GR 2013 : La sculpture en marche dans les quartiers nord

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le 13 Sep 2013
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L'artiste promeneur Hendrik Sturm arpente le territoire marseillais comme il sculpte la matière. "La sculpture change la perception de l'espace, tout comme la marche" décrit-il d'une voix empreinte de délicatesse. Cet enseignant aux Beaux-arts de Toulon démarre l'une des dernières balades prévue dans le cadre des randonnées du GR 2013 par une petite déception. Le Mistral, ou le principe du risque zéro fait des siennes. Hendrik Sturm prévient que le plateau de la Mûre, situé dans le quartier des Aygalades de Marseille (15 e) ne peut être emprunté à cause des risques d'incendie. Seul le début du plateau est tout de même foulé par les visiteurs, jusque devant les ruines d'un four à chaux. Une rencontre fortuite avec un cueilleur de baies suivi de loin par son chat ralentit la marche, tandis que trois chasseurs surgissent subrepticement des bruyères, fusils pointés vers le ciel. Chasseurs-Cueilleurs, les premiers âges du monde se retrouvent au Piémont du massif de l'étoile.

Devant les ruines du four à chaux et les restes d'une voiture carbonisée, Hendrik Sturm propose une mise en situation à l'aide d'archives. Il s'agit de lettres résultant d'une enquête de commodo et incommodo menée au début du siècle auprès des riverains de Saint-Joseph, à la suite d'une demande d'autorisation de construction du four. Les propriétaires de bastides voisines s'opposent au projet, arguant un risque de fumées nauséabondes et des risques sanitaires. Cela en dépit de l'accord de principe donné par la propriétaire du terrain et des carrières alentour, la marquise d'Estournel… des noms d'autrefois sonnant comme un roman. C'est ainsi que Hendrik Sturm conçoit la lecture de l'espace : à travers une confrontation entre les représentations de celui-ci par des archives, des documents topographiques ou artistiques, et une observation directe et sensible des multiples traces semées par les évolutions, des démolitions et les constructions successives du paysage.

Marseille déboussolée

L'itinéraire bis suivi en parallèle du canal de Marseille entre le quartier Saint Joseph et la Batarelle n'est qu'approximativement tracé par l'artiste qui cultive un certain flou, ouvrant une brèche à l'imprévu. Le voilà justement, apparaissant sous les traits d'un médecin retraité, entraînant les marcheurs vers son ancienne demeure et cabinet, la bastide du petit Fontainieu. Remuant une baguette comme un chef d'orchestre, le souriant docteur Huet improvise une visite des lieux qu'il loue désormais à une quarantaine de locataires en quête de tranquillité. Il évite ainsi un sort comparable aux trois-quarts des bastides, tombées en ruines faute d'entretien. Un îlot de respiration et de verdure à seulement quelques mètres des étouffantes barres d'immeubles. "Avant il y avait des singes ici, et vous voyez cette petite porte-là ? J'ai effrayé et charmé bien des enfants avec Barbe bleue qui enfermait ses victimes derrière. Et cette piscine désormais vide ? C'était au départ un bassin de rétention d'eau de la colline, pour les besoins agricoles". 

Le médecin qui n'a pas totalement raccroché sa blouse se souvient : "Autrefois les patients des quartiers nord s'appropriaient les lieux en arrivant ici. Ils disaient : « c'est ça aussi chez nous ? » En débarquant dans l'allée, ils plaisantaient : « nous sommes déjà guéris en arrivant ici docteur », ce qui ne me plaisait pas trop, car cela me laissait peu de marge… L'homme se rembrunit tandis qu'il évoque la perception générale de ces quartiers nord, sans cesse égratignés par une actualité sinistre. "Vous voulez que je vous dise ? Les kalachnikov, tout ça… Il y a la réalité des choses mais aussi le fantasme de la réalité. Marseille perd le nord avec son urbanité".

Après cet interlude, le groupe se remet en mouvement à l'assaut du parc Varella, après avoir sauté par dessus un muret, traversé une clairière, puis fait une halte devant le bar Chiche à la devanture bleue. Hendrik Sturm privilégie les chemins de traverse, ignorant les obstacles urbains. Le parc Varella semble désert et abandonné. C'est ici qu'à chaque printemps, la plante endémique prénommée Germandrée à allure de pin, une petite fleur aux pétales blancs éclate discrètement, à l'ombre d'un arbre factice, une antenne relais dissimulée par une étonnante sculpture.

Plus loin, une école fermée du quartier Borel surplombe la rade marseillaise, offrant l'une des plus belles vues de la ville. La balade se termine le long du canal de Marseille, interdit au public, notamment depuis la tragique noyade d'un enfant de dix ans survenue au début des années 1990. Depuis ces hauteurs, dissimulé en partie derrière une luxuriante végétation, Bouddha offre les dorures de son dos aux oeillades admiratives. Assis devant la pagode du boulevard de la Savine, à proximité du Vallon des Tuves, "l'être éveillé" médite de l'origine du monde.

Cliquez sur le parcours :

 

Ce samedi, de 10 h à 15 h, Hendrik Sturm propose une balade sur le plateau de la Mure, entre Saint Joseph et la Batarelle. Renseignements et réservations en ligne.

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Commentaires

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  1. gabyali gabyali

    Bonjour,
    J’ai moi même participé à cette balade du 11/09 qui, même si l’itinéraire de départ a été modifié à cause du vent, restera un très bon souvenir avec de belles rencontres, de beaux panoramas et de belles histoires. Encore merci à Hendrik pour son sens de l’improvisation et sa parfaite connaissance du terrain, au docteur Huet pour son invitation spontanée à visiter sa bastide et surtout à la jeune journaliste Elodie qui a su parfaitement retranscrire et synthétiser cette très belle balade bucolique.
    Arnaud BRUNET

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