Enquête publique Alteo, des conclusions qui ne satisfont (presque) personne

Actualité
le 25 Juil 2019
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Ordonnée par la justice, à la suite d'une saisie des associations écologistes, l'enquête publique sur les conséquences environnementales et sanitaire des activités de l'usine Alteo de Gardanne s'est terminée avant l'été. Début juillet, les commissaires enquêteurs ont rendu un avis favorable mais assortis de nombreuses recommandations. Ni l'industriel, ni les écologistes ne s'en trouvent satisfaits. Seule la CGT apprécie.

Entre deux enquêtes publiques, dans une année décisive pour l’usine de production d’alumine d’Alteo à Gardanne (relire notre décryptage), l’avis des commissaires enquêteurs sur celle menée du 6 mai au 7 juin est passé quasiment inaperçue. Au point que la plupart de nos interlocuteurs ont différé leur réponse, le temps de prendre connaissance de ses conclusions. Dans son avis publié le 5 juillet, la commission d’enquête confirme pourtant l’engouement du public (relire notre article), singulièrement sur les communes de Gardanne et de Bouc-Bel-Air.

Elles sont concernées au premier chef par l’usine ou le site de stockage de Mange-Garri, installés sur leur territoire. Depuis 2016, ce dernier reçoit à nouveau les déchets issus du traitement de la bauxite, sous forme de boues rouges séchées. Alteo n’étant plus autorisé à déverser ces déchets solides en mer, au large de Cassis, via une conduite de 50 km de long qui part de Gardanne.

Extrait des conclusions de l’enquête publique, participation par commune en nombre de personnes.

Cette enquête « sur l’appréciation des dangers et inconvénients environnementaux et sanitaires cumulés de l’usine de Gardanne et des installations de stockage de déchets » fait suite à une décision du tribunal administratif de Marseille, en juillet 2018, saisi de plusieurs associations environnementales (lire notre article). La deuxième enquête publique de cette année 2019 devrait s’ouvrir en septembre à propos du renouvellement de l’autorisation pour l’exploitation de Mange-Garri après fin 2021.

Avis favorable avec réserves et recommandations

Les conclusions rendues le 5 juillet motivent un avis favorable toutefois assorti de réserves et de recommandations. Les observations portent en quasi majorité sur l’usine et le site de Mange-Garri, alors même que le périmètre de l’enquête couvrait toutes les installations d’Alteo. Ce qui suit les préoccupations principales du public, partagé entre souci de préservation de l’emploi et affirmation de progrès environnementaux ou alertes sur les conséquences environnementales et sanitaires de l’usine et de Mange-Garri.

 

 

La commission d’enquête demande « l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan stratégique de réduction des nuisances des deux sites, […] en définissant des objectifs ambitieux au-delà du simple seuil réglementaire », avec un effort d’informations « à connaissance de tous ». Elle demande en particulier une « lutte contre les envols de poussières » qui « doit s’inscrire dans un objectif prioritaire de réduction drastique […] quelques soient les conditions météorologiques ». Voilà pour les réserves.

« Fonctionner sans dérogation à la réglementation »

Quant aux recommandations, elles sont de plusieurs ordres. Elles portent notamment sur la « conformité réglementaire » des activités industrielles. Les commissaires enquêteurs pointent la nécessité qu’Alteo « améliore le fonctionnement de son usine […], lui permettant de fonctionner à l’avenir sans dérogation à la réglementation ».

Le rapport insiste également sur le site de Mange-Garri avec la mise en place « d’un contrôle des accès efficace […] (clôtures, video-surveillance, téléalarme, surveillance…) », une revégétalisation du site. Mais aussi un meilleur suivi des effets sur l’environnement en améliorant « l’étude d’impacts du site sur les eaux de surface et les eaux souterraines », en réalisant de « nouvelles études en incluant l’empreinte de l’exploitation historique ». Les risques sanitaires doivent également être mieux pris en compte notamment sur les « effets à cinq ou dix ans ».

Dernier point, la commission recommande la mise en œuvre d’un plan stratégique concernant « la revalorisation de la bauxaline », l’autre nom de la matière sèche des boues rouges, destinée à un nouvel avenir commercial notamment dans la construction. Il faut, dit-elle, « une communication organisée afin d’améliorer la perception du public« .

Préfecture et Alteo dans l’attentisme

Ces conclusions seront-elles suivies d’effets ? C’est désormais aux pouvoirs publics et à Alteo de s’en emparer. Pour l’heure, la préfecture répond à Marsactu que « le rapport nécessite d’être étudié précisément pour déterminer les suites qui y seront données par les services de l’État ».

Joint par téléphone, Eric Duchenne, le directeur des opérations d’Alteo n’annonce aucune mesure qui serait prise selon les réserves et les recommandations des enquêteurs publics. « Nous sommes dans la poursuite d’une d’amélioration, pour nous c’est déjà un objectif prioritaire« , commente-t-il. Concernant la fin des dérogations, il s’étonne : « Je ne vois pas de quoi ils veulent parler. Il y a des seuils dérogatoires effectivement. Mais les dérogations font parties de la réglementation même si ça peut en chagriner certains ».

A propos du plan pour la bauxaline, il considère qu’actuellement « la valorisation est claire. S’il y a des gens qui ne veulent pas comprendre, c’est leur problème ». Eric Duchenne ne veut pas non plus bouger pour restreindre l’accès au site de Mange-Garri, dont les associations s’inquiètent qu’il soit fréquenté pour les loisirs. « S’il y a des gens qui veulent traverser des petits buissons épineux dans la garrigue c’est leur problème. On va mettre des miradors et des chiens, c’est ça que vous voulez ? », s’emporte le cadre d’Alteo.

Les écologistes vent debout

Du côté des associations écologistes, la colère est toujours d’actualité. Elles ne se sentent pas entendues. « Les citoyens qui ont produit des documents approfondis, se trouvent pratiquement exclus de la réflexion de fond », déplore Jean-Claude Monet de Bouc-Bel-Air Environnement.

Et l’enquête ne répondrait pas à l’objet de la demande du tribunal, qui avait considéré l’insuffisance de l’étude d’impact, qui aurait dû impliquer « le cumul, nouveau, du rejet d’un effluent résiduel dérogatoire en mer avec le stockage de, désormais, plus de 300 000 tonnes par an de résidus de bauxite à Mange-Garri ». Or, dans les conclusions des commissaires enquêteurs, « à aucun moment il n’est fait référence à l’impact causé par ces plus de 300 000 tonne », point Marie-Pierre Benita de l’association Bouc-Bel-Air Environnement et chimiste de formation. Pour elle, « contrairement à l’avis de la commission », il n’y a pas « d’efforts fait par Alteo en ce qui concerne la pollution à terre. Elle s’est considérablement aggravée depuis 2016 avec le dépôt d’un déchet d’extraction minière contenant des substances dangereuses : arsenic, plomb, chrome, vanadium etc« .

Bien plus que l’envol des poussières, les associations s’inquiètent des impacts des eaux de ruissellement sur Mange-Garri. Faits sur lesquels elles ont déposé des éléments lors de l’enquête publique, qui n’ont pas été pris en compte selon elles. « Malgré un certain nombre de mesures d’étanchéité des bassins de stockage, il n’est pas exclu que la nappe phréatique soit contaminée par les composés toxiques contenus dans les dépôts des différents bassins. […] Une expertise est souhaitable », écrit par exemple l’Union Calanques Littoral dans un communiqué.

« Enquête tronquée et incomplète »

Enfin, elles remettent en cause la légitimité même de l’enquête publique. « Pourquoi la commission d’enquête émet un avis favorable, alors même qu’elle souligne de nombreuses nuisances et dysfonctionnements dérogés et qu’elle émet des réserves et recommandations lourdes à réaliser sans la mise en place de nouvelles dérogations ? », interroge Marie-Pierre Benita. L’Union Calanques Littoral dénonce une « enquête publique Alteo tronquée et incomplète », sur laquelle ils vont porter une procédure devant la justice administrative.

Finalement, il n’y a que la CGT du site d’Alteo qui est satisfaite. « Les recommandations répondent aux problématiques industrielles, pour l’emploi et environnementales. Ça va dans le bon sens », dit le délégué syndical Harold Périllous.

Chacun se prépare déjà pour la prochaine enquête publique. Lors de sa dernière séance, le conseil municipal de Bouc-Bel-Air a exprimé son opposition à l’unanimité « quant au renouvellement de l’autorisation de stockage de déchets d’Alteo sur le site de Mange-Garri au-delà de 2021 ». Autant dire que les débats de l’automne vont être vifs.

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