Logirem, le ruisseau des Aygalades et le village de la Calade, des parcs plus ou moins abandonnés et s'arrêter enfin au Campanile en guise de gîte étape. Tout un programme insolite. Car à la différence des GR habituels, celui-ci interroge les frontières floues entre ville et campagne.

Un grand huit de 365 km

"Le GR 2013 sert à montrer que les choses sont belles telles quelles. Pour moi ce sont les plus beaux endroits de Marseille", commente le guide Nicolas Mémain, l'un des onze artistes marcheurs associés au projet, chargé de réaliser le balisage du grand huit de 365 km que forme le GR. Celui-ci s'enroule autour de l'étang de Berre et du massif montagneux de l'Etoile-Garlaban. La portion marseillaise compte 70 km, soit près de trois jours de marche sur des sentiers périurbains, parfois bétonnés. Ce qui n'a pas empêché la Fédération française de randonnées de labelliser le projet, porté par Baptiste Lanaspèze, fondateur des éditions Wildproject, lui-même inspiré par l'artiste promeneur allemand Hendrik Sturm. Les pionniers de la randonnée pédestre au XIXe siècle, la Société des excursionnistes marseillais a elle aussi chaussé ses rangers pour se joindre à l'aventure. Et cela n'a pas été une tranquille promenade du dimanche.

Il a fallu négocier les traversées avec 39 municipalités, avec les bailleurs, la communauté d'agglomération, les propriétaires des terrains. Souvent, les politiques successives resurgissent à travers la complexité voire l'absurdité du paysage urbain. L'on apprend que le carrefour du Grand littoral repose sur un terrain fragile, une plaine creusée par l'homme, menaçant de s'écrouler. Deux adolescentes discutent dans une gloriette, un abri installé au bord d'une route très fréquentée. Autrefois, une grande avenue empruntée par les moutons reliait le port aux abattoirs. Dans le parc de Brégante, les mariés viennent se faire photographier. Sur les murs apparaissent des revêtements réalisés par des ouvriers au début XXe: "ils voulaient s'en sortir par l'art, pour être mieux payés." Là, ces barres HLM, à l'architecture minimaliste "c'est de la gastronomie pour gastronome, un régal pour les initiés mais une horreur à vivre". On passe sur des terrains écroulés, des grillages découpés qui débouchent sur des sentiers caillouteux jonchés de déchets et d'herbes folles. "Ni la Ville de Marseille ni la communauté d'agglomération ne veulent nettoyer, prétextant chacune que le terrain appartient à l'autre" se désole Nicolas Mémain.

"Ville selon mon coeur"

Reste que la partie n'est pas encore gagnée."On fera peut-être capoter Marseille-Provence 2013 si la une du Monde ou de Libé titre "un groupe de touristes du GR13 tués à coup de kalachnikov dans les quartiers Nord", provoque Nicolas Mémain. "Ce qui me gêne dans ce sentier, c'est qu'on assiste trop les gens. On devrait pouvoir circuler comme on le souhaite dans la ville." L'artiste "montreur d'ours en béton" est mine de rien vêtu de jaune et orange fluo, "pour, dit-il, moins se faire emmerder. J'ai un casque Gaz de France pour les situations tendues", avoue-t-il en se marrant. Mais lorsque l'on passe à côté de deux jeunes enlacés à côté d'une voiture brûlée, sous le lycée Saint Exupéry, les mots de Blaise Cendars résonnent plus que jamais: "Marseille est une ville selon mon cœur. C’est aujourd’hui la seule des capitales antiques qui ne vous écrase pas avec les monuments de son passé. Elle a l’air bon enfant et rigolarde. Elle est sale et mal foutue. Mais c’est néanmoins une des villes les plus mystérieuses du monde et des plus difficiles à déchiffrer."

Carte IGN :

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Commentaires

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  1. biz biz

    top initiative !

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  2. Anonyme Anonyme

    Incroyable que l’on trouve incroyable de se promener dans Marseille ! et pourtant, c’est comme ça, natif du 15e et ayant longtemps vécu dans le 14e je sais que les quartiers Nord font frémir une majorité de marseillais, ils n’y vont jamais, ou alors subrepticement, pour un chichi à l’Estaque, ou un ciné à l’Alhambra… Mais alors se promener à pied boulevard Bernabo, à la Castellane, à la Viste, à la Calade, quelle perversion, c’est au delà du grand frisson !!!

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  3. Anonyme Anonyme

    un sentier temoignant d une vision rabougrie des bouches du rhone
    arle,les alpilles ,la durance, la crau cela n existe pas
    une vision de bobo urbano centriste avec leur nombril comme centre de de gravite
    mp2013 apporte une autre vision
    encore de l argent gaspille mais utile pour les rammasse peze

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  4. Anonyme Anonyme

    j’habite le 14è et me rend parfois à la plage à l’Estaque à vélo ou vais marcher sur les hauts de Sainte Marthe depuis la Tour Sainte sans être aucunement inquiété, ce qui manque à beaucoup de gens c’est juste la curiosité de connaître vraiment leur ville. Alors si ce sentier urbain peut la stimuler, mais j’en doute un peu.

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  5. Pizzaiolo Pizzaiolo

    Superbe projet… je suis impatient de faire les deux boucles !

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  6. marius marius

    carap et anonyme eructeur
    l un ce dernier l injure dailleurs mal maitrisee l autre oublie simplement que dans le cadre de mp 2013 il est dommageable de faire que ce gr ne s incrve poit das sa dimension departementale et soit pense en boucle dans un nombrilisme urbano centriste

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  7. etoile137 etoile137

    Le GR2013 dans son concept est un sentier périurbain, donc forcément autour de Marseille. Ce n’est pas un GR départemental. Il va être inauguré étape par étape. Je propose donc à MARSACTU de faire un reportage sur les 20 étapes,comme un feuilleton du printemps.

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  8. Anonyme Anonyme

    par contre il faut faire vite avant que tout soit betonné !!

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  9. Anonyme Anonyme

    J’ai remarqué par hasard le balisage à 100 m de chez moi à la Valbarelle, (Marseille Est). Curieux je l’ai suivi 2 h. Au début on a envie de quitter la ville parfois si oppressante et rejoindre les collines. Puis ensuite on découvre plein de lieux qu’on a l’habitude de voir de loin ou très rapidement en voiture et finalement qu’on ne connait pas. C’est une façon de faire le lien entre les quartiers et de mieux comprendre sa ville. Par contre au bout d’un moment on en a marre du béton ! Pour autant, belle initiative et en plus sans gros sous ! Bravo

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