Face au RN, la leçon des européennes est l’appel au rassemblement dans tous les camps

Actualité
Benoît Gilles
27 Mai 2019 26

Même si le scrutin des Européennes affiche toujours des résultats singuliers, à Marseille, les partis en tirent déjà des leçons pour les municipales. L'heure est au rassemblement dans tous les camps. Non sans mal.

Le référent départemental Bertrand Mas-Fraissinet félicite Sylvie Brunet, élue députée européenne.

Le référent départemental Bertrand Mas-Fraissinet félicite Sylvie Brunet, élue députée européenne.

Dans chacun des QG, ils ne sont qu’une poignée. Et leur réaction est à la hauteur des résultats. Du soulagement pour les uns, de la joie pour d’autres et du dépit, bien répartis. Dans la salle habituelle de La Coque, au cœur d’Euroméditerranée, où La République en marche prend ses quartiers, on soupire d’aise. L’heure est au soulagement : les scores marseillais ne sont pas tombés en ce début de soirée mais le département connaît une députée européenne, Sylvie Brunet, qui se réjouit de voir le parti présidentiel coller au FN et décrocher de toutes les autres formations, de droite comme de gauche, à l’exception des Verts de Yannick Jadot.

« Nous sommes presque aussi hauts que pour la présidentielle, c’est plutôt inespéré pour une formation de gouvernement à ce moment du mandat. Cela prouve qu’il faut travailler », dit cette spécialiste des questions sociales qui a déjà commencé à réfléchir aux dossiers qu’elle voudra aborder. Mais cette joie qui s’affiche ne cache pas ce qui saute aux yeux : le Rassemblement national est bien devant. Et la situation est bien plus marquée dans le département [voir notre carte] : avec une abstention moyenne de 51 %, l’ancien Front national est devant presque partout à l’exception de 20 communes sur 119. Dans 19, la liste Renaissance amenée par Nathalie Loiseau est devant. C’est le cas notamment d’Aix-En-Provence, où elle tutoie les 30 %.

Ravier : « La preuve que tout n’est pas cadenassé »

À Marseille, la tendance est la même avec un Rassemblement national qui maintient un écart important avec ses poursuivants. « On fait mieux que le national, se réjouit le sénateur Stéphane Ravier, candidat déclaré pour conquérir l’hôtel de ville. On met quand même la République en marche six points derrière et LR 20 points derrière. C’est la preuve que tout n’est pas si cadenassé que cela ». Dans la capitale du département, LR est en effet à la hauteur de son score national avec 8,3 %.

Le sénateur RN se voit déjà en héraut de ceux qui veulent « tourner la page » de l’ère Gaudin comme de la politique menée par Macron. « Très sincèrement, je n’ai pas d’espoir que ça fasse changer de logiciel madame Vassal et le ou la représentante de LREM mais j’espère que ça va bousculer les Marseillais », ajoute-t-il.

LREM en alternative à l’héritage Gaudin

Au sein de LREM, ces résultats viennent donner du poids aux opposants à une alliance avec le parti sortant pour les municipales à venir. La liste Les Républicains dépasse à peine les 10 % à Aix et n’y parvient même pas à Marseille où la droite règne depuis un quart de siècle.

« Cela conforte ceux qui pensent au sein de LREM qu’une grande alliance est possible, du centre aux écologistes, en y associant largement des membres de la société civile, avance le député Saïd Ahamada. Au-delà des partis, cela peut être une vraie alternative à Gaudin et à ceux qui se mettent dans ses pantoufles. Non pas pour gagner ou avoir des sièges mais changer les choses dans cette ville« . Le parti présidentiel devrait réunir à Paris avant la fin du mois de juin les futurs candidats aux municipales pour décider, au cas par cas, des stratégies.

« Le pire de nos cauchemars »

Dans son QG de la rue Saint-Cécile, le président du parti LR, Bruno Gilles reconnaît la défaite nationale. « On ne peut pas nier l’évidence, c’est en-deçà de ce qu’on a cauchemardé dans le pire de nos cauchemars. Et il faudra en tirer des leçons. Il faut que notre parti change de direction, au sens politique, stratégique du terme ». Mais il prévient aussitôt en chute de son communiqué : « Les résultats nationaux n’ont jamais préfiguré les résultats des combats locaux futurs ».

Pour lui, rien n’est écrit. « Une partie de nos électeurs sont allés faire barrage au FN en votant En marche et d’autres sont allés sanctionner Macron en votant RN mais ils reviendront ». Il prend pour exemple l’élection de 2008, sans doute la plus serrée pour le camp Gaudin « alors que Sarkozy avait fait 61% à la présidentielle. Et c’est l’exact inverse ».  Il voit donc une « grave erreur » dans les analyses trop hâtives qui feraient de ces résultats l’aune du prochain scrutin.

Gilles l’affranchi

À ce jeu-là, le président local du parti LR peut y voir une équation plus personnelle. Plus son parti est bas, plus il peut s’affranchir d’une investiture qui le verrait s’affronter à Martine Vassal, saluée jusqu’au sommet du parti après sa conquête de la métropole. Dans un communiqué laconique, celle qui est aussi secrétaire départementale du parti appelle sa famille politique « à travailler collectivement à sa reconstruction ». Rappelant que la victoire est possible que « quand nous sommes rassemblés ». Un terme qui fait écho à ceux du maire qui appelle cette même « famille » « à se rassembler avec force ». Comme si c’était là l’occasion de mettre fin à une double candidature qui ne dit pas son nom.

Malgré le succès de son parti, le candidat Stéphane Ravier affiche la même prudence : « Ne pensez pas que je crois que je suis assis sur un magot électoral qui m’appartienne à tout jamais. Je suis bien conscient que ça peut changer même si près de la moitié des Marseillais s’est déplacée ». Outre les enjeux locaux, la complexité d’une élection par secteurs, à deux tours, l’élection est aussi fonction d’adversaires qui s’affrontent.

Cette recherche de concorde et de rassemblement n’est pas l’apanage de la droite. La gauche très dispersée a un long chemin vers la synthèse. Fort du succès de la liste qu’elle soutenait (13,5 % à Marseille), la conseillère départementale EELV, Michèle Rubirola, voit déjà son parti comme moteur de l’unité à gauche : « C’est une opportunité supplémentaire pour toutes et tous de se rassembler des municipales aux prochaines présidentielles autour d’un projet résolument tourné vers la lutte contre les urgences environnementales et sociales », écrit-elle sur les réseaux sociaux.

Quelle force au centre de l’union des gauches ?

En dehors du parti écologiste qui s’est fait une spécialité de faire des scores à deux chiffres aux européennes, les autres partis de gauche ne dépassent pas les 10 %. L’émiettement dominical empêche quiconque de jouer les forces centripètes dans l’union qui se dessine. Le slogan « fâchés pas fachos » de la France insoumise n’a pas permis de cristalliser les colères sur sa ligne. Là où le parti de Mélenchon était en  tête à la présidentielle à Marseille, il est désormais relégué en cinquième position avec 8,2 % des voix.

Bernard Borgialli, syndicaliste et cheminot, n’ira pas à Strasbourg. Il ne sera sans doute pas tête de liste aux municipales mais déjà il marque une frontière : « quand nous étions avec Podemos et l’alliance rouge/verte dans un meeting européen, Yannick Jadot et les Verts se promenaient avec Samia Ghali. Ce n’est pas notre camp, ça ».

De tous bords, le mois de juin devrait être décisif pour permettre une première décantation des grands rassemblements qui se dessinent. À l’exception du Rassemblement national qui espère rester en tête quoi qu’il arrive.

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