Contre la pollution, à Marseille on a la dalle

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le 18 Sep 2014
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Rendre l'air plus respirable, grâce au béton. L'idée peut prêter à sourire. C'est pourtant le concept d'Ecogranic, un revêtement testé par différentes villes européennes dont, en France, Tarbes, Toulouse, Grenoble ou encore… Marseille, l'une des villes les plus polluées d'Europe bénéficie, en plus de la proximité géographique de l'entreprise qui assure sa commercialisation depuis Meyreuil. 

Le fort Saint-Jean a été le premier site équipé à Marseille, lors de ses travaux de restauration en 2012. Ces dalles censées fixer les polluants présents dans l'atmosphère forment les quelques marches d'un escalier de la promenade Louis Brauquier, le long des remparts. Puis, il y a environ un an, c'est un investisseur privé qui a désiré tester ce béton. La Villa des poètes, une maison de retraite situé dans le 10e arrondissement, en a pavé le sol entourant la résidence. Dernièrement, un autre chantier s'en est doté : la ligne B2 du BHNS (bus à haut niveau de service) que la communauté urbaine a mis en service entre Bougainville et le Vallon des Tuves. La superficie recouverte par les dalles est d'ailleurs la plus grande de la ville : au total, 7500 m², répartis de chaque côté des stations desservies par le bus.

Conçu en Hollande, à l'université Twente, ce béton dépolluant a été développé en partenariat avec Kronos, une société chimique américaine. Car ce n'est pas de la magie mais bien de la chimie qui est à la base de ces dalles, brevetées par la société espagnole PVT. En France, elles sont commercialisées par l'entreprise Urba TP.

Le dioxyde de titane, étonnante molécule

Le principe d'Ecogranic repose sur un procédé nommé la photocatalyse qui agit principalement sur les oxydes d'azote. "Ce phénomène reproduit le cycle classique des végétaux, qui consiste à capter la lumière pour transformer les gaz polluants en composés non-toxiques", explique Gilles Maignant, chercheur au CNRS à Nice et spécialisé dans la pollution urbaine. L'ensoleillement est donc un élément indispensable au bon fonctionnement de ce béton. "A Marseille, ça tombe plutôt bien, contrairement aux régions nordiques, ajoute Gilles Maignant. Même si ce procédé a été testé aux Pays-Bas, avec des résultats conséquents."

La composition de la dalle, divisée en deux épaisseurs principales, joue donc un rôle essentiel. "La couche inférieure est constituée de béton recyclé à 30%. La supérieure, quant à elle, contient une molécule spécifique", souligne Fabrice Cucca, le directeur commercial d'Urba TP. C'est cette molécule, dérivée du dioxyde de titane, qui va être activée par la lumière, créant une oxydation naturelle. La molécule va alors faire éclater les molécules d'eau présentes dans l'air. "Les atomes ainsi séparés vont se greffer sur les gaz polluants pour les transformer en une sorte de poudre inoffensive, principalement faite de nitrates et carbonates de calcium, ensuite évacuée par les eaux de pluie", précise Fabrice Cucca. En espérant que ces composés soient vraiment inoffensifs et qui'ils ne viendront pas aggraver la pollution marine.

Dépollution mais surtout autonettoyage

Un autre avantage de l'oxydation liée au dioxyde de titane est une moindre salissure de la dalle. De la même manière que des verres autonettoyants, l'eau de pluie doit permettre, à long terme, d'évacuer les taches à la surface du revêtement. Au-delà de la pollution, ce sont surtout ces qualités d'auto-nettoyage qui ont convaincu les Marseillais de tester ce produit. C'est le cas au fort Saint-Jean, où les dalles recouvrent à peine 50 mètres linéaires, une trop petite surface pour espérer avoir un effet quantifiable sur la pollution atmosphérique. "A l'origine, ces dalles ne faisaient pas partie du cahier des charges", précise ainsi Jean-Louis Knidel, architecte à l'agence APS, chargée de la maîtrise d'oeuvre des espaces extérieurs. Elles ont ensuite été choisies dans le cadre d'une "démarche vertueuse" et non pas seulement pour leurs qualités dépolluantes. "La résistance, l'esthétique, entrent en jeu. Tous nos choix doivent répondre à des attentes en terme d'harmonie avec les autres matériaux. On ne peut pas prendre une couleur de dalle qui jure avec le reste, ou qui soit trop décorative", fait-il remarquer.

Fabrice Cucca lui-même reconnaît que ses dalles sont aussi choisies pour des "raisons esthétiques" comme à à la Villa des Poètes, où elles occupent environ 100m². En effet, cette maison de retraite du Cabot, sise au pied des collines est plutôt éloignée des points noirs de la pollution. Quoi qu'il en soit, qu'il s'agisse de dépolluer ou d'assurer une propreté plus durable au revêtement, la société assure que "seules la pollution, la lumière et l'humidité sont consommées". Un procédé sans limite de durée dans le temps, qui n'affecterait donc pas l'aspect de la dalle elle-même. 

Une efficacité qui reste à prouver

Malgré son brevet, la société espagnole n'est pourtant pas la première à avoir employé le dioxyde de titane dans le secteur du BTP. Les premiers à avoir découvert ce concept sont les Japonais, dans les années 1970. "Il existe plusieurs types de dalles antipollution sur le marché, confirme Gilles Maignant, le chercheur niçois. Au Japon, c'est extraordinairement utilisé, surtout sur les façades des hôpitaux". En Europe, la première société à avoir mis au point ce procédé est l'entreprise Italcementi. Son ciment blanc photocatalytique a été utilisé pour l'enduit extérieur de l'église Dives in Misericordia, à Rome.

Pourtant, ce produit ne convainc pas unanimement. "Tout le monde s'est jeté sur ce ciment italien, il y a des études qui ont été menées mais uniquement dans des laboratoires. Or, la théorie diffère souvent du réel, il y a beaucoup d'interfaces qui peuvent changer", explique Dominique Robin, le directeur d'Air Paca, institut en charge des mesures de la pollution atmosphérique. En ce qui concerne Ecogranic, Urba TP mesure grâce à des capteurs, la différence sur un même chantier entre les endroits déjà recouverts et ceux qui ne le sont pas encore. Fabrice Cucca a beau assurer que les dalles "dépolluent l'air de 60 à 70%", aucune expertise extérieure n'a été menée par des organismes indépendants.

"C'est une belle initiative mais réduire la part du trafic routier reste l’enjeu sanitaire le plus important", met en avant Dominique Robin. "Supprimer la pollution, c'est avant tout supprimer les sources de pollution", ajoute Gilles Maignant. Avec moins de 8000 m² couverts pour 240 km² sur lesquels s'étend la ville, il ne faudra effectivement pas compter que sur ces dalles pour dépolluer Marseille.

 

Ci-dessous, une carte de la pollution à Marseille pour avoir une idée de la surface à équiper…

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Commentaires

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  1. joliette13 joliette13

    Si ça peut en plus aider à la propreté de la ville. C’est toute le Vieux port et la Canebière qu’ils auraient du faire. On a l’impression que la rénovation a été faite dans les années 80 vu l’état des trottoirs avec les chewing-gums et matières grasses !!

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  2. Laurence13001 Laurence13001

    La ville est de plus en plus sale, pauvre Marseille !

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  3. marco13 marco13

    L’ADEME a produit en 2011 une étude faisant le bilan des impacts des aménagements routiers (solutions anti”bruit, solutions spécifiques) sur la pollution atmosphérique dans laquelle on peut lire (page 25), les conclusions concernant l’efficacité des revêtements photocatalytiques :

    ” D’abord utilisés pour leurs propriétés autonettoyantes, les revêtements photocatalytiques (en général à base de dioxyde de titane, qui joue le rôle de catalyseur) s’avèrent aussi capables, sous l’action de la lumière, de dégrader les oxydes d’azote. Des enduits ont ainsi été appliqués ici ou là sur les chaussées ou sur les murs.

    − concernant les murs, aucune efficacité n’a été démontrée (ou une efficacité quasi”nulle) en situation réelle alors que tous les tests en laboratoire se révélaient efficaces, selon les méthodes de mesure de 0,5 à 90 %.

    − concernant les chaussées, les résultats des expérimentations sur sites réels sont partagés et semblent dépendre des conditions météorologiques et du niveau de pollution avec un intérêt éventuel lors de pics de pollution (40 % de réduction des concentrations). Les tests en laboratoire indiquent une réduction des NOx entre 2
    0 et 100 % selon les méthodes de mesure. Un nettoyage intensif, avec brossage de la chaussée, semble être nécessaire pour éviter l’encrassement. ”

    source : http://www.buldair.org/sites/default/files/Rapport-ADEME_Impact-amenagements-routiers-sur-QA_avril2013.pdf

    Conclusion : encore une fois, il faut privilégier la réduction à la source des nuisances et des pollutions. Il en va de même pour l’énergie où l’énergie la moins chère est celle qu’on ne consomme pas.

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  4. Anonyme Anonyme

    Une seule chose est certaine, il n’y a pas mieux que les arbres comme usine à dépolluer.
    Pourtant dans un secteur où il y a 1 arbre pour 1000 habitants, 90 % de notre Amazonie a été défrichée pour laisser place au béton.
    Le jour où l’on se décidera à admettre leur utilité des arbres, il n’y en aura plus un seul ou plus de place pour les planter.
    Nous allons vers l’ère du végétal plastifié…… dans l’efficacité sur la pollution n’est pas démontrée !!!!!!

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  5. GARLABAN GARLABAN

    “Marseille est l’une des quatre villes françaises a avoir passé le pas”. Qui est Marseille en la circonstance ?

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  6. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Contre la pollution, à Marseille, on pourrait aussi avoir des espaces verts. Mais la ville n’est quasiment pas citée dans le “palmarès des villes les plus vertes” publié récemment par l’organisation professionnelles des entreprises du paysage : http://www.entreprisesdupaysage.org/document/telechargerDocument.php?id=26829_56862

    Dé-densifier et verdir un peu, plutôt que tout bétonner (même avec du béton “dépolluant”) est aussi une solution, déjà pratiquée ailleurs…

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