Déconfinement de la culture : à quoi vont servir les concerts-tests marseillais ?

Décryptage
le 12 Mai 2021
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Les inscriptions pour deux concerts-tests le 29 mai et le 12 juin au Dôme à Marseille ont ouvert ce mardi, malgré la prochaine réouverture des salles de spectacle. Tour d’horizon des enjeux de cet événement scientifique hors norme.

Les concerts-test prévus à Marseille auront bien lieu, malgré la réouverture prochaine de certains lieux de spectacles. (Photo CB)

Les concerts-test prévus à Marseille auront bien lieu, malgré la réouverture prochaine de certains lieux de spectacles. (Photo CB)

Ils seront 2 250 volontaires à assister à un concert d’IAM le 29 mai et le 12 juin prochain à Marseille. L’objectif : savoir si l’on est plus exposé au Covid pendant un concert au protocole sanitaire strict que dans la vie quotidienne. Peu après la réouverture des salles de spectacle le 19 mai, c’est donc une expérimentation à taille réelle que l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) devrait conduire au Dôme. Le projet est financé par l’ANRS (Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales) et soutenu par le collectif de professionnels Do3me, la Ville de Marseille, Aix-Marseille Université et l’AP-HM.

Masques, distanciation, tests… Comment se dérouleront les concerts ?

Des expériences de concerts-tests ont déjà été conduites à Barcelone, Leipzig et Liverpool, mais le test marseillais fait le choix d’un protocole particulier. L’étude de santé publique “ANRS Covid Safe” prévoit que deux groupes de 1125 personnes assistent aux concerts. Deux autres groupes n’iront pas et serviront d’éléments de comparaison. Les spectateurs devront réaliser un test salivaire dans les jours précédents, mais les cas positifs au Covid ne seront pas filtrés. Un protocole sanitaire très strict sera observé durant tout l’événement. “Chaque personne aura un espace assigné (avec une chaise), espace délimité dont il ne devra pas sortir. Il se verra remettre un masque FFP2 et du gel hydroalcoolique. Il n’y aura pas de buvette dans la salle. Et il faudra se manifester pour aller aux toilettes”, détaille Jean Gaudart, professeur de biostatistique rattaché au laboratoire Sesstim à Marseille.

Neuf à dix jours plus tard, tous les participants à l’étude seront testés afin de pouvoir évaluer quel groupe s’est le plus contaminé et comment. À la clé, des informations sur le degré d’efficacité du protocole sanitaire adopté. Les chiffres bruts des contaminations seront transmis aux autorités sanitaires, mais les résultats de l’étude ne devraient pas être publics avant l’automne.

En quoi ce test est-il différent de celui prévu à Paris-Bercy ?

Ce qui est original dans l’expérience marseillaise, c’est de laisser entrer des personnes potentiellement positives au Covid-19. À l’inverse, le concert-test prévu à Bercy le 29 mai impose à tous les spectateurs de disposer d’un test antigénique négatif, sur le modèle du pass sanitaire envisagé par le gouvernement. Le protocole choisi à Marseille est aussi imaginé pour des jauges plus réduites : 1 125 personnes sont attendues à chaque concert, contre 5 000 à Paris.

Pourquoi laisser entrer des malades ?

L’intérêt de l’expérimentation au Dôme tient dans sa complémentarité avec celle de Bercy. En ne filtrant pas les cas Covid, l’Inserm cherche à évaluer l’efficacité d’un protocole sanitaire rigoureux. “Nous devrions pouvoir apporter des réponses scientifiques sur les protocoles prévus pour les événements de moins de 1 000 personnes, pour lesquels le pass sanitaire ne devrait normalement pas être imposé”, précise Jean Gaudart. Si le taux de contaminations après un concert se révélait égal à celui mesuré dans la vie quotidienne, cela signifierait qu’un protocole strict suffit à enrayer le nombre de contaminations. Plus proches des conditions “normales” de fonctionnement des petits festivals, les résultats devraient intéresser ces derniers, pour lesquels l’enjeu des frais de salle et de tests est non négligeable.

Autre intérêt des concerts-tests prévus à Marseille : ne pas se centrer uniquement sur la question des tests Covid. “L’idée est d’étudier les comportements des spectateurs pour s’intéresser plus largement à la transmission des virus respiratoires, comme la grippe”, indique Jean Gaudart.

La salle de spectacle du Dôme a été mise à disposition par la Ville de Marseille. (Photo flickr/Fred Roméro)

Qui pourra participer à l’événement ?

Le recrutement des spectateurs du concert-test a débuté le 11 mai. Il s’agira de 4500 étudiants d’Aix-Marseille-Université, qui peuvent désormais candidater sur un site dédié. Seules conditions : avoir entre 18 et 29 ans, ne pas présenter de comorbidité et ne pas vivre avec une personne à risques. Les inscriptions sont ouvertes pour une durée d’une semaine.

Après de nombreux reports, le pari pourra-t-il être tenu fin mai ?

Si l’ANRS et l’Inserm travaillent en lien avec les ministères de la Culture et de la Santé depuis février, la situation épidémique les a plusieurs fois contraints à différer la date des concerts, initialement prévue pour mars puis avril. Mais depuis le 30 mars, tous les feux semblent être au vert pour la tenue des tests marseillais. Ces derniers ont obtenu l’accord du Caonet (Comité de pilotage national des essais thérapeutiques et autres recherches sur la Covid-19), du CPP (Comité de protection des personnes), du ministère de la Santé et de l’Agence nationale du médicament. Seul bémol : l’autorisation par l’État de déroger au couvre-feu et à l’interdiction des rassemblements se fait encore attendre. Contactée par Marsactu, la préfecture de région n’a pas été en mesure d’apporter de réponses sur ces points.

  Prévu 10 jours après la réouverture des salles de spectacle, le projet a-t-il toujours un sens ?

Les reports de l’expérimentation se sont multipliés et le déconfinement de la culture est désormais proche. La reprise des concerts, en intérieur, avec un public assis et limité à 800 personnes, est prévue pour le 19 mai… soit dix jours avant le premier concert-test à Marseille. Les résultats de l’étude ne seront pas publiés officiellement avant l’automne et les festivals de l’été seront alors déjà passés. Enfin, la circulation du virus ralentit, risquant ainsi de biaiser les résultats de l’étude. Du côté des professionnels du spectacle, la frustration grandit face à ces différents reports. “Cela aurait été tellement pertinent d’avoir des résultats à temps pour envisager nos événements de l’été sous d’autres formes que le pass sanitaire”, regrette un organisateur de concerts de la région.

Mais si l’impact des concerts-tests sur la décision publique se réduit, leur intérêt scientifique reste important, maintient Jean Gaudart : “L’étude va avoir des résultats pour les plus petits rassemblements, mais aussi pour d’autres virus”. Mais le temps scientifique  n’est pas celui des organisateurs de concerts, qui devront mettre en place leurs protocoles et sauter dans le grand bain bien avant.

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Commentaires

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  1. Jacques89 Jacques89

    Que cherche-t-on ? On se le demande! Les médias nous ont abreuvés de scènes de liesse organisées de façons plus ou moins anarchiques (carnaval de La Plaine par exemple) et nos autorités cherchent toujours à savoir si ce type de regroupements peut générer des clusters ? Ce ne sont pourtant pas les données qui manquent ?!? On devra donc patienter encore un peu avant de passer aux choses sérieuses entre Bastille et Nation ou sur la Canebière.

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  2. BRASILIA8 BRASILIA8

    réponse à rien il n’y aura pas de concert test

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  3. Leni Leni

    Oui j’ai l’impression que l’étude a été reportée…

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  4. MalMass MalMass

    Etude reportée car le gouvernement ne veut tester que la mise en oeuvre de protocoles dont il a déjà annoncé qu’ils seront mis en oeuvre, avec passe sanitaire, c’est-à-dire avec des gens dont on sait qu’ils ne sont pas positifs, alors que Marseille voulait tester une situation plus souple.

    En fait, comme souvent dans les expérimentations engagées par l’Etat, on ne teste que ce qui est déjà décidé, donc on teste pour rien.

    D’ailleurs, dans la logique “vivre avec le virus”, cela fait des mois que l’on aurait pu et dû tester la réouverture des musées, des cinémas, des théâtres avec masque et jauge, en profitant notamment des zones où le virus circulait moins qu’ailleurs. Cela aurait permis de voir si ces mesures privative de libertés était sanitairement justifié ou non.

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