Des milliers de Marseillais dans la rue pour dire “je suis prof”

Reportage
le 18 Oct 2020
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Un défilé sans slogan a parcouru la ville en hommage à Samuel Paty, assassiné le 16 octobre après avoir montré des caricatures de Charlie hebdo en classe.

Rassemblement après la mort de Samuel Paty le 18 octobre 2020 à Marseille.

Rassemblement après la mort de Samuel Paty le 18 octobre 2020 à Marseille.

Je suis enseignant, je suis prof, je suis Samuel. Cinq ans ont passé depuis les attentats de Charlie hebdo, et cette formule ressort comme un réflexe. Des milliers de Marseillais défilent ce dimanche pour affirmer leur résistance à la haine, après l’assassinat d’un enseignant de Conflans-Sainte-Honorine, Samuel Paty, vendredi 16 octobre. Les syndicats, dont les responsables défilent en tête bras dessus-bras dessous, ont voulu le moment sobre et seuls quelques badges signalent les militants. Plusieurs milliers de personnes ont répondu à l’appel remplissant l’étroite rue Saint-Ferréol sur tout son long et débordant sur la Canebière. La préfecture de police en a dénombré 2500.

Alors que le débat politique est vif, difficile de savoir quel slogan aurait pu rassembler les personnes présentes issues de l’ensemble du spectre républicain. De fait, de slogan, il n’y en aura pas eu. “La Marseillaise” retentit à l’initiative des élus présents : la majorité municipale autour de Michèle Rubirola ceinte de son écharpe tricolore, la conseillère régionale LR Nora Preziosi et le député LR Eric Diard, le parlementaire La République en marche de Paris Gilles Le Gendre, entre autres. “Nous ne laisserons pas attaquer la laïcité qui nous permet de vivre ensemble”, affirme la maire de Marseille au milieu de la foule. L’élu LR David Galtier parle comme l’ancien général de gendarmerie qu’il est : “Nous sommes là, comme pour nos policiers, nos soldats, pour ceux qui tombent.”

“Je suis musulman et j’ai honte”, lâche au milieu du cortège Abderrahmane à son ami Eric. L’intéressé hoche la tête, laisse un silence et rétorque : “Tu devrais parler !“. “Je parle, c’est comme si je disais que ça a un rapport avec notre religion, ce n’est pas possible”, poursuit le musulman. “Non pas t’excuser, mais dire que votre religion est comme les autres, une religion de paix”, rétorque l’autre.

Des applaudissements montent de la rue Saint-Ferréol où s’achève la manifestation. Dans un mimétisme parfait, les deux hommes ferment les yeux et battent des mains.

“Ce sont des enseignants comme Samuel qui m’ont fait”

Deux jours plus après la terrible décapitation du prof d’histoire-géo, il s’agit déjà de discuter, d’imaginer les solutions pour éviter que ce genre d’attentat se reproduise.  À quelques mètres d’eux arrive Pascal, 56 ans. Comme plusieurs personnes dans la manifestation, il porte au bout d’un bâton une caricature de Charlie, de celles que Samuel Paty avait montrées en classe quelques jours avant sa mort. “Ce sont des enseignants comme Samuel qui m’ont fait. Je dois tout à des profs comme ça. Je reproduis son geste, explique-t-il. Je suis formateur dans le médico-social, je donne aussi des cours à la fac. Dans mes cours, il y a toujours Charlie pour appuyer la question de la liberté d’expression. Je sens bien la pression, les regards de méfiance. Être laïc et de gauche, c’est devenu être raciste, j’en veux beaucoup à ceux qui ont régulièrement dit “je suis Charlie mais …”. Mais plus loin dans le cortège, Aline qui se présente comme “une vieille militante révolutionnaire” appelle à “ne surtout pas céder à la pseudo gauche, Manuel Valls et compagnie, qui mettent derrière la laïcité le rejet de l’autre.”

Nombreux sont les enseignants à s’être déplacés. “Nous voulions bien sûr nous rassembler face à une atteinte à la société mais aussi pour que le soutien aux enseignants soit marqué”, rappelle Caroline Chevé, secrétaire académique du SNES-FSU, le syndicat majoritaire. Julie Vendassi est enseignante en maternelle. “L’école ne doit pas oublier qu’elle ne doit pas seulement permettre d’accumuler des connaissances et des compétences mais qu’elle doit apprendre à vivre ensemble. On a tendance à le perdre de vue, il faut apprendre aux enfants à aimer les autres”, appuie-t-elle, aux côtés de ses deux fils, Valentin et Benjamin, élèves respectivement en terminale et en quatrième. Le plus jeune dit son émotion avec simplicité : “quand c’est arrivé, je me suis dit que ça aurait pu être ma prof d’histoire-géo que j’aime beaucoup. Il fallait marquer le coup”.

Benjamin le constate et le regrette : “il y a peu de jeunes qui sont venus, c’est dommage.” De fait, le cortège n’échappe pas à la comparaison avec celui imposant d’il y a cinq ans. À quelques pas derrière Michèle Rubirola, une de ses adjointes, Mathilde Chaboche, réfléchit à haute voix : “J’aurais souhaité qu’il y ait encore plus de gens. J’aurais voulu un soulèvement plus massif. Je ne sais pas si on s’habitue, je ne sais pas si on est dans un état de sidération…”

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Commentaires

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  1. bely bely

    Le refoulé revient très vite. Après mon témoignage, vous faites la transition vers “une militante révolutionnaire” (sic) qui vous sert sur un plateau une parole qui disqualifie la mienne.

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    • patrick patrick

      et donc ? la faire taire ? ne pas l’interroger ?

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  2. Jacques89 Jacques89

    Si une plainte ne suffit pas pour faire bouger ce gouvernement d’incapables, on se demande bien comment il faut s’y prendre pour alerter des autorités qui sont aux abonnés absents depuis tant d’années.

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