Des « pisseurs » volontaires d’Aix et Marseille vont tester leur taux de glyphosate

Actualité
le 5 Juin 2019
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La coordination départementale de la "campagne glyphosate" annonce ce vendredi 7 juin, à Aix, la première opération de tests d’urine d’habitants volontaires des Bouches-du-Rhône pour y rechercher des traces de ce pesticide. Les résultats se doubleront de dépôts de plainte pour "mise en danger de la vie d’autrui".

Photo d'illustration de produit contenant du glyphosate. Global justice now/flickr

Photo d'illustration de produit contenant du glyphosate. Global justice now/flickr

La crainte avait éclos dans les campagnes, elle gagne désormais les villes. Pour la première fois, une opération de tests d’urine – pour y rechercher des traces de glyphosate – est organisée dans les Bouches-du-Rhône : à Aix-en-Provence, d’abord, avant Marseille, en septembre.

Imaginée à l’échelle nationale par l’association « campagne glyphosate » créée en 2018 en Ariège, l’initiative est portée par son antenne départementale. Ce vendredi 7 juin, à Aix, elle dévoilera aux volontaires les différentes étapes du test baptisé « J’ai du glyphosate dans les urines et toi ? ». Il vise à déterminer la concentration dans l’urine du désherbant chimique classé en 2015 comme « cancérogène probable » par le centre international de recherche sur le cancer (CIRC).

Empoisonnement

« Avec ces tests nous découvrons que la très grande majorité d’entre nous sommes porteurs d’une molécule qui n’est pas présente dans la nature… Et on devrait trouver ça formidable ?, interpelle Régis Delalande, président de la coordination 13 de Campagne glyphosate. C’est quand même étonnant de voir que l’on peut être empoisonné – parce que c’est de cela qu’il s’agit – sans que les institutions censées nous protéger ne le fassent. »

Héloïse, 43 ans, habite à Jouques. Elle participe activement à l’organisation de la campagne dans son village. « Il faut dénoncer ces scandales sanitaires », s’indigne cette maman de quatre enfants de 6 à 16 ans, marquée par l’épisode des « bébés sans bras ». « J’ai l’impression qu’on nous assassine à petite dose ! D’où mon engagement. Il s’inscrit dans une démarche plus globale, contre les plastiques, les modes de déplacements polluants, etc. Nous devons penser à nos enfants. Ça en vaut la peine, non ? », poursuit-elle.

Après la réunion de ce vendredi, les « pisseurs » cobayes aixois verront, le 18 juin, leurs premières urines matinales prélevées dès potron-minet sous le regard d’un huissier de justice. Les échantillons seront ensuite transmis au laboratoire Biocheck à Liepzig chargé d’en révéler la présence – ou non – de l’herbicide et sa concentration. « Contrairement à ce qui est dit, ce test met bien en exergue le seul glyphosate et pas l’AMPA [acide aminométhylphosphonique, qui provient de la dégradation du glyphosate, mais aussi des détergents domestiques comme la lessive, ndlr], poursuit Régis Delalande qui s’agace des polémiques que ces tests génèrent. Il ne faut pas croire qu’on est en guerre contre le glyphosate ! Il s’agit d’un combat global contre les pesticides chimiques. Car si la molécule est retirée du marché dans trois ans, l’empoisonnement et ses effets, eux, n’auront pas cessé… « 

Marseille en septembre

L’association table sur 40 à 80 volontaires dans un premier temps à Aix. Avant d’entreprendre une expérience similaire pour atteindre 200 à 300 cobayes à Marseille en septembre. Deux zones très urbaines « dans un département où la campagne est dans la ville et inversement », souligne le militant écolo. « L’idée c’est de démontrer que la pollution aux pesticides n’est pas liée à la seule zone d’épandage. La molécule est portée par le vent, l’eau. Et la contamination se fait aussi par l’alimentation », assure-t-il.

Une fois les résultats connus – d’ici à la fin du mois de juin –, les volontaires pourront s’ils le souhaitent se joindre à la deuxième démarche portée par l’association campagne glyphosate : un dépôt de plainte collectif contre l’État français, devant le tribunal de grande instance de Paris et la cour de justice de l’Union européenne, pour « mise en danger de la vie d’autrui, tromperie aggravée et atteinte à l’environnement ». Une enquête préliminaire a été ouverte au pôle santé du parquet de Paris, après le dépôt de près de 400 plaintes. Plusieurs centaines d’autres vont suivre.

« Pourquoi l’État et l’Union européenne font-ils silence ? Pourquoi mettent-ils si longtemps pour nous prévenir des risques possibles et nous en débarrasser ? », martèle le président de campagne glyphosate 13 qui va participer à l’expérience avec le reste de sa famille. « Avec ces analyses nous voulons alerter autant que documenter tout cela dans notre département. Et avec les plaintes nous cherchons à permettre aux citoyens de s’approprier le débat », conclut Régis Delalande. Pour prendre part au test, il vous en coûtera 135 € (85€ pour les analyses, 50€ pour les frais d’huissiers) et un réveil très matinal.

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