Engambi à l’Arbois : la justice stoppe un projet de village de caravanes

Échappée
le 21 Nov 2020
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Depuis cet été, des personnes de la communauté des gens du voyage aménagent illégalement un terrain en zone naturelle en vue d'y installer des caravanes. Après des alertes des riverains, le parquet d'Aix vient de décider de poursuivre trois personnes pour des atteintes aux code de l'environnement et de l'urbanisme.

Le terrain en cours d'aménagement sur une zone naturelle de l'Arbois, chemin de la Rigoutière dominé par The Camp. Photo : Pierre Isnard-Dupuy.

Le terrain en cours d'aménagement sur une zone naturelle de l'Arbois, chemin de la Rigoutière dominé par The Camp. Photo : Pierre Isnard-Dupuy.

Dans la chaleur printanière de ce mois de novembre, des joggeurs se succèdent dans un vallon de garrigue, dominé par le bâtiment futuriste de The Camp et le technopole de l’Arbois. Un terrain a été défriché et terrassé. Depuis le chemin qui le jouxte, l’un lance, surpris, à son partenaire de course : “Ils vont faire des maisons ici ?” Délimitation en parcelle, compteurs électriques, tuyaux de raccordement à des fosses septiques, tout indique une installation prochaine. Mais aucun panneau ne renseigne sur un permis de construire. “Non, ici on va installer des caravanes”, répond au joggeur un riverain un brin dépité.

Depuis juin, des travaux ont été entrepris dans l’objectif d’installer plusieurs dizaines de caravanes de la communauté des gens du voyage. Alors même que le terrain se situe en zone naturelle, selon le plan local d’urbanisme (PLU) d’Aix-en-Provence. Il est donc inconstructible et ne peut pas être défriché. L’endroit a été préservé de la frénésie d’aménagement qui a cours à La Duranne voisine, ce quartier loin du centre-ville à la dimension d’une ville nouvelle. Le long de l’étroit chemin de La Rigoutière, seules quelques maisons anciennes sont dispersées.

Situation du lieu dit La Rigoutière sur le plateau de l’Arbois entre les Milles, la Duranne et la voie TGV. Source : IGN via Géoportail.

“Ils se sont pointés sur un site classé et ils l’ont défoncé”

Au moment où nous visitons les lieux, le 10 novembre, personne ne travaille sur site et des voisins s’inquiètent des désagréments. L’un d’eux* affirme avoir subi des inondations à cause des aménagements nouveaux. “Ils ne s’emmerdent pas. Ils ont coupé tous les arbres alors que c’est une zone boisée protégée. Ils ont même déplacé le ruisseau qui venait plus vers le milieu du terrain”, dit-il. “On n’est pas contre les gens du voyage. On respecte leur choix de vie. Mais il y a des lois et là ils se sont pointés sur un site classé et ils l’ont défoncé”, argumente autre voisin agacé.

Un tractopelle et un rouleau-compresseur qui porte l’étiquette d’une société de location sont garés à l’entrée du terrain. Le chemin qui le borde a été élargi. Un raccordement pour l’eau a été réalisé sur la borne incendie située sur une autre parcelle. Un branchement sauvage sur le réseau électrique a également été réalisé, via un poteau supplémentaire spécialement installé. Après avoir été alerté, Enedis qui est responsable du réseau, explique avoir procédé au déraccordement le 8 septembre.

C’est peu dire que la situation est connue des autorités. Interpellée par les riverains et le comité d’intérêt de quartier (CIQ) de Roquefavour, la Mérindole et la Rigoutière, la Ville d’Aix dit avoir fait tout ce qui était en son pouvoir. “Je me suis rendu à quatre reprises sur place avec des policiers municipaux. Nous avons dressé des procès verbaux que nous avons transmis au procureur, assure Jean-François Dubost adjoint au secteur de La Duranne. Dès la première visite je me suis vu opposer une fin de non recevoir, les personnes me disant “vous faites votre boulot. Nous on ira jusqu’au bout”. À plusieurs reprises, les services de l’État (DREAL, office de la biodiversité) sont également venus faire des constats sur place. Le 2 novembre, la Ville a pris un arrêté interruptif de travaux, pour prohiber leur poursuite.

Trois personnes poursuivies en correctionnelle

Terrain en voie de viabilisation le 19 novembre. Photo : PID.

Une semaine après la visite de Marsactu, une nouvelle inspection des pouvoirs publics a ordonné le retrait des engins de chantier. L’ordre a été suivi. Mais quelques jours plus tard, des personnes sont revenues entreprendre les travaux, installant des géotextiles et gravillonnant les parcelles avant que policiers et magistrats n’interviennent et procèdent à l’arrestation de deux personnes sur le terrain ce mercredi. Une troisième a été interpellée à l’occasion d’une manifestation de soutien tenue devant le commissariat d’Aix, selon La Provence.

Depuis ce vendredi, au terme de presque 48 heures de garde à vue, les trois hommes sont poursuivis en correctionnelle pour différentes infractions au codes de l’environnement et de l’urbanisme. “Modification sans autorisation de l’état ou de l’aspect d’un site naturel, travaux sans permis d’aménager, en violation du plan local d’urbanisme et d’un arrêté interruptif de travaux”, nous précise le parquet d’Aix. Ils risquent jusqu’à deux ans d’emprisonnement. La procureure adjointe en charge du dossier a fait en outre une demande de contrôle judiciaire “interdisant de procéder à tout travaux jusqu’à l’audience”. Des mesures qui devront être confirmées par le juge des libertés.

“Avec tout ce qu’il s’est passé, je ne m’installerai pas ici”

Selon plusieurs riverains, qui disent l’avoir entendu des entrepreneurs de ces travaux, les personnes qui cherchaient à s’installer dans ce coin de garrigue seraient membre d’une communauté évangéliste des gens du voyage déjà installée illégalement depuis 2014 sur un terrain du sud de la commune d’Aix, quartier Saint-Hilaire non loin de l’Arena. En 2019, ils ont été condamnés en appel à remettre le terrain en état, comme l’a raconté La Provence.

Marsactu a pu joindre un homme qui envisageait d’élire domicile sur le terrain de La Rigoutière. Lui ne confirme pas le lien avec la communauté installé à Saint-Hilaire. “Avec tout ce qu’il s’est passé, je ne m’installerai pas ici, témoigne-t-il sous couvert d’anonymat. Les propriétaires sont de ma famille. Ce sont des braves gens, des pères de familles. Ils n’étaient pas au courant que c’était interdit. Ça va trop loin, ils risquent la prison alors qu’il y a des choses plus graves”, considère-t-il.

Lui souhaitait trouver un terrain pour installer sa caravane en l’absence d’autre solution. “Je n’ai pas de domicile. Je suis chez mon oncle”, expose-t-il. Jean-François Dubost l’adjoint, “maire” de la Duranne reconnaît des difficultés d’accéder au foncier pour les gens du voyage. “Ils achètent des terrain inconstructibles parce qu’ils sont moins chers”, estime-t-il. L’insuffisance des aires d’accueil à l’échelle de la métropole – seulement un quart des places prévues depuis vingt ans sont effectivement ouvertes – fait aussi partie du problème. Il y a un an elle a été rappelé à l’ordre par la justice administrative, lui imposant d’aménager trois aires d’accueil.

* Les riverains rencontrés ont demandé à ce que leur anonymat soit préservé.

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Commentaires

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  1. Jacques89 Jacques89

    Reste plus qu’à leur avocat de rechercher le nombre d’injonctions faites à la Métropole pour réaliser le cota d’emplacements et justifier ainsi de « circonstances atténuantes ». Déjà que ce sont des populations qui ne reculent guère devant la règlementation, si en plus on leur donne des arguments, il ne faut pas s’étonner que les actes kamikazes (et les réactions racistes) se multiplient. Il faut quand même souligner que la réaction des riverains est ici particulièrement modérée. Généralement dans ce genre d’affaire ce sont les « trippes » qui parlent.

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  2. uneetoilefilante uneetoilefilante

    C’est une émission de radio qui a fait avancer le schmilblick,
    Pourquoi ne le dîtes vous pas ?

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  3. Happy Happy

    “Des braves gens qui ne savaient pas que c’était interdit” mais qui continuent les travaux malgré plusieurs injonctions… faut pas pousser mémé dans les orties ! Et les caravanes, elles ne risquent pas de brûler au premier incendie sur le plateau ?

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